La Danse de Frederick Wiseman

Avec La Danse, le cinéaste Frederick Wiseman conduit le spectateur au cœur de la vie du Ballet de l'Opéra de Paris, dévoilant surtout ce qu'on ne sait pas.
13 Déc
8

Lorsque Frederick Wiseman passe douze semaines au sein de la Compagnie du Ballet de l’Opéra de Paris, il se fait oublier des personnages de son film. Il s’insinue au plus profond de leur quotidien, c’est-à-dire dans les coulisses du spectacle.

Le cinéma de Frédérick Wiseman, une critique des institutions

Né le 1er janvier 1930 dans le Massachusetts, Frederick Wiseman a d’abord étudié, puis enseigné le droit à Harvard.

Il devient par la suite un cinéaste reconnu pour ses documentaires. Peut-être sont-ce ses antécédents juridiques qui expliquent son sujet de prédilection : les institutions américaines. Il s'intéresse notamment aux prisons, hôpitaux, commissariats…

Chaque documentaire devient une réflexion sociologique sur l’institution, sur les rapports hiérarchiques qui y concourent, sur ce qu'on en connaît et surtout ce qu'on n'en connaît pas.

La danse a eu un précédent : en 1995, Frederick Wiseman relate la vie d'une autre institution chorégraphique. Il réalise un film sur le travail de l’American Ballet Theater de New York et suit notamment ses tournées à Athènes et Copenhague.

L’intérêt de Frederick Wisman pour la danse

Le casting de La Danse est particulièrement notable. Il réunit les plus grandes personnalités de l’Opéra Garnier : Brigitte Lefèvre, Aurélie Dupont, Marie-Agnès Gillot, Claire-Marie Osta, Mathieu Ganio, Manuel Legris et bien d’autres encore…

En fait, Frederick Wiseman admire cette discipline qui consiste à pousser le corps au-delà de ses limites. Il apprécie également l’aspect évanescent de la danse : une œuvre d’art qui ne dure qu’un instant.

S’il s’attache à décrire les racines d’un spectacle, c’est pour mettre en valeur le travail des danseurs, travail qui permet d’atteindre des prouesses techniques.

Le réalisateur dépasse cependant son admiration pour la danse.

La Danse , un documentaire qui va au-delà de la discipline

En effet, il dévoile tous les mécanismes et toutes les règles qui régissent l’institution au quotidien, mettant particulièrement l’accent sur la hiérarchie qui règne au sein du Ballet.

Les répétitions s’intègrent en fait dans le schéma de hiérarchisation. Au sommet de cette hiérarchisation règne, toute puissante, Brigitte Lefèvre, Directrice de la danse.

Brigitte Lefèvre est partout. Elle participe à toutes les discussions. Le réalisateur la présente comme le socle de la Compagnie, celle sur qui s’appuie l’ensemble du personnel. On vient la voir, on l'interroge au moindre problème.

Frederick Wiseman insiste sur les travailleurs de l'ombre de l'Opéra de Paris, montrant l’importance du détail et de celles qu’on appellera « les petites mains ». Il dévoile l’ensemble du travail que cache une soirée de spectacle. Son propos fait honneur au travail de tous les « oubliés » (pianiste, couturière,...).

Dans son film, Frederick Wiseman adopte la multiplicité des points de vue. Il ne cherche en rien à magnifier ni à mystifier la Compagnie. Il veut simplement souligner que le Ballet de l'Opéra de Paris est composé de centaines d'humains qui ont pour vocation de travailler à son succès.

Sur le même sujet