Voiture électrique, la guerre des chiffres a commencé

La voiture électrique, gage d'air respirable et fin des hémorragies financières à la pompe, ou gadget pour écologistes rêveurs?

Renault, Peugeot, Ford, Mitsubishi, Mercedes-Benz, General Motors: voici autant de constructeurs qui lanceront un ou plusieurs modèles de voitures 100% électriques en 2011. La voiture est probablement l'objet le plus convoité par les êtres humains, et aussi celui qui leur coûte plus cher. Le succès de la voiture électrique pourrait apporter beaucoup de changements dans nos vies et surtout dans nos économies. Il n'est donc pas étonnant que le raz-de-marée d'articles enthousiastes ou méfiants vis-à-vis de cette possible révolution technologique déferle de plus en plus sur le Web.

Je tâche ici de réfuter, autant l'admettre tout de suite, les objections les plus communes des électro-sceptiques:

Les voitures électriques sont trop chères

Une Nissan Leaf, comparable comme niveau de confort et capacité à une Renault Mégane, coûte environ 30.000 euros (prime écologique déduite), donc environ 12.000 euros de plus que sa concurrente. Or, la Mégane consomme environ 8 litres pour 100 km sur le cycle mixte, donc, calculant un prix de l'essence moyen de 1,7 euros le litre pour les dix ans à venir, il faudra 40.800 euros pour parcourir 300.000 km.

La Leaf ayant besoin d'environ 1 euro d'électricité pour parcourir 100 km, même avec une augmentation de 10% du prix de l'électricité pour la décennie future, les mêmes 300.000 km. couteraient 3.000 ou 4.000 euros, suivant l'horaire de rechargement (heures pleines ou creuses). Si on compare avec une Mégane à gazole, l'avantage de l'électrique diminue: le prix d'achat de la version diesel est 2.000 euros plus cher, mais les 40.800 euros pour parcourir 300.000 km deviennent environ 27.000 (base de calcul: 6 litres pour 100km. à 1,5 Euros le litre).

Le moteur électrique permet aussi des économies sur l'entretien: pas de vidange, ni de courroie de distribution à remplacer tous les 100.000 km, ni de pièces qui s'usent à cause des températures très élevées dégagées par la combustion. En fait, il y a des locomotives électriques des années 50 qui roulent encore.

La production de l'électricité qui les alimente pollue autant que les moteurs thermiques

Même si on utilisait du pétrole ou du charbon pour produire l'électricité, il n'en reste pas moins que la voiture électrique a besoin d'un euro d'électricité pour 100 km. Avec un tel prix, une centrale électrique à huile combustible ne peut pas consommer plus de 2 litres de carburant pour la produire. Beaucoup moins que les sept ou huit litres nécessaires à faire rouler une voiture à combustion interne pour 100 km...

Elles seront toujours trop chères, et d'ailleurs les états ne pourront pas se permettre de les subventionner à l'infini

La première Ford T à essence produite en 1909 coûtait 850 dollars, alors qu'en 1920, son prix avait déjà chuté à 290 dollars. Plus le volume de production augmente, plus on peut réaliser des économies d'échelle. D'ailleurs, même les micro-voitures thermiques coûtent très cher (plus de 10.000 euros) à cause de leur volume de production réduit.

Leur autonomie est trop réduite

Moins de 5% des déplacements en voiture excèdent les 130 km d'autonomie moyenne d'une voiture électrique, plus que suffisant pour une deuxième voiture. Pour les foyers qui ne peuvent pas se permettre deux voitures, il est vrai que cela pose problème, au moins tant qu'il n'y aura pas assez de stations de recharge.

Elles resteront un produit de niche

Le cabinet Xerfi avance des chiffres précis: pas plus des 5.000 voitures électriques vendues en France en 2011, à peine 35.000 en 2020. Cherchez sur Google Actualités, «Xerfi +voitures électriques». Estimation invraisemblable par défaut, alors que Vincent Bolloré déclare avoir déjà reçu 8.000 réservations pour sa Bluecar électrique; sans compter, pour 2011, le lancement du Kangoo et de la Fluence électrique, de la Leaf, de l'Opel Ampera... D'ailleurs, si l'on cherche «Xerfi+éoliennes», on verra que le même bureau d'études exprimait le même scepticisme à l'égard de l'énergie éolienne...

Bref, à lire certaines argumentations, je me souviens qu'au cours des dernières années, des compagnies pétrolières comme Total en France et Exxon Mobil aux USA ont réalisé les profits annuels record de leur pays, respectivement plus de 10 et 35 milliards de dollars (il suffit de consulter leurs bilans officiels sur Yahoo Finance ). Sans vouloir mettre en doute la bonne foi de qui que ce soit, il est normal qu'on veuille défendre une filière économique et industrielle si importante, pour les emplois, les revenus, etc.

A vrai dire, moi aussi j'ai des intérêts à défendre lorsqu'on discute de la voiture électrique: la moitié de ma famille souffre de problèmes respiratoires liés à la pollution des voitures thermiques. Pour évaluer la fiabilité de la source, il faut savoir en identifier les motivations...

Sur le même sujet