L'ONU vote le recours contre Kadhafi: Sarkozy gagne une bataille?

À New York, Alain Juppé a convaincu le Conseil de sécurité des Nations Unies de sortir les armes pour débarrasser la Libye de son dictateur.
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De bons amis, ils sont passés à meilleurs ennemis. Comment Sarkozy et Kadhafi en sont arrivés là ? Retour sur leur amitié qui s'est détériorée au fil du temps.

Une relation masochiste ?

En décembre 2007, l e colonel était venu installer ses tentes pendant trois jours dans les jardins de l'Élysée. A grand renfort de mains serrées, Nicolas Sarkozy et lui avaient affiché devant la presse une amitié telle que l'ami français n'avait même pas moufté lorsqu'il s'était fait contredire et presque humilier en public lors de leur visite à l'Unesco et sur la question des droits de l'Homme. Mouammar Khadafi avait d'ailleurs ajouté haut et fort, comme à son habitude, que son pays ne détenait « aucun prisonnier politique ». Officiellement, le « guide de la révolution libyenne » était venu à Paris pour signer des contrats au nom de son pays (avec Airbus et Areva, notamment).

La révolte réprimée dans le sang

Il y a un mois, une vague d'élan démocratique et de ras-le-bol face à l'inflation et aux mauvaises répartitions de la richesse balaye le Maghreb et le Moyen Orient. La Libye elle aussi descend dans la rue pour demander la démission de son « guide ». Mais si Ben Ali en Tunisie et Moubarak en Égypte s'inclinent finalement, si les gouvernements voisins lâchent un peu de lest auprès des populations, Khadafi, lui, crie à l'infamie et promet de tuer les rebelles les uns après les autres jusqu'au dernier. Et, joignant le geste à la parole, il lance une véritable expédition punitive dans son propre pays, accusant au passage Al Qaïda de diriger en secret ce vent de révolte. La France est dans les premiers pays à réagir, condamnant les actes de Khadafi et l'implorant d'écouter la voix de son peuple.

Toujours de méfier de ses amis en politique...

Il y a une dizaine de jours, le gouvernement français reconnaît officiellement l'opposition organisée en Conseil national de transition libyen basé à Benghazi (fief de la révolution contre le dictateur) comme représentant et interlocuteur officiel de le France. Autrement dit, Khadafi se fait planter un poignard dans le dos par son ami de toujours. Qui aime bien châtie bien ?

La vengeance à chaud

Quoi qu'il en soit, la réplique est immédiate : le 10 mars, Jana (agence officielle de presse arabe) annonce qu'elle est au courant « qu'un grave secret va entraîner la chute de Sarkozy, voire son jugement en lien avec le financement de sa campagne électorale ». Suit alors une annonce de Saïf al Islam, fils du « guide »: il affirme que la famille Kadhafi a financé la campagne électorale présidentielle de Nicolas Sarkozy, le traitant au passage de « clown » qui a déçu son père.

« Il faut que Sarkozy rende l'argent qu'il a accepté pour financer sa campagne électorale. C'est nous qui avons financé sa campagne et nous en avons la preuve. Nous sommes prêts à tout révéler (…) Nous avons tous les détails, les comptes bancaires, les documents et les opérations de transfert. Nous sommes prêts à tout révéler », dit-il dans une interview filmée accordée à Euronews et diffusée par Mediapart. Décidément, MAM et POL aimaient passer leurs vacances et profiter des largesses de Ben Ali, c'est au tour du président lui-même de voir dévoilé des relations privilégiées avec un autre dictateur.

Réactions en hauts lieux

Claude Guéant, ancien directeur de campagne de Sarkozy et aujourd'hui hissé au rang de ministre, crie au scandale et dément , en se justifiant auprès des médias français : « Je ne vois pas comment ils pourraient avoir [des preuves] puisqu'il n'y a rien de tel ».

Mais voilà qu'en Libye, la répression de Kadhafi se fait de plus en plus violente et les « rebelles » -l'opposition au régime reconnue par la France- perd du terrain dans sa conquête du pays. La situation est critique et les forces armées du Colonel reprennent le contrôle d'une bonne partie du territoire. La France fait alors pression auprès de l'ONU, jusqu'à envoyer hier après-midi son ministre Alain Juppé au siège de New York, afin de faire voter la résolution qui déclenchera les frappes militaires en Libye.

ONU vs Libye de Kadhafi : la guerre ouverte

Ce matin, Sarkozy a gagné la bataille : l'ONU vient de voter l'emploi de forces armées contre Kadhafi. Mais le gouvernement libyen a d'ores et déjà répliqué en promettant une contre-offensive, par exemple, en s'attaquant à des avions et des bateaux en mer Méditerranée.

Alain Juppé, ministre des affaires étrangères français, déclarait ce matin lors d'une conférence de presse : « Nous ne pouvons pas laisser faire les fauteurs de guerres, nous ne pouvons abandonner à leur sort les populations civiles victimes de répression, nous ne pouvons laisser bafouer la légalité et la morale internationales. »

Il s'agit notamment de :

  • mettre en place une zone d'exclusion aérienne contrôlée par la Ligue arabe ;
  • protéger tous les territoires sous la menaces de Kadhafi ;
  • mener un embargo sur les armes, une interdiction de vol des compagnies aériennes libyennes, etc.

Coups de théâtre et début de « l'Aube d'une Odyssée »

Hier à 14 heures, le chef de la diplomatie libyenne annonçait l'arrêt des frappes aériennes de l'armée encore ralliée au colonel Kadhafi. La communauté internationale attendait de pouvoir constater que ce cessez-le-feu était effectif dans le pays, mais l'ONU suspendait pourtant ses opérations. Sarkozy et le « guide » se seraient-ils réconciliés ?

Si tel était le cas, la trêve fut de courte durée, car ce soir, l'ONU annonçait, par la voix du président français, le début des hostilités - une opération nommée « Aube d'une Odyssée » - en Libye pour aller délivrer le peuple de son dictateur sanguinaire qui n'avait en fait pas respecté sa promesse de cessez-le-feu.

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