Récup' et partage : donner, plutôt que de jeter ou de vendre

Économie parallèle basée vers la générosité et l'éco-consommation, les sites de dons se développent sur internet. Où donner et trouver l'objet de ses rêves?
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À l'heure où, en France, six millions de salariés gagnent 750 euros par mois (lire : Marianne , n°722) et le smic ne dépasse pas le seuil de pauvreté , une nouvelle forme d'économie se développe dans le pays. Moins lucrative que la vente, certes, mais sans doute bien plus écologique et généreuse : le don et la récup' , tout simplement. En effet, les média et organisations écologiques ne nous ont que trop répété que la sur-consommation dans les pays industrialisés était un fléau, non seulement pour l'environnement (sur-consommation d'énergie, déforestation ou encore pollution de l'air et de l'eau par des rejets toxiques d'usines), mais aussi pour l'économie (notamment l'augmentation des écarts entre les riches et les pauvres et la dégradation des conditions de vie pour les ménages à faibles revenus). Les Français sont-ils en train de réagir ? Toujours est-il que ces derniers temps, sur la toile, les sites de dons se multiplient.

Pourquoi jeter ?

Faire les poubelles et en analyser le contenu est une chose instructive quant aux habitudes de vie d'une population. Autrefois - et il n'y a pas si longtemps -, nos poubelles regorgeaient, en plus des déchets alimentaires, de plastique, d'emballages divers, d'objets en panne, d'électronique dépassée ou parfois même, d'habits à peine portés. De nos jours, un réel progrès est fait par le tri des déchets. Mais qu'en est-il de nos vieux vêtements, des landaus qui ne servent plus parce que les enfants ont grandi, des sacs de chaux, de sable ou d'enduit qui restent en trop après avoir fini de refaire sa salle de bains ou sa cuisine ?

Peut-être pourraient-ils servir à d'autres, plutôt que de finir leur vie sur une décharge avant de se décomposer lentement en polluant la planète.

Pourquoi vendre à tout prix ?

Certaines personnes ont pris l'option de vendre à tout prix ce qui ne leur sert plus. Mais quel est le bénéfice réel ? Un lecteur DVD dernier cri acheté à prix d'or au début du XXIe siècle ne vaut déjà plus rien ; des romans lus et relus qui ne font qu'encombrer notre bibliothèque se vendront à peine deux euros chacun, sans compter les frais de port ou de déplacement ; le cuiseur à œufs flambant neuf qu'on n'utilise jamais ne sera revendu qu'une poignée d'euros sur le net. Alors, à moins qu'il s'agisse d'une voiture, d'une moto, d'une tondeuse-débroussailleuse récente, d'un objet d'art côté ou d'un bien dont la valeur marchande n'a pas été altérée par le temps, la mise en vente d'un objet peut souvent coûter plus qu'il ne rapportera, en énergie déployée, en temps ou en transport d'acheminement.

Autant vendre pour rien !

Donner est sans doute la forme la plus altruiste de commerce : ne rien attendre en échange, que le plaisir de voir que ce qui ne nous sert plus va servir à d'autres, sans compter que cela fera de la place sur nos étagères ou dans notre garage. Et ce n'est parce qu'on gagne peu d'argent qu'on n'a pas le droit de "s'offrir" un nouveau lavabo, un chauffe-biberons pour nourrir plus facilement son enfant. Et même si on en a les moyens, pourquoi vouloir à tout prix investir dans du neuf alors que la mode est au vintage, à l'ancien, et à la récup' ? Avec le simple don, tout le monde semble donc pouvoir y trouver son compte.

Comment donner ?

Hormis les organisations - comme Emmaüs , fondé par l' abbé Pierre - et associations caritatives qui lancent régulièrement des appels aux dons en matériels ou objets dont elles ont besoin sur le moment (en cas de séïsme, de tremblement de terre ou de tsunami dans un pays, par exemple), plusieurs sites internet ont vu le jour, afin de permettre à chacun de trouver l'objet de ses rêves gratuitement ou, à l'inverse, de se débarrasser de ce qui ne lui fait plus besoin.

  • Le site Récupe.net , autonome et indépendant, a l'avantage de joindre le geste à la parole en réduisant au minimum la publicité et en se consacrant uniquement aux dons. Chaque donneur ou "client" qui passe sur le site est ainsi épargné par les offres publicitaires omniprésentes sur la toile. Son geste de donner ou de "récupérer" est alors sincère et désintéressé.
  • Le site Conso Globe encourage les gens à une nouvelle consommation plus responsable. Il n'est pas exclusivement consacré aux dons (également : entraide, échange, achats d'occasion), même si la rubrique propose un large choix d'objets cherchant preneur.
  • Le site Donnons.org où, selon ses responsables, la générosité est l'essence même du site. Couplé à la volonté de donner une seconde vie aux objets, il n'est pas inutile en matière de récup' et de détournement d'objets, car tous les biens proposés ne sont pas forcément en état de marche. Et, avis aux bricoleurs francophones, le site traite la France, la Belgique, la Suisse et le Canada.
  • Le site Wigiwig est tout axé sur l'altruisme : dons, échange et service d'entraide. Une inscription (gratuite) est cependant nécessaire pour participer à cette économie parallèle.

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