Hector Berlioz s'expose dans sa Symphonie Fantastique

Composée en 1830, l'Épisode de la vie d'un artiste est la première œuvre symphonique qui raconte véritablement une histoire, celle de Berlioz lui-même.
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Vivaldi s'était déjà essayé fort admirablement au genre de musique descriptive dans son célèbre concerto pour violon et orchestre à cordes Les Quatre Saisons . On y entendait tour à tour le bruit du vent, l'aboiement des chiens au loin, le clochard ivre titubant ou encore le bruit de la grêle. Mais cette fois, c'est l'orchestre tout entier qui illustre tout un pan de la vie de Berlioz , ce génie de l'orchestration.

Le contexte de la création

À l'époque où Hector Berlioz compose son Épisode de la vie d'un artiste, symphonie fantastique en cinq mouvements , op.14, il est fou amoureux d'une jeune comédienne qu'il a vue jouer à Paris, trois ans auparavant, lorsqu'elle tenait le rôle d'Ophélie dans le Hamlet de Shakespeare. Trop timide pour lui déclarer sa flamme et ne sachant pas même si elle a remarqué le compositeur, il décide de composer en deux mois seulement un poème symphonique - une musique à programme, comme on la nomme - où il décrit ses sentiments, ses doutes, ses angoisses et ses moments d'exaltations. La première a lieu en 1830 à Paris sous la direction du non moins célèbre chef d'orchestre François-Antoine Habeneck et, surprise, la symphonie est dédiée au tsar Nicolas Ier de Russie !

Harriet cède en 1832 !

Ce n'est que deux ans plus tard qu'Harriet Smithson, en compagnie de son ami le poète Heinrich Heine, assiste à une nouvelle représentation de l'œuvre. Troublée par la musique, elle comprend alors à quel point Berlioz était épris d'elle pendant toutes ces années. Commence alors une relation tumultueuse entre les deux artistes ; suit d'un mariage qui est tout autant passionnel et où chacun est jaloux de l'autre dès qu'il part en tournée. Mais leur union sera de courte durée, Harriet, malade, décède prématurément.

Une idée fixe

La symphonie fantastique tiendrait presque en un seul thème musical, que le compositeur lui-même appelle "l'idée fixe" ! Mais son génie de l'orchestration fait évoluer ce thème tout au long des mouvements, passant d'un instrument à l'autre, changeant de tempo, de caractère. parfois même, il n'en reprend qu'un petit bout pour le faire varier à l'infini. Berlioz va jusqu'à utiliser les tessitures extrêmes des instruments à vent ou faire jouer les instruments du quatuor avec le bois de l' archet ou sur le chevalet (au lieu de jouer sur les cordes comme d'ordinaire) pour jouer avec le timbre et la couleur des instruments qui deviennent alors méconnaissables !

Cinq mouvements comme cinq épisodes de vie

Dans cette œuvre musicale, l'expression est à son paroxysme, car tous les instruments, qu'ils jouent le thème ou qu'ils l'accompagnent, représentent un personnage ou plantent un décor.

  • Premier mouvement : Rêveries, passions . Il décrit un compositeur épris d'une jeune fille dont il ne peut détacher sa pensée. L'idée fixe - le thème - y est répété avec douceur par les flûtes et les violons, puis il passe aux instruments graves. L'accompagnement est "bancal", souvent à contre-temps, pour nous donner l'impression que l'amoureux doute de sa belle.
  • Deuxième mouvement : Le bal . Lors d'un rêve, le jeune homme s'imagine danser avec celle qu'il aime une valse qui s'accélère pour finir dans un tourbillon tumultueux.
  • Troisième mouvement : Scène aux champs . Le jeune homme se promène dans la campagne et entend dialoguer deux berger entre eux : un cor anglais et un hautbois, caché en coulisse, pour donner l'impression qu'il est plus loin). Le doute s'installe. L'aime-t-elle ? Soudain l'orage éclate (les timbales de l'orchestre grondent), le tonnerre s'éloigne et l'amoureux reprend sa rêverie nostalgique.
  • Quatrième mouvement : La marche au supplice . Cette fois, c'est en rêve que la belle lui apparaît ! Un cauchemar, plus exactement, car il rêve qu'il tue celle qui ne répond pas à ses avances et qu'il est condamné et décapité... Les cuivres entrent en scène dans une marche solennelle et le couperet tombe (deux accords puissants de l'orchestre suivis d'un roulement de tambour). Berlioz, pour épancher sa peine de ne pas être remarqué d'Harriet, avait l'habitude de consommer de l'opium et de boire beaucoup, ce qui lui donnait des visions et des hallucinations qui ont inspiré ce mouvement.
  • Cinquième mouvement : Le songe d'une nuit de Sabbat . Cette fois, il imagine sa belle transformée en sorcière (la petite clarinette jouant dans l'aigu), au milieu d'une forêt de lutin et de monstres maléfiques (les cordes jouent col legno un thème sarcastique, moqueur et effrayant). Tous sont réunis pour ses funérailles (le thème du Dies Irae est repris aux vents). La danse devient burlesque et finit en apothéose.

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