Odilon Redon et la question du symbolisme

Odilon Redon, Prince du rêve: le symbolisme, ses sources, son héritage
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Le symbolisme est né de la réaction au naturalisme et à l’impressionnisme, contre la peinture rétinienne et pour les pouvoirs poétiques de l’imagination. André Breton en est l’ardent défenseur et il souligne combien Kandinsky , en privilégiant « la nécessité intérieure », éloigne définitivement l’image du monde extérieur dans l’art, déjà menacée par les premiers courants préraphaélites et symbolistes.

La critique du naturalisme par André Breton

Le théoricien, dans Le Surréalisme et la peinture (1928) critique: « la gloriole de phraser sur la lumière d’un paysage donné… ronron le plus satisfait pour nous entretenir de choses toutes sues… dans l’espoir de nous rassasier d’harmonies visuelles exclusivement.»

« Les désirs de l’esprit et du cœur » doivent se substituer à la sensation; la poésie, « la langue de l’âme pour l’âme», celle de Rimbaud, de Lautréamont ou de Mallarmé, à la prose de « best-seller ou à la divagation journalistique ». L'essayiste ajoute: « la nature et l’agitation de l’homme offrent un spectacle vulgaire à peu près dénué de sens » qui constitue un obstacle à la créativité.

Breton fait le parallèle avec le symbolisme pictural, étouffé par la vogue de l’impressionnisme où «il s’agit de peindre humblement, bêtement les jeux de lumière… dix, vingt, cent copies du même paysage ». L’allusion aux séries de Monet des Peupliers aux Nymphéas en passant par les Cathédrales , est évidente, solutions de facilité, que le fauvisme et le cubisme , selon l’écrivain, adopteront également.

La recréation du monde

Gustave Moreau, considéré comme le maître du symbolisme, qualifié de grand visionnaire et de magicien, sera le premier à dire «je ne crois ni à ce que je touche ni à ce que je vois. Mon sentiment intérieur seul me paraît éternel». Jupiter et Sémélé (1893) est un tableau raffiné où la puissance symbolique de la couleur irradie comme celle d’une pierre précieuse dont la qualité est d'être vouée à l'éternité.

Les allégories de Puvis de Chavannes appartiennent à ce courant symboliste qui permet de saisir l’essence des choses. Vision antique (1885) est celle de l’artiste accompagné de sa muse dont il attend l’inspiration, dans un mélange des styles: un décor rocheux irréaliste où évoluent des chevaux blancs, référence directe à la frise du Parthénon; un arrière-plan constitué d’un paysage typiquement méditerranéen au style plus naturaliste.

Les thèmes du symbolisme puisent dans les mythes universels, les légendes antiques, les rêves, les valeurs spirituelles et chrétiennes. Gauguin titre l’un de ses tableaux : D’où venons nous ? Que sommes nous ? Où allons nous (1897) exprimant ainsi l’angoisse de la destinée humaine et son mystère. Odilon Redon est la parfaite illustration du goût des univers imaginaires chargés de symboles récurrents comme le pavot, les lis, les fleurs, symboles du bien et du mal, L' Araignée souriante , L'Araignée qui pleure

L’héritage du symbolisme: la primauté du monde intérieur

Le symbolisme est composé de deux revendications majeures: l’autonomie du langage de l’art et, la valeur de l’expérience esthétique et de l’intuition artistique. L’artiste est habilité à exprimer sa vie intérieure. Matisse dira: «Ce que je recherche avant tout, c’est l’expression» contrairement à la petite sensation de Cézanne , et en cela toutes les libertés prises avec l’apparence et la forme picturales se justifient.

A l’imitation de la nature s’est substituée la théorie de l’équivalence et du symbole . « Au lieu de travailler autour de l’œil, nous cherchons au centre mystérieux de la pensée » écrit Gauguin. L’imagination redevient ainsi, selon le vœu de Baudelaire, la reine des facultés.

« L’art de vêtir une forme sensible » est défini par le poète Jean Moréas en 1886 dans le journal Le Figaro ; formule qui deviendra le credo du modernisme, remettra en question les critères d’habileté du métier d’artiste tels que l’histoire les avait définis, en libérant la peinture du souci de réalisme et plus encore de l’exigence de beauté naturelle.

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