Une ville, un musée: Albi et la Collection Toulouse-Lautrec

Albi, cité épiscopale inscrite au Patrimoine mondial de l'humanité en 2010, présente la Collection Toulouse-Lautrec au musée du palais Berbie.
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Le musée d’Albi a été créé en 1876. Les collections sont présentées dans l’ancien palais des archevêques, le palais Berbie. Il fait partie de la cité épiscopale d’Albi, classée au Patrimoine mondial de l’Unesco le 31 juillet 2010. Edifice médiéval fortifié, proche des rives du Tarn, entouré de jardins à la française et à proximité de la cathédrale Sainte-Cécile, il est l’un des ensembles épiscopaux les mieux conservés de France.

Le musée réunit, grâce au legs de la famille Toulouse-Lautrec, plus de 1000 œuvres, tableaux, lithographies, dessins, études préparatoires et affiches ; si l’approche de l’œuvre de l’artiste est complète et bien documentée, sur quelles œuvres s’attarder?

Trois tableaux majeurs sont à ne pas manquer pour la compréhension de l'oeuvre du peintre.

Madame la Comtesse de Toulouse-Lautrec (1883)

Parmi les plus célèbres portraits du peintre figurent ceux de sa mère, souvent choisie comme modèle des œuvres de jeunesse, de 1879 à 1886. La famille est prestigieuse, issue des comtes de Toulouse; Henri est victime du mariage consanguin de ses parents et un rapport particulier unit le peintre, fils unique après la mort de son frère, à sa mère.

Celle-ci s’avère excessivement possessive avec cet enfant souffrant d’une maladie invalidante qui ne lui permettra pas de développer la partie inférieure de son corps. Le dernier des Toulouse-Lautrec est un "nain difforme, grotesque et myope".

Le portrait de face est placé dans l’axe de la fenêtre située en arrière-fond qui distribue un jeu d’ombres et de lumière. La composition simple et classique se recentre sur la tasse de porcelaine blanche. Jouant avec les pastels irisés, l’image est douce, paisible, poétique dans une tonalité de gris et d’ocre.

Le buste se dresse bien droit, le chignon est austère, les yeux sont baissés, les mains calmement posées sur la table, les plis du vêtement à peine esquissés. L'artiste la représentera encore, appuyée au dossier d’un fauteuil, absorbée dans la lecture d’un livre, toujours digne et noble. Les portraits maternels réalisés par le peintre sont emprunts de solennité et de gravité; ils reflètent le respect que ce fils éprouve pour sa mère.

Au Salon de la rue des Moulins (1894)

Cette œuvre est l'une des nombreuses scènes de maisons closes peintes par l’artiste. A cette époque, il laisse de côté le thème des danseuses et chanteuses des cabarets montmartrois, au moment où la peinture moderne témoigne de la prostitution de cette fin de siècle, réprouvée mais légalement réglementée. Avec l’ Olympia de Manet ou les cruelles gravures de Degas, la vie intime des prostituées est décrite avec un certain voyeurisme mais sans dénonciation ni vulgarité.

Cette toile est l’œuvre maîtresse de cette série; elle n’est ni complaisante, ni critique, ni érotique, elle montre une réalité où, dans un décor chargé, dominé par le rouge, sous une lumière tamisée, sont posées sur un vaste divan grenat, des femmes langoureuses, ni belles, ni laides où le pathétique côtoie l’ordinaire.

Toulouse-Lautrec regarde vivre ce monde; il est Monsieur Henri ou Monsieur le Comte pour ces femmes, "ses héroïnes". Il scandalise le bourgeois par sa vie dépravée et scandaleuse et il est "l’homme le plus laid que j’ai rencontré" pour une jeune femme cruelle dont il est amoureux. Devenant un familier des maisons closes, il recevra de ces prostituées considération et tendresse.

La Modiste (1900)

Si la figure féminine occupe le premier plan dans son œuvre, l'artiste peindra aussi des chevaux et les gens du cirque qui le fascinent. La femme est souvent peinte sans concession. Ici, la douceur et la tendresse s’expriment par ce beau profil à la chevelure dorée, émergeant de puissants contrastes d’ombre et de lumière caractéristiques de ses dernières œuvres où le décor s’estompe. La touche est linéaire, ses coups de pinceaux sont des hachures brèves renforcées de taches.

De la mélancolie et du mystère se dégagent de ce portrait intimiste à la Vermeer où la concentration du modèle sur son travail exclut le spectateur ou le peintre, du tableau... Ne pas déranger! Le silence et une forme d'absence caractérisent les personnages peints par l'artiste.

La vie, la psychologie, l’humanité de ses personnages sont, pour cet observateur muet, au regard lucide, les thèmes privilégiés par sa peinture. Avec l’alcool, les nuits sans sommeil, la débauche, sa vie tourne à la catastrophe. Son comportement chaotique va le mener à Neuilly, en 1899, dans une clinique psychiatrique où il restera deux mois à dessiner de mémoire le monde du cirque.

Toulouse-Lautrec finit sa vie au château de Malromé auprès de sa mère; il restera une victime de la vie comme tous ces marginaux qu’il aime côtoyer.

A visiter également à Albi: La cathédrale Sainte-Cécile, son orgue et ses vitraux récemment restaurés; Le palais Berbie où ont été découverts des pavements du XIIIe siècle ; Le Pont-Vieux qui va bientôt atteindre ses 1 000 ans d’existence; la collégiale Saint-Salvi et son cloître, construit vers 1270 par le donateur Vidal Malvezi. La galerie est composée de seize arcades en plein cintre retombant sur des colonnes géminées dont les chapiteaux mélangent les styles roman et gothique. Sans oublier l'hôtel Rochegude et les fameux moulins albigeois.

Une bande dessinée historique consacrée à la ville d'Albi paraîtra au mois de mai 2011.

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