La Sagrada Familia à Barcelone, la consécration du style Gaudi

Alors que le Pape a consacré la basilique de la Sagrada Familia à Barcelone le 7 novembre 2010 qu'en est-il de la modernité de son architecte : A.Gaudi.
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La Sainte Famille, qui raconte la vie du Christ, temple expiatoire livré aux seuls dons des fidèles, est une interminable construction dans laquelle Gaudi finit par loger, dans l’urgence de finir l’édifice. L’ouvrage de toute une vie ne sera définitivement achevé qu’en 2026 par les mythiques bâtisseurs de cathédrales, aujourd’hui casqués, gantés, protégés par les nouvelles normes de sécurité inconnues de leurs ancêtres compagnons. Pourtant il a suffi d’un tramway pour empêcher Gaudi, écrasé par ce dernier, de finir son grand œuvre, mais dit-il saint Joseph s’en chargera!

Précurseur de l’architecture moderne, génie ou fou éclairé?

L’Art Nouveau trouve là son précurseur, bien que paradoxalement inconnu en 1900 au-delà des frontières de la Catalogne par ceux que l’on aurait pu considérer comme ses disciples. Dix ans avant W. Morris , quinze ans avant Horta les formes sinueuses et asymétriques apparaissent; attaché à la nature et aux matériaux traditionnels, Gaudi utilise un appareillage de pierres, de briques, de céramiques, le tout dans un ensemble vivement coloré apparenté à la vieille tradition hispanique des azulejos .

Ces éléments mélangés et la plasticité de leur conception prennent dans la nature les thèmes du «laisser faire, laisser pousser», à l’heure où les jardins à l’anglaise sont à la mode. Les colonnes deviennent des arbres, soumises à une distorsion spectaculaire, épurées et inclinées, elles sont destinées à éviter l’emploi des arcs-boutants et aboutissent à la conception de l’arcade . Gaudi rejette les formes traditionnelles utilisées par l’architecture néogothique et les formes géométriques de l’âge industriel et du béton armé.

Certains ont qualifié ce nouveau style de baroque; il varie ses directions et ses courbes, renouvelle les arts décoratifs par son imitation du monde végétal et animal. Cette sorte de matière souple à laquelle Dali, son compatriote, attribuera en 1933 dans la revue surréaliste Minotaure: «la beauté terrifiante et comestible de l’architecture Modern’style», est une constante chez Gaudi de la Casa Vicens au Parc Güell.

Gaudi sculpteur ou la transformation de la forme

Gaudi part de la forme, elle est en perpétuelle mutation; elle se penche, se tord, se dilate, se gonfle, se ramifie, devient branche, rameau, feuillage, eucalyptus, forêt en pierres et il manifeste pour la ligne droite un certain détachement. Par le mélange des styles, d’une trouvaille à l’autre, l’architecte crée la fantaisie sous influence mauresque, l’accumulation exubérante d’éléments décoratifs sous l’influence de J.Ruskin, le tout associé à une imagination débordante et une grande audace qui appartiennent aux génies catalans .

Le calendrier de pierres que constitue la cathédrale côtoie dans les innovations du catalan, dans un même élan de pure création, le mur serpentin du Parc Güell, immense banc coloré placé dans un jardin luxuriant, la façade de la Casa Batllo aux reflets bleus et verts évoquant les mouvements de la mer, la Casa Mila cataloguée de «carrière, pâté ou nid de frelons». Cette architecture élimine les murs traditionnels et crée un tout organique qui respire la vie, celle que pourrait lui donner un tailleur de pierres qui creuse et évide.

Gaudi ne fut pas un théoricien, sa postérité pourrait se résumer par cette réponse prémonitoire à la question: «la Sagrada Familia compte-t-elle parmi les grandes cathédrales? Non, dit-il c’est la première d’une toute nouvelle série… les angles disparaîtront et la matière se révélera dans la plénitude de ses galbes astraux, le soleil pénétrera par les quatre côtés et ce sera une représentation du paradis».

L’architecture futuriste actuelle n’en serait-elle pas une démonstrative application ?

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