To curry favour with somebody, une expression d'origine française

Comment une expression française issue de la poésie du XIVe siècle s'est vue colportée et modifiée, pour être encore utilisée en anglais moderne

Nous connaissons tous le terme "curry" dans son acception occidentale, comme étant une préparation composée de plusieurs épices que l'on retrouve très souvent dans la cuisine indienne. Il désigne également une feuille provenant d'un arbuste appelé Murraya Koenigii parfois utilisé dans le mélange aromatique précité. Mais avez-vous déjà entendu ou utilisé l'expression anglaise: "to curry favour with somebody"?

Des origines ...

Les origines de cette expression n'ont bien entendu aucun lien avec la définition culinaire. Il faut voyager dans le temps afin de le remonter jusqu'au XIVe siècle. En effet, en France à cette époque, le terme "fauve" qualifie ce qui est faux ou hypocrite. Il est établi que cet adjectif provient de "Fauvel", nom du personnage principal du Roman de Fauvel , poème français du premier quart du XIVe siècle, attribué au clerc Gervais du Bus.

Ce texte poétique raconte l'histoire de Fauvel, un âne qui s'approprie la maison de son maître. Ce poème est considéré comme étant une critique de la corruption de l'Église et du système politique de l'époque. Douze manuscrits subsistent aujourd'hui et plusieurs en excellent état de conservation ce qui est assez remarquable en raison du fait que l'œuvre a été censurée en son temps. Le patronyme du titre est en fait un acronyme des six principales qualités de ce protagoniste: la Flatterie, l'Avarice, la Vilenie («U» typographié en V), la Variété (inconstance), l'Envie et la Lâcheté.

... à l'expression

Fauvel était "un drôle de cheval" (âne commun, equus asinus ) considéré comme étant de mauvais aloi. Le seul fait d'imaginer le monter pouvait être interprété comme faire corps avec sa propre personnalité. Une expression française vient d'ailleurs illustrer cette croyance. Ainsi "chevaucher Fauvel ou Fauvain" ou encore "monter en Fauvel" signifie tromper son monde en usant d'hypocrisie.

Lorsqu'elle se répand sur les terres de la "Perfide Albion" au cours de la guerre de Cent Ans , cette expression se transforme. Alors que les mangeurs de grenouilles enfourchent et montent la sale bête, les rosbeefs, eux, se contentent de la préparer et de la panser (to groom ou to curry en anglais - "to groom a horse with a currycomb"). De là à rebondir sur l'expression "brosser dans le sens du poil", il n'y a qu'un pas.

De fils en aiguille, sans trop savoir exactement comment, le sens de cette locution est devenu: "to curry favour (UK) favor (US) with somebody", c'est à dire "user de la flatterie afin d'obtenir les faveurs de quelqu'un" ou "encore s'insinuer dans les bonnes grâces de quelqu'un".

Exemples :

"Spies are always to curry favour with their targets".

"Everyone wants to curry favor with rich people and so will always laugh at their jokes".

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