Le coût de l'énergie éolienne est inférieur à celui du nucléaire

Le coût de production de l'électricité, tous frais confondus, d'une centrale nucléaire, est plus élevé que celui d'un parc éolien. En voici les preuves.
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Les variables pour calculer le coût final de production de l'électricité par une centrale nucléaire ou par un parc éolien sont nombreuses. Il n'est dès lors pas facile de l'estimer avec précision. Néanmoins, une analyse des coûts des deux derniers projets nucléaire et éolien, respectivement, est décidément éclairante.

Etablissons donc une comparaison entre les coûts du nouveau réacteur EPR de la centrale nucléaire de Flamanville et les coûts du parc éolien qui sera construit aux USA, à Shepherds Flat dans l'Oregon, dans lequel Google a investi 100 millions de dollars. Il est à peine le cas de noter que Google est sûrement parmi les entreprises les mieux informées du monde. Par ailleurs, puisque une centrale nucléaire a normalement de trois à six réacteurs, les nouvelles centrales équipées avec les réacteurs EPR produiront environ de trois à six fois plus d'électricité, mais elles seront de trois à six fois plus coûteuses, par rapport aux données ci de suite exposées, se référant à un seul réacteur EPR.

Les coûts de la construction de l'unique réacteur EPR de la centrale nucléaire et du parc éolien

Parmi les sources utilisées : un article du Huffington Post sur le parc éolien et un article de LCI-TF1 sur la centrale nucléaire, plus sa brochure de présentation de EDF .

  1. La puissance nominale de production d'électricité : 1650 Mw pour le nouveau réacteur EPR de la centrale, 845 Mw pour le parc éolien, suffisant respectivement pour la consommation quotidienne de 450.000 et 235.000 foyers. Donc, afin de comparer le coût final de production par kilowatt-heure, il faudra multiplier par deux le coût du parc éolien, du moment qu'il produit grosso modo la moitié de l'électricité produite par le nouveau réacteur EPR. Quant à la vitesse de vent nécessaire pour atteindre la puissance nominale, elle est de 50 km/h (14 m/s), selon l' ADEME . Cette puissance varie, donc, en fonction de la vitesse de vent.
  2. Les matériaux de construction : 300.000 m3 de matériaux déplacés pendant les travaux préparatoires et 40.000 m3 de béton (un m3 de béton = plus ou moins 2,3 tonnes) coulés pour les bâtiments de la centrale nucléaire. Même si la fabrication des éoliennes requiert de l'acier et leur installation une trentaine de tonnes de béton chacune, la réalisation du réacteur EPR semble beaucoup plus coûteuse.
  3. Le personnel pour la construction : durant les cinq années de construction du nouveau réacteur EPR, (2007-2012), le chantier emploiera jusqu'à 2.300 personnes, dont au moins 1.000 dans le BTP, 1.000 pour le secteur électromécanique et 200 dans le tertiaire. Un parc éolien se construit en quelques mois. Même si on tient compte du personnel nécessaire à la fabrication des éoliennes, les coûts semblent environ 10 fois inférieurs.
  4. Le débat public : 21 réunions dans toute la France, 4 mois de débat, 4000 participants pour le projet nucléaire de Flamanville. Encore une fois, le projet d'un parc éolien se démontre beaucoup moins dispendieux.
  5. En fait, on estime à six milliards d'euros le coût de construction du réacteur EPR de la centrale nucléaire, alors qu'on parle de deux milliards de dollars, donc environ un milliard et 200.000 euros, pour le parc éolien de l'Oregon. Le réacteur est quatre fois plus cher que le parc, mais, puisqu'il produit le double d'électricité, il est "seulement" deux fois plus cher. D'ailleurs, si on prend en compte les coûts exorbitants du démantèlement d'une centrale nucléaire, l'écart devient encore plus large.

Les coûts de production de l'électricité

  1. Le prix de l'uranium suit la conjoncture économique mondiale, et les prévisions de construction de centrales nucléaires. Après avoir dépassé les 280 $ le kilo en 2008, il oscille actuellement autour de 140 $ le kilo. Si les centrales nucléaires se multiplient, il pourrait augmenter en flèche rendant insoutenable le coût de l'électricité qu'elles produisent.
  2. Le coût du personnel pour le fonctionnement et la production d'électricité: en exploitation, le nouveau réacteur EPR de Flamanville nécessitera un effectif d'environ 300 personnes pendant 60 ans au moins, auquel s'ajouteront les emplois induits par l'activité de maintenance et près d'une centaine d'emplois indirects (restauration, commerces, services...). Un parc éolien est géré à distance par trois ou quatre techniciens. Les interventions pour son entretien sont rares.
  3. Une centrale nucléaire requiert toute une série de mesures de sécurité assez coûteuses: protection contre les accidents de tout genre, les inondations et les catastrophes naturelles; contrôles périodiques sur la santé du personnel exposé aux radiations nucléaires.
  4. Il y a aussi la protection contre les crimes. Protéger la centrale nucléaire de Flamanville contre les attentats terroristes ou les vols de matériel radioactif coûte cher. Les éoliennes n'ont besoin d'aucune protection.
  5. Même si une estimation du coût total de production de l'électricité pour chacune des deux installations ne peut être qu'approximative, il est évident que le parc éolien de l'Oregon sera de loin moins cher que l'unique nouveau réacteur EPR de la centrale nucléaire de Flamanville.
extrêmement faible pour les réacteurs existants

La brochure d'EDF sur la centrale nucléaire de Flamanville : une drôle de mentalité économique

Il est déconcertant de voir comme EDF présente les milliards d'euros nécessaires à la construction du nouveau réacteur EPR de sa centrale comme "retombées économiques pour la région". L'électricien vante la création de 3.000 emplois pour les cinq ans de la construction du réacteur nucléaire et 300 pour assurer son fonctionnement. En réalité, les augmentations des tarifs d'électricité dues au financement de ce projet pharaonique vont rendre l'industrie française moins compétitive, ce qui fera perdre des milliards d'euros aux exportations et des dizaines de milliers d'emplois. Sans compter l'alourdissement des factures de l'électricité pour les familles. Il y a des créations d'emplois qui en compromettent d'autres. Un million d'euros investi dans la production d'armes ou de cigarettes n'est pas aussi rentable que la même somme investie dans la formation des jeunes, dans la recherche ou dans l'amélioration du transport public.

Le développement durable et la carence de matières premières requièrent la redécouverte du vrai sens de l'économie, dont l'étymologie est " oikos nomein", gérer sa maison. Or, quelle mère de famille avisée inciterait ses enfants à consommer toujours plus? Pourtant, l'auto-complaisance d'EDF pour les ressources déployées pour la construction du réacteur EPR de Flamanville déferle de chaque paragraphe de sa brochure. On est tenté de lui suggérer d'énumérer aussi d'autres prouesses de cette construction cyclopéenne: 3.000 travailleurs pour cinq ans de construction, à 250 journées de travail par an, nous fait 750.000 journées de travail individuel, pour une consommation d'environ un kilomètre et demi de baguettes par jour. Multiplié par cinq ans, c'est assez pour relier les extrémités de l'Hexagone d'une seule immense chaîne de baguettes, de Dunkerque à Cannes. Le café: si on empile deux dosettes ou filtres par travailleur par jour, on obtient une pile plus haute que la tour Eiffel. Grandiose, non? De quoi faire monter les boulangers sur le char des pro-nucléaire... Dommage que les clients des mêmes boulangers auront moins d'argent à dépenser à la boulangerie, à cause des factures d'électricité plus chères...

La nécessité d'irradier l'opinion publique avec la vérité sur le nucléaire

Il conviendrait, d'un point de vue strictement économique, de sortir du nucléaire graduellement mais décidément, sans démanteler hâtivement les centrales nucléaires existantes. D'ailleurs, on le fait déjà pour une autre technologie respectable mais économiquement dépassée: celle des chaudières à fioul. Sauf que dans leur cas, il n'y a pas de concentration d'intérêts économiques, d'une envergure pharaonique, à neutraliser politiquement. D'où l'urgence, pur ceux qui préconisent une sortie du nucléaire plus ou moins rapide, de faire entendre la vérité sur les coûts de production de l'énergie électrique.

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