Le gouvernement français voulait aider Ben Ali en Tunisie

François Fillon, Premier ministre du gouvernement de Nicolas Sarkozy, vient d'annoncer que des livraisons de grenades lacrymogènes étaient prévues à Tunis.
13

Avant la fuite du président-dictateur, Ben Ali, et de son épouse, Leïla Trabelsi, la France était sur le point d'apporter son soutien logistique au gouvernement tunisien dans le but de réprimer les manifestations dans le pays. Aujourd'hui, l'affaire est révélée au grand jour et François Fillon reconnaît les faits.

Flash-back en Tunisie

Le 22 décembre dernier, à Sidi Bouzid, un jeune Tunisien au chômage - et à qui il est reproché de faire du commerce dans la rue sans autorisation - s'immole par le feu. C'est le point de départ d'une révolte qui enflammera la Tunisie et touchera bientôt ses voisins algériens, égyptiens, jordaniens et syriens. Un élan de liberté pousse les manifestants dans la rue. Ils crient leur mécontentement contre la vie chère et dénoncent la corruption affichée des membres du gouvernement et de leur entourage. Le Président ne cède pas, il réprime même les manifestations dans la violence.

Seulement voilà, la Tunisie manque apparemment de munitions dissuasives pour faire taire les voix qui s'élèvent, car elle fait appel à la France en lui commandant un stock de grenades lacrymogènes. Ces grenades n'arriveront finalement pas, mais la répression fera tout de même plus de 200 morts, dont un photographe franco-allemand venu couvrir les événements sur place pour en informer le monde. Le 14 janvier, Zine Ben Ali quitte le pouvoir, abandonnant son pays à la révolte.

Les réactions en France

Le gouvernement français était resté muet. Une façon de ne pas vexer le dirigeant de son ancienne colonie, qui, s'il était resté au pouvoir, aurait sans doute suspendu les échanges économiques entre les deux pays. Un silence appuyé aussi par une mauvaise appréciation de l'importance des événements. Frédéric Mitterrand, ministre de la Culture, allant jusqu'à déclarer : "Il y a une opposition politique mais qui ne s'exprime pas comme elle pourrait le faire en Europe. Mais dire que la Tunisie est une dictature univoque, comme on le fait si souvent, me semble tout à fait exagéré."

Le 11 janvier, Michèle Alliot-Marie, ministre des Affaires étrangères, sortait cependant de sa réserve en proposant ouvertement à Zine Ben Ali l'aide de la France pour rétablir l'ordre dans son pays. Une déclaration qui avait paru pour le moins déplacée.

Une aide concrète était prévue pour faire taire la voix du peuple tunisien

Aujourd'hui, lors des questions au gouvernement à l'Assemblée nationale, le Premier ministre vient finalement de reconnaître que l'envoi de grenades lacrymogènes à Tunis était prévu. Des envois par colis que des douaniers de l'aéroport de Roissy-Charles-de-Gaulles avait intercepté le 14 janvier et mis en attente afin de vérifier auprès des ministères français concernés s'il ne s'agissait pas d'une erreur. Le jour même, le président Ben Ali quittait en secret son pays, fuyant les contestations et un possible lynchage populaire. Et ce n'est que le 18 janvier que MAM annulait les envois de grenades vers la Tunisie. Des douaniers français auront au moins eu le mérite de bien faire leur travail et d'éviter sans doute quelques blessés et peut-être quelques morts supplémentaires dans un pays qui ne demande maintenant qu'à se reconstruire en intégrant les notions de justice, de tolérance et de fraternité.

CONT12

Sur le même sujet