Mobiliser écoles et familles pour diminuer les heures de télé

Pendant dix jours, des élèves abandonnent télévision, Internet et jeux vidéo, améliorent leurs résultats scolaires et découvrent de nouvelles activités.

Difficile pour quiconque d’imaginer passer une seule journée sans ouvrir l’ordinateur ou regarder ses émissions favorites à la télé. Faire durer la privation plus d’une semaine serait digne de l'exploit. C’est pourtant le défi que relèvent chaque année quelques centaines d’élèves et leurs professeurs dans diverses écoles du Québec. De plein gré, ils délaissent pour un temps tous les écrans, Web et console Wii, et ne s’en portent que mieux.

Réduction de la violence et simplicité volontaire

Les nouvelles technologies sont omniprésentes dans le quotidien des enfants, et les jeunes passent beaucoup de temps - plus de cinq heures par jour en moyenne au Canada - devant le téléviseur, les jeux et l’ordinateur, importants véhicules de violence. C’est dans le but de générer une prise de conscience face à cette surconsommation et aux comportements agressifs qu'elle entraîne, contrer la dépendance aux écrans, et contribuer au développement de saines habitudes de vie qu’a été créé le "défi de la dizaine sans télé ni jeux vidéo".

Les incitatifs à le relever: des points à accumuler par les participants, individuellement et en groupe pour chaque classe, mais surtout, selon Jacques Brodeur, consultant en prévention de la violence et responsable de cette initiative au Québec, la fierté amenée par le dépassement de soi, et la satisfaction d’avoir réussi.

Préparatifs au défi des dix jours sans télé ni écran

Écoles et commissions scolaires s'engagent librement dans l'aventure. Les élèves doivent montrer une volonté de relever le défi, mais aucun enfant n'est forcé d'y prendre part. Des personnes-ressources aiguillent le comité organisateur, dans les établissements intéressés, et fournissent les outils pédagogiques permettant aux enseignants et à la direction de mener le projet à terme.

Viennent ensuite des séances pour informer parents et enfants des motifs et du déroulement de la dizaine, et faire en sorte qu'elle soit perçue comme une mission ludique touchant toute la famille plutôt qu'une ingérence dans la vie privée. La mise en oeuvre et le succès du défi dépendent beaucoup de l'implication des parents, c'est pourquoi eux aussi sont invités à participer, en signe d’appui, et à entamer une réflexion sur l'influence de tous ces écrans.

Puisqu'on ouvre machinalement le téléviseur dès qu’on rentre chez soi, on ne se lance pas dans un tel projet sans préparation. L’absence du flux continu d’images et du bruit de fond familier peut générer une certaine anxiété, un peu comme lors d’une panne électrique. Pour éviter d'être pris au dépourvu, parents et enfants doivent planifier des occupations stimulantes, et compter sur la solidarité de chacun.

Afin d'y arriver, tout le milieu communautaire se rassemble et vient en aide aux organisateurs pour monter un programme d’activités permettant aux jeunes et à leur famille de combler les heures et de résister à la tentation d'ouvrir les écrans.

Rallye, excursion, soirée à thème, championnat sportif, atelier d'initiation, bricolage et tournoi de jeux de société viennent à la rescousse des abstinents technologiques, hors de la maison.

D'où vient l’idée du jeûne technologique

À la fin des années 1990, l'étude américaine SMART * démontrait les répercussions positives d’une diminution des heures d’écoute de télé, sur la violence et l’obésité des jeunes, et, déjà en 1994, le magazine vancouverois Adbusters lançait la campagne de sensibilisation TV Turn-Off Week .

Au Canada francophone, c’est depuis 2003 que de courageux écoliers tentent l’aventure, initiée par Edupax et une association de parents d'élèves de la région de Québec. Après s’être étendu en Ontario et avoir séduit les écoles secondaires, le programme a fait une percée en Europe en 2008, quand de petits Strasbourgeois ont vécu pour la première fois le défi "10 jours pour voir autrement", grâce à l'implication d’ÉCO-conseil et de la Chambre de consommation d’Alsace.

Évaluation et impact

Selon les jeunes eux-mêmes et les adultes qui les accompagnent, les bénéfices les plus perceptibles du boycott télévisuel sont l'augmentation du temps consacré aux devoirs, aux leçons et à la lecture, une meilleure concentration, plus de calme et la diminution de certains comportements violents. Même s'ils trouvent le défi difficile, on note aussi chez les élèves une meilleure écoute, plus d’entraide et d’ouverture à l’autre. On constate que les liens entre l'école et la communauté se resserrent, et que l'implication sociale s'améliore.

À la maison, parents et enfants se rapprochent, les familles communiquent davantage et passent plus de temps ensemble à pratiquer différentes activités intérieures ou extérieures. Et un mois après la fin de l’événement, certaines d’entre elles n'allument toujours pas la télé en semaine!

L’après défi

Les bienfaits amenés par la diminution des heures passées devant les écrans sont-ils conservés, les nouvelles pratiques durent-elles? Selon les bilans des responsables et les sondages menés auprès des participants, quelques temps après la fin du défi, parents et enfants semblent faire un meilleur usage de ces appareils, mais les vieilles habitudes ont la vie dure.

Pour les plus réfractaires, on peut espérer que la pause technologique ait été l'occasion de jeter un regard critique sur la place qu’occupent dans nos vies télé, ordinateur et jeux électroniques. Pour les plus réceptifs, et surtout pour les parents, cette sensibilisation continuera sans doute d'être un incitatif à une meilleure planification du temps dévolu aux activités sur écran, et à une plus grande sélectivité.

* Student Media Awareness to Reduce Television

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