Joan Miró sculpteur

La sculpture de Miró est proche du travail d'Arman par la collecte d'objets hétéroclites, de Picasso par l'assemblage et de Duchamp par le détournement.
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Pour Picasso , l’objet sculpté est déconstruit puis reconstruit, glisse d’une signification à une autre, d’une présence à une autre, se métamorphose. Il est remis en cause par Duchamp qui se réapproprie l’objet manufacturé pour l’ériger en œuvre d’art. Il est recomposé par Arman qui joue sur les accords, la répartition des morceaux brisés, l’accumulation. Pour Miró, sans violence, sans colère, l’objet en trois dimensions est livré au hasard de l’assemblage et à la poésie de rencontres improbables entre une Calebasse et un oiseau, une Femme et un ballon…

Miró, par son attachement profond à la nature, a un «besoin physique» de sa terre catalane de Montroig. A son contact, la sculpture se pose comme une évidence pour l'artiste; dans un premier temps, il pétrit, malaxe la terre, réalise des poteries et des céramiques; puis il récupère au gré de ses pérégrinations des éléments disparates que l’édition en bronze lui permettra d’assembler en réunifiant ses sculptures fragiles.

La collection et les trouvailles

Miró, dans son atelier, inventorie ses trésors, les confronte, les réunit au gré de sa fantaisie et du hasard jusqu’à ce qu’un assemblage pertinent s’impose. D’étranges créatures surgissent, faites d’éléments réunis par une magie combinatoire: une caisse et une fourche pour Femme et oiseau , (1967), un mannequin de couture et un robinet pour Jeune Femme s’évadant (1968), un petit pain, une calebasse et un tronc de palmier pour Personnage et oiseau (1968), ou encore une carapace de tortue pour La Caresse d’un oiseau (1967).

Le monde de Miró se compose de l’addition d’éléments réunis sans que l’artiste n’ait plus à dégager, tailler, trouver dans la matière la forme préexistante. L’image neuve est possible grâce à l’abstraction et au surréalisme qui lui offrent toutes les possibilités d’imaginer et de réunir des objets hétéroclites pour une expérience ludique et poétique, celle d’aboutir à une intensité éloquente avec la plus grande économie de moyens.

«Qu’on y voit des fleurs, des personnages, des chevaux, peu importe pourvu qu’ils révèlent un monde» Miró.

Un monde énigmatique

Dans sa peinture, trois éléments (un triangle noir percé d’un trou rond, un cercle blanc dont le centre est noir et un demi cercle terminé par une pointe) suggèrent La Maternité (1924). La Naissance du monde (1925) est évoquée par un triangle noir et un ballon rouge traînant un fil. Le Portrait d’une danseuse (1928) naît de la rencontre entre une plume d’oiseau, un bouchon de liège et une épingle à chapeau. Ce langage minimaliste se retrouve dans ses assemblages en trois dimensions.

La simplicité de ses sculptures, qui semblent sortir naturellement de ses peintures, échappées d’un monde clos à deux dimensions pour se présenter en volume au spectateur n’est pas dénuée d’humour et de dérision.

Leur seule sophistication appartient plus à leur aspect visuel et tactile. Miró a toujours accordé une grande importance au toucher et au rendu des matières et des textures. Il n’oublie pas, lors de son parcours de sculpteur, de retrouver et de savourer la beauté d’un galet et sa rondeur ou d’admirer l’énergie des stries tracées dans les champs labourés. Il choisit scrupuleusement son fondeur en fonction du type de sculpture qu’il souhaite réaliser «une noble patine qui va du noir au rouge sombre, en passant par de larges zones à la tonalité verdâtre, aux pièces coulées plus libres qui possèdent une patine riche et très personnelle, pleine de magie» explique-t-il.

L’Oiseau lunaire et L' Oiseau solaire fondus en avril 1946, permettent à Miró la mise au point de sa fantasmagorie personnelle que célèbre le labyrinthe sculptural et paysager de Saint-Paul de Vence à la fondation Maeght (1964). Tous les matériaux y sont utilisés: Grand arc he est réalisé en béton, Miró y grave ses signes au marteau piqueur ; L’Oiseau lunaire et L'Oiseau solaire sont en marbre de Carrare, La Fourche est en fer et en bronze, Le Lézard et les Gargouilles sont en céramique.

Le Labyrinthe, «le Mirómonde» offre un idyllique terrain de jeu et de création; Miró marie pour la première fois, sa sculpture à l’architecture et à la nature, source infinie de son inspiration.

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