Les rapaces sont-ils vraiment des animaux nuisibles ?

... Ou utiles ? Ces oiseaux menacés contribuent à maintenir l'équilibre fragile de la biodiversité pour préserver la nature et l'environnement.
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Les rapaces, ces oiseaux très spéciaux , bénéficient depuis des millénaires d'une réputation double et paradoxale. Mais au fil des siècles, c'est souvent leur facette cruelle, sanguinaire et néfaste qui l'a emportée, faisant d'eux des bêtes à éliminer... Jusqu'à en faire des espèces en voie d'extinction. Aujourd'hui, toutes les espèces de rapaces sont classées sur la liste rouge des espèces protégées. Mais le rapace est-il si nuisible que cela et bouleverse-t-il autant l'équilibre de la biodiversité qu'on veut parfois nous le faire croire ?

Un dieu-oiseau

Ils sont souvent qualifiés d'oiseaux majestueux : lorsqu'ils volent, leurs ailes déployées en font des volatiles souvent de grande envergure, la vitesse des piqués sur leurs proies - atteignant pour certains plus de 300 km/h - témoignent aussi du fait qu'ils sont les animaux les plus rapides. De plus, la fidélité des couples de rapaces (certains d'entre eux ne remplacent jamais leur compagne ou compagnon à la mort de ce dernier) contribuent à leur image d'oiseau "fiable" et "stable" psychologiquement. Enfin, non-endémiques, les rapaces sont également les rares oiseaux à peupler la quasi-totalité de la planète (seule exception : l'Antarctique), et c'est sans doute cela qui a contribué à les placer au rang de dieu parmi les dieux à l'Antiquité.

Un oiseau de mauvais augure

Les chouettes clouées sur les portes des granges, les aigles qui attaquent les troupeaux domestiqués et les humains (une joggeuse attaquée début juin 2011 par un rapace dans les Deux-Sèvres. Lire l'article de 20minutes.fr ), leurs griffes acérées, leur bec crochu et leur régime alimentaire exclusivement carnivore (voire charognards) sont autant de critères qui ont contribué à les classer dans la catégorie des "méchantes bêtes", souvent assimilés aux nuisibles. Venues étayer cette classification, les légendes à leur égard sont multiples et souvent très anciennes. L'une d'elle attribue même au gypaète barbu la mort du poète grec Eschyle, en l'an 456 avant Jésus-Christ.

La classification des rapaces

L'homme a pour habitude de classer les espèces animales et végétales en trois catégories : les nuisibles, les indifférents et les utiles. Or, même si cette classification peut sembler elle-même assez simpliste (un animal ou un végétal n'est jamais complètement nuisible ou complètement utile, et chaque catégorie doit être accompagnée d'une palette de nuances), les scientifiques et ornithologues ont reconnu les rapaces comme étant des espèces majoritairement utiles, d'où leur inscription sur la liste rouge de l'UICN des espèces menacées. En effet, s'ils peuvent nous paraître cruels, agressifs et sans pitié, ces oiseaux sont en fait de véritables protecteurs de l'équilibre de la bio-diversité.

Le rapace au service de la nature

Le rapace aura toujours tendance à s'attaquer à une proie plus faible (laissant en vie les animaux en bonne santé). Le surnombre d'une espèce (un phénomène souvent engendré par l'homme qui a eu tendance par le passé à vouloir éradiquer des espèces entières sous prétextes qu'elles leur étaient nuisibles, mais sans penser que l'homme n'était pas au sommet de la pyramide de la biodiversité). Parmi les rapaces, les charognards, notamment les vautours , jouent un rôle sanitaire d'équarrissage sur leur territoire, débarrassant la zone de cadavres en putréfaction et évitant donc ainsi la prolifération d'épidémies. Chasseur aguerri, le rapace n'en est pas moins partisan du moindre effort, cherchant toujours sa proie dans le surnombre : lapins, mulots, oiseaux de toutes espèces. Dès lors que la nourriture est abondante, le rapace rôde, empêchant alors la multiplication abusive d'une espèce par rapport à une autre. L'homme, d'ailleurs, utilise depuis la nuit des temps les rapaces pour réguler les espèces au travers de la fauconnerie, et plus précisément de l'effarouchement . Enfin, les rapaces sont des oiseaux si territoriaux qu'ils pourront même s'attaquer à leur congénères s'ils estiment que ceux-ci sont en trop grand nombre : ils s'auto-régulent donc eux-mêmes !

Pour se représenter qu'une espèce est véritablement nuisible, il suffit d'imaginer ce que serait le monde sans elle. Sans rapaces, donc, il est fort à parier que les pigeons - déjà en surnombre dans les grandes villes - seraient les rois des animaux urbains ; les mulots, musaraignes, rats et souris repeupleraient tous les territoires et détruiraient une bonne partie des réserves de grains ; les cadavres d'animaux sauvages seraient exposés à l'air libre bien plus longtemps et favoriseraient le développement de maladies telles que le choléra. Enfin, et pour le plus grand plaisir des amoureux de la nature, que la nature serait triste et terne sans ces ombres flottant dans le ciel au gré des courants ascendants et descendants, tournoyant et piquant soudain, nous offrant un véritable spectacle des plus extraordinaires.

Sources

  • Pierre D'armangeat , Rapaces de France , UE rtémis, 2000.
  • Paul Géroudet, Les rapaces d'Europe , Delachaux et Niestlé, 2008.
  • La mission Rapaces de la ligue pour la protection des oiseaux ( LPO ).

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