Pina de Wim Wenders

Quelques mois après la disparition de Pina Bausch, Wim Wenders lui rend hommage dans un film documentaire que tous deux avaient commencé ensemble.

Wim Wenders et Pina Bausch projetaient depuis des années de réaliser ensemble un documentaire sur l’œuvre de la chorégraphe. Ils avaient commencé le projet lorsque la chorégraphe a disparu brutalement. Le projet est alors laissé de côté. Mais sur la demande des danseurs de la compagnie de Pina Bausch, Wim Wenders choisit de continuer le travail, comme Pina Bausch l’aurait souhaité.

Un hommage à Pina Bausch

Ce documentaire n’a pas de voix off.

Wim Wenders ne veut pas raconter une histoire. Il veut raconter une personne. Une personne qu’il l’admire, racontée par des gens qui l’admirent. Les danseurs de la compagnie de Pina Bausch parlent de la chorégraphe, chacun à leur manière.

Mais ce sont également les chorégraphies filmées qui parlent du travail de Pina Bausch.

Les danseurs de la compagnie apparaissent presque toujours en habits de gala, comme s’ils voulaient fêter Pina ou célébrer dignement sa mémoire.

Malgré la mort de cette dernière, on remarque que souvent les danseurs ont le sourire en dansant. C’est encore un clin d’œil à la chorégraphe qui n’aurait jamais pu vivre sans la danse et pour qui la danse était tout, certainement au-delà de la mort.

Pina, danse, cinéma et théâtre

L’œuvre de Pina Bausch est célèbre pour avoir mélangé les arts de la danse et du théâtre. Dans son film, Wim Wenders reprend ces deux formes d’art, en y ajoutant le cinéma.

Dans toutes les pièces de Pina Bausch, la théâtralité est associée. Le meilleur exemple en est la scène du Café Müller. La chorégraphe trouvait la pièce très vide. Elle y a fait rajouter des chaises et les chaises apportent énormément à la chorégraphie puisqu’elles sont bousculées à chaque instant.

Le Café Müller marque d’ailleurs la dernière apparition de Pina Bausch en tant que danseuse.

On retrouve quatre des principaux ballets de Pina Bausch dans le film de Wim Wenders : " Café Müller ", " Vollmond ", "Le Sacre de Printemps " et " Kontakthof ". Outre des séquences de ces quatre ballets, les danseurs interprètent des petites chorégraphies qui leur sont propres, comme s’il s’agissait de moments de recueillement vers l’esprit de la chorégraphe, comme si chacun lui tirait son chapeau à sa façon.

Ces chorégraphies sont d’ailleurs entrecoupées par des moments où les danseurs filmés s’expriment, racontent leurs relation avec Pina.

Le spectateur ne comprend pas forcément les chorégraphies, mais en apprécie l’esthétique.

Pina Bausch, la danse internationale

Le documentaire met également l’accent sur le nombre important de nationalités parmi les danseurs de Pina Bausch. Lorsque les danseurs témoignent, beaucoup parlent une langue différente de l'allemand. Pourtant tous se comprennent. C’est ce que souhaitaient Pina Bausch.

La chorégraphe était profondément tournée vers les autres cultures. La danse était pour elle un langage universel.

Comme le rappelle la bande-annonce du film, la danse c’est beaucoup : l’amour, la lutte, le désir, la liberté et tant d’autres choses encore. Mais danser, c’est avant tout vivre. Le film se clôture par une phrase qui a certainement guidé toute la carrière de Pina Bausch : « Dansez, dansez, sinon nous sommes perdus ».

Wim Wenders choisit d’utiliser la 3D pour filmer les danseurs. Il désire ainsi magnifier leurs mouvements et encore plus les chorégraphies de Pina. On peut dire qu’il rejoint ainsi son sujet, dans la mesure où Pina Bausch choisit toujours d’innover dans ses chorégraphies. Dans le film, on le voit par exemple avec les danseurs évoluant dans des milieux tout à fait déroutants : le fameux café Müller, mais aussi au centre d’une cascade d’eau.

En bref, un film tout à fait à l’image de la chorégraphe : innovant, esthétique, international, surprenant, émouvant et… dansé.

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