Ivan Mazeppa, une vie de Cosaque menée à bride abattue

Ivan Mazeppa fut un ambitieux chef cosaque champion du retournement de destinée, dont le supplice illustre l'expression : "courir à bride abattue"
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Parmi les expressions connues mettant en scène la plus noble conquête de l'Homme sur le règne animal, à savoir le cheval, nous connaissons celle, légendaire, du "Cheval de Troie", qui est un symbole emblématique et tactique illustrant la ruse et la machination pouvant être mise en œuvre par le génie humain.

D'autres sont bien moins connues et leurs origines historiques plus ou moins discutables.

Tel est le cas de l'expression : courir à bride abattue.

De la définition à l'illustration historique

Tout le monde conviendra que cette locution, dans son acception première et son sens propre, décrit sans hésitation le fait de se mouvoir à vive allure dans la durée et sur une longue distance. Au figuré, elle renvoie au fait de courir sans réfléchir ou sans prévoir les conséquences de ses actes et par là même aller à sa perte.

Cette définition se rapporte à l'idée de l'emprise de la destinée sur les hommes, qui est illustrée dans la plus pure tradition du siècle des Lumières par des faits, se voulant historiques: l'histoire épique d'un cheval sauvage et de son «chargement» involontaire.

Selon Voltaire dans son « Histoire de Charles XII » , un certain Ukrainien nommé Ivan Stepanovitch Mazeppa, ayant vécu au XVIIe siècle (1639-1709) aurait enduré une redoutable épreuve en représailles de ses pêchés.

Au cours d'un séjour en Volhynie (Pologne), il s'éprend de la femme de son bienfaiteur et entretient une liaison avec elle. Surpris en flagrant délit d'adultère, il se voit infliger un châtiment dont les auteurs espèrent une issue fatale. Attaché nu et couvert de goudron sur un cheval indomptable, le malheureux amant entraîné dans une course folle qui va le mener jusqu'au fin fond des plaines ukrainiennes.

Alors que ses tortionnaires s'attendaient à le voir éjecté du dos de l'animal pour terminer sa misérable existence au fond d'un ravin ou piétiné par les sabots de sa monture, Mazeppa, à demi-mort, est recueilli par des paysans cosaques qui lui viennent en aide.

Son aventure est reconnue comme extraordinaire par ses hôtes, cavaliers hors pairs, qui l'élèvent, en successeur du traitre Samoilowitz , au rang très convoité d'Hetman (grand chef chez ces autochtones).

Le retour de bâton d'une existence menée à bride abattue

Ayant échappé de peu à une mort certaine, cette cavalcade a érigé notre héros supplicié en champion du retournement de situation.

Néanmoins, sa nouvelle vie chez les Cosaques sur fond d'invasions, de raids et de brigandages lui remet le pied à l'étrier. Fort de ses succès, sa course endiablée reprend de plus belle au rythme de son insatiable ambition.

D'abord allié de Pierre Ier de Russie dit le Grand (1662-1725) après avoir fait montre de ses capacités guerrières, il devient prince de l'Ukraine et prend part aux combats opposant le Tsar aux Suédois. Mais là ne s'arrête pas ses vues. Il tourne casaque et se rapproche du roi de Suède Charles XII (1682-1718) ennemi du Tsar tout en faisant croire aux Cosaques que le roi de Russie désire détruire la cavalerie cosaque.

Après la défaite des troupes suédoises à la bataille de Poltava (8 juillet 1709), Mazeppa prend la fuite jusqu'en Turquie via la Valachie (actuelle Roumanie) où, lassé de ses déboires militaires, il met fin à ses jours en s'empoisonnant.

Moralité : à vivre sa vie à bride abattue sans écouter les avertissements offerts par le destin, on ne peut que courir à sa perte ...

Source : http://fr.wikipedia.org/wiki/Ivan_Mazepa

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