Visite guidée au Musée des Beaux Arts de la ville de Bordeaux

Trois tableaux de peinture d'Histoire, peints par Magnasco, Gros et Delacroix, à ne pas manquer dans une vaste collection qui expose quatre siècles d'art.
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Le 28 juin 2007, l’Unesco inscrit Bordeaux, Port de la Lune, sur la liste du patrimoine mondial de l'humanité, au titre d’Ensemble urbain exceptionnel, joyau de l'architecture du XVIIIe siècle. Au sein de la cité, le Palais de Rohan, siège de l'Hôtel de ville, abrite dans ses jardins le Musée des Beaux Arts.

Voici quelques chefs d’œuvres à ne pas manquer. Ils portent tous sur un thème méconnu par le monde contemporain: la peinture d’Histoire, surnommée « le grand genre ».

Le tableau a été exécuté en même temps que son pendant, L’embarquement des galériens . Les deux toiles sont reliées par leur thème à La Torture et à L’ Interrogatoire , perdues pendant la Seconde Guerre mondiale. La tentative de rébellion qu'il représente montre les corps contorsionnés des prisonniers livrés à la brutalité de leurs geôliers et au regard d’un attroupement de badauds. La charge expressive se décline dans l’ombre, sans négliger le moindre détail. Le peintre condamne ces pratiques à l’époque où la philosophie des Lumières les dénonce, elle aussi, dans ses écrits. La peinture se charge ainsi d’un contenu social, moral et culturel.

Le style dit baroque employé par le peintre napolitain s'applique à la composition, au dessin, à la couleur et à la touche et il se comprend mieux en l'opposant au classicisme né avec la Renaissance. Le sujet choisi, par son pathétisme et sa violence, permet à l'artiste d'adapter de nouveaux outils picturaux à sa représentation.

Magnasco évoque des faits réels exposés avec la volonté de convaincre et de rallier à sa cause le spectateur par le biais de l'émotion que suscite la description des souffrances des galériens Le tableau suivant a le même pouvoir, par la présence d'une gestuelle théâtrale, d'interpeller le spectateur qui assiste impuissant aux scènes ainsi décrites.

La fille du roi Louis XVI, dite Madame Royale, fuit la France pour l’Angleterre puis Gand, où elle rejoint son oncle Louis XVIII pour se protéger des conséquences liées à sa résistance pendant la période des Cent-Jours de Napoléon. A. Gros choisit de peindre l’instant où, entourée de ses fidèles, elle s’apprête à les quitter.

Le pathétisme de la scène s’exprime par un choix de gestes, de regards et d’attitudes éloquents ; le panache blanc, signe de ralliement, fait écho au blanc de la robe, point focal du tableau. Le ciel bas et lourd est annonciateur d’orage, comme le symbole d’un voyage qui s’annonce périlleux. Le romantisme s’annonce par cette relation que le peintre crée entre les éléments extérieurs et les sentiments humains.

Au 19e siècle, la peinture d’histoire, relancée par Bonaparte afin de s’assurer d’une postérité glorieuse, évoque les valeurs morales, patriotiques ou héroïques. Elle se teinte de romantisme, défini par Baudelaire comme une nouvelle manière de sentir et, appliquée à l'art, de peindre le beau.

La réalité et les évènements politiques contemporains interpellent les peintres romantiques. La guerre est illustrée par Gros dans La Bataille d'Eylau , (1808). Géricault dans Le Radeau de la Méduse (1819) évoque, lui, l'actualité du naufrage de la Méduse. Delacroix s'attarde sur les combats de libération en Espagne ou en Grèce. Le regard du peintre mêle le drame à la passion, l'imaginaire au fantastique.

Les assiégés de la ville de Missolonghi résistent pendant un an à l’encerclement des Turcs en 1822-1823 ; la jeune femme peinte par Delacroix, en costume traditionnel, est l’allégorie d’une Grèce héroïque. Les habitants de la ville, après avoir fait fuir femmes et enfants, préfèrent mourir en faisant sauter la ville plutôt que prêter allégeance aux Turcs.

Déjà, Delacroix s’était ému de la lutte de la Grèce pour son indépendance en peignant Les Massacres de Scio (1824), peinture politique « engagée » qui expose la violence tout en privilégiant l’exotisme et le drame cruel de la situation. L'histoire allégorique se mêle ici à la narration historique, dans un mélange des genres inhabituel, telle que la présente La Liberté guidant le peuple (1830), qui commémore les Trois Glorieuses.

A noter dans l'actualité de la Collection Albert Marquet: une nouvelle acquisition

Le musée des Beaux Arts de Bordeaux possède 37 toiles d’A. Marquet, peintre bordelais, dont Le Sergent de la Coloniale (1904) et aussi l Autoportrait (1904) qui est le reflet du peintre se préoccupant de la justesse de sa propre vision en clignant de l’œil devant le miroir, pour mieux s’observer. A une soixantaine de dessins s’ajoute un Autoportrait aux besicles de 1920, dessin à l'encre de Chine sur papier, acquis au cours d’une vente d'un millier de dessins d'Albert Marquet ( Bordeaux 1875-Paris 1947 ) organisée à l'Hôtel Drouot les 17 et 18 octobre 2010. L'oeuvre, mise à prix à 1 000 euros, a été vendue 3 500 euros.

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