Les oiseaux irradiés de Tchernobyl

Populations en diminution, cerveaux plus petits : les bêtes à plumes ont elle aussi subi les conséquences de l'explosion du cœur de la centrale nucléaire.

En 1986, une explosion du cœur d'un réacteur de la centrale nucléaire Lénine de Tchernobyl allait bouleverser la vie de cette cité tranquille de l'Ukraine . Si on a pu mesurer les dégâts que cet accident a causé sur les populations humaines, les études sur la faune livrent tout juste leurs résultats.

Une faune volante et rampante dévastée

Le professeur Timothy Mousseau (de l'université de Caroline du Sud), qui mène des études depuis une dizaine d'années sur cette zone d'exclusion autour de la centrale de Tchernobyl, avait déjà noté le déclin significatif des insectes -89% d'insectes en moins sur les zones irradiées par rapport aux zones saines- principalement des bourdons, des sauterelles, des libellules et des araignées. Dans le fragile équilibre de la biodiversité, tout le monde savait cela ne serait pas sans conséquences. Preuve en est faite aujourd'hui, lorsqu'après un comptage minutieux et répété, le chercheur constate qu' « à l'intérieur de la zone d'exclusion, les populations d'oiseaux sont, en général, inférieures de moitié à celles que l'on trouve à l'extérieur. » De plus, ces oiseaux présentent des tumeurs en nombre assez surprenant. Par exemple, des tumeurs malignes sont développées par 10% des hirondelles.

Les oiseaux au centre de la catastrophe écologique

Indicateurs de biodiversité reconnus comme tels depuis peu, les oiseaux de Tchernobyl et des environs, en plus d'être bien moins nombreux qu'ailleurs, subissent encore les conséquences de l'accident de la centrale, près de 25 ans après les faits. Cette fois, Timothy Mousseau s'est fait aider d'Anders Pape Moller, professeur à l'université de Paris-Sud et chercheur au CNRS , pour ses observations. Les deux scientifiques ont étudié pas moins de 550 oiseaux appartenant à 48 espèces différentes. Leur constat, publié par la revue scientifique Plus One , est sans appel : les oiseaux de Tchernobyl ont un cerveau dont la taille est en moyenne inférieure de 5% par rapport à celui de leurs congénères d'autres contrées.

De même, les chercheurs mettent en avant le fait que les plus jeunes oiseaux (de moins d'un an) sont particulièrement touchés, leur cerveau ayant donc probablement subi un retard de développement dans l'œuf.

Les raisons de ce désastre écologique

Plusieurs hypothèses sont avancées par ces scientifiques. Sur la question de la diminution de la taille des cerveaux, ils supposent que les radiations émises par les particules projetées hors de la centrale ont été ingérées par les oiseaux (par l'air qu'ils respirent, l'eau qu'ils boivent et les proies qu'ils mangent, elles-mêmes contaminées) et cela a endommagé leur ADN qui a alors subi des transformations, voire, s'est adapté au milieu naturel nocif en altérant les zones de « code de développement » présents dans le cerveau, jusqu'à réduire la taille de ce dernier. Le Journal de l'environnement du 7 février 2011 note que « sans pouvoir expliquer la relation de cause à effet, Timothy Mousseau et Anders Moller estiment qu'un tel phénomène limite les capacités d'apprentissage et engendre des troubles du comportement. »

Sur la question du développement anormal de tumeurs, il s'expliquerait par le manque d'antioxydants produits par leur organisme et qui endommage ou détruit les cellules saines.

Quant à la raréfaction des espèces, le manque de nourriture (notamment les insectes) pourrait à lui seul l'expliquer, mais des études sont toujours menées à l'heure actuelle à ce sujet.

Pourtant la faune prolifère à Tchernobyl !

C'est ce que prétendent les guides qui font maintenant visiter le site dévasté, appuyés par Sergii Gashchak (du centre de recherche à Tchernobyl). Dès 2009, ce dernier émettait l'hypothèse, sur BBC news , que la désertification de la zone irradiée a favorisé le développement des animaux, dont le métabolisme a même été renforcé par les conditions environnementales plus difficiles qu'auparavant. Reste à déterminer sur quelles études scientifiques il se base pour affirmer qu'à Tchernobyl, 25 ans après ce qui reste le plus grave accident nucléaire jamais connu, les animaux n'ont pas eu à souffrir des radiations émises alors que les humains, si, et que les sols et les sous-sols sont encore contaminés .

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