Don Pasquale, un opéra-bouffe, chef-d'œuvre de Gaetano Donizetti

Paradoxe de la musique du XIXe siècle : l'opéra, dirigé par le compositeur, fut créé à Paris dans une ambiance détestable, mais son succès fut retentissant.

En 1843, lors de la création de son opéra Don Pasquale , bâti sur les principes de la Comedia del arte, le compositeur italien est âgé de 46 ans et atteint par la syphilis, dont il ressent déjà les effets nerveux. Il sera bientôt gagné par la folie, celle-là même qu'il a si souvent mis en scène dans ses œuvres lyriques, et il ne lui reste alors que 5 ans à vivre.

Un maître de l'opéra

Gaetano Donizetti est pour le moins un compositeur prolifique : auteur de 13 symphonies, 18 quatuors et 3 quintettes, il est cependant plus connu pour l'abondance de ses œuvres religieuses (plus de 140 pièces sacrées) et ses 71 opéras, dont il est un des maîtres incontestés avec Mozart, Verdi, Puccini ou Wagner. On retient de Donizetti :

  • Il Pgmalione , son premier opéra, composé en 1816 et créé bien après sa mort, en 1960 seulement, au théâtre dqui porte son nom à Bergame ;
  • Zoraida di Granata , créé à Rome en 1822 et qui fut son premier grand succès ;
  • Anna Bolena , écrit en référence à l'histoire du roi Henri VIII, qui, pour se débarrasser de son épouse Anne Boleyn, la fera condamner à mort avant de s'afficher avec sa maîtresse, Jeanne Seymour.
  • L'élixir d'amour , créé en 1832 à Milan et en 1838 à New-York, qui détient les records en étant joué 33 fois de suite dès sa création et qui fut traduit en 14 langues et joué dans 36 pays dans les 30 ans suivant sa composition ;
  • Lucia di Lamermmor , créé en 1835 à Paris et considéré comme le chef-d'œuvre du compositeur, notamment, sa célèbre scène de la folie ;
  • La fille du régiment , un opéra-comique de 1840 où le rôle du ténor sera au XXe siècle un de succès de Luciano Pavarotti, la partition ne comportant rien moins que 9 contre-ut qui firent la gloire du chanteur ;
  • Don Pasquale , dont le succès fut inversement proportionnel à l'ambiance de sa création.

Le compositeur aimait Paris

Grand voyageur européen (Rome, Naples, Venise, Milan, Bologne, Vienne, etc.) et sans cesse à la recherche de nouvelles inspirations, Donizetti aimait tout particulièrement Paris, qui le lui rendait bien. Nombre de ses opéra y ont été créés ou tout simplement joués lors de son vivant. À tel point que c'est en région parisienne qu'il demandera à être interné lorsque, ne pouvant plus parler ni marcher, il sentira sa folie le gagner en 1846. Ce n'est qu'un an avant sa mort qu'il regagnera Bergame, sa ville natale.

Don Pasquale, un simple projet annexe

L'opéra est écrit en 11 jours seulement, alors que Donizetti est en période de répétitions intenses à Paris pour la création de Linda de Chamonix et qu'il doit composer un nouvel opéra pour Vienne. C'est Jules Janin, alors directeur du Théâtre italien de Paris, qui le décide à composer cet opéra-bouffe en lui promettant un casting de premier choix pour sa création. Pour gagner du temps, le compositeur y reprend sans le cacher des éléments de ses œuvres antérieures.

Les répétitions tournent au vinaigre

Lors des répétitions, Donizetti, sans doute déjà fatigué par sa maladie, est, dit-on, de fort mauvaise humeur. Il n'a pas les musiciens avec lui, ces derniers trouvant la partition peu à leur goût. Mais avec les chanteurs, les relations ne sont pas meilleures, à tel point qu'il ne communique avec eux que par l'intermédiaire de son éditeur, Dormoy. Une ambiance détestable au plus haut point, d'autant plus que le compositeur est aussi à la baguette, dirigeant l'orchestre et le plateau.

Le 3 janvier 1843

Enfin, c'est la première au Théâtre italien ! Et c'est un véritable triomphe, à la surprise de tous. Certes, les critiques ne sont pas unanimes, mais le public est au rendez-vous pour consacrer l'œuvre. Don Pasquale entame aussitôt une tournée mondiale qui ne fera qu'asseoir la réputation de Donizetti, haussé au rang de compositeur d'exception pour l'opéra.

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