E=mc2, mon amour : rêve ou réalité ?

E=mc2, mon amour fit le succès de son auteur Patrick Cauvin : un mode d'emploi pour apprendre à rêver.
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« La vérité sort toujours de la bouche des enfants ». Voilà une maxime qui s’applique tout à fait au célèbre roman de Patrick Cauvin E=mc2, mon amour . E=mc2 mon amour , c’est l’histoire de deux enfants surdoués et amoureux, Daniel et Lauren, qui sont à mille lieux de l’univers des adultes.

E=mc2, mon amour : un jeu dans la narration

Qui est le narrateur ? Daniel et Lauren à la fois. L’auteur passe de l’un à l’autre sans prévenir le lecteur. Un joli tour de style puisque dans l’histoire, les deux enfants commencent à écrire un livre à deux. Ils ne le termineront pas, tout comme l’histoire de Patrick Cauvin, qui restera ouverte.

L’auteur s’exprime avec un vocabulaire qui est jeune, mais loin d’être enfantin. Il concède une grande maturité aux deux enfants, à la fois dans leur analyse des choses, mais aussi dans leurs connaissances. On trouve dans l’ensemble du roman de multiples références culturelles (cinématographiques, littéraires, et autres…).

La meilleure illustration de cette connivence dans la connaissance et la référence des deux narrateurs aux deux stars du cinéma Humphrey Bogart et Lauren Bacall. Cette référence permet aux deux enfants de s’identifier à des stars de cinéma et de rêver.

Le rêve, acteur principal d’E=mc2, mon amour

Car si les deux enfants sont surdoués, ils n’en demeurent pas moins des enfants. Ils apprécient les jeux et rêvent.

Le rêve est la dimension clé du roman. Depuis le début de la narration, Daniel et Lauren rêvent, mais tout bascule lorsque le rêve devient réalité, lorsqu’ils deviennent les héroïnes de leur propre histoire et qu’ils sautent de plein pied dans le monde des adultes.

L’auteur décrit le rêve d’un monde qui est propre aux deux protagonistes, qui leur permet de supporter le monde des adultes et le monde des autres enfants.

Ce n’est pas parce que les autres sont moins cultivés qu'eux que leur monde leur paraît agressif, c’est parce qu’ils ne rêvent pas, parce qu’ils ne prennent pas le temps de s’intéresser aux choses qu’ils ne connaissent pas.

Les enfants trouvent en la personne de Julius une personne qui n’est pas surdouée, mais qui a passé sa vie à rêver. C’est d’ailleurs Julius qui leur permettra vraiment de sortir de leur quotidien.

E=mc2, mon amour : une métaphore filée ?

En fait, e=mc2, mon amour est une critique de notre société : une société qui est froide, où il ne règne aucun sentiment.

On ne retrouve d’ailleurs aucun sentiment filial lorsque les deux enfants évoquent leurs parents. Ils n’en parlent ni avec affection ni avec ressentiment, ils en parlent sans aucune émotion.

Parce que les parents, qu’ils soient issus de la banlieue de Daniel, ou de la société richissime de Lauren, ne voient que leur propre monde et ne regardent pas au-delà. Ils vivent selon certains préceptes et ne s'intéressent pas à ce (et ceux) qui s’en écarte(nt).

Prenant en considération cette métaphore filée que fait l’auteur, la fin du roman est lourde de sens. On ne la révélera cependant pas, afin de laisser le lecteur le plus longtemps possible sous le charme de cette histoire.

C’est ce roman qui fit le succès de l’auteur Patrick Cauvin, de son vrai nom Claude Klotz. L’auteur redonnera vie à ses deux protagonistes avec Pythagore, je t’adore , en 2001. Les Lettres françaises regretteront Patrick Cauvin, décédé en août 2010. L’auteur avait dit dans son roman, Présidente , « il y a la vie qu’on rêve et la vie qu’on vit, c’est la première qui est la vraie », une citation qui traduit très bien son œuvre.

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