Tango de Carlos Saura

Grand admirateur de la danse en général, le metteur en scène consacre un film à magnifier le tango.

Le tango et le flamenco sont classés au patrimoine mondial de l'Unesco. Outre la fougue, l’âme et la tradition, quelle caractéristique ces deux danses ont-elles en commun ? Elles sont admirées par le cinéaste Carlos Saura qui les transforme en films. Aussi, après avoir présenté l’univers du flamenco dans Flamenco , Bodas de Sangre et Carmen , Saura s’attache à décrypter le monde du tango dans Tango .

Les codes de l’intrigue Saura

Dans l’intrigue, on retrouve tous les codes du film de Saura : un metteur en scène amoureux, une danseuse mystérieuse, une compagnie de danse.

L’histoire est simple : Mario, metteur en scène délaissé par sa compagne, tombe amoureux d’Elena, une danseuse fiancée à l’un des producteurs de son futur spectacle. Envers et contre tout, il continue à monter son spectacle.

Une autre caractéristique de la filmographie de Saura est le ressenti du spectateur. Ce dernier ne sait plus ce qui est réel et ce qui est de l’ordre de l’imagination. Le réalisateur ne cesse de brouiller les pistes. Pour preuve, le spectateur reste pantois devant la fin du film.

Le message politique de Tango

Apparaît cependant une dimension plus politique, qui n’est pas forcément aussi présente dans les autres films de Saura.

En effet, le tango étant une des composantes principales de la culture argentine, le réalisateur ne pouvait pas rester silencieux devant les abus de la dictature argentine. Il choisit de les faire apparaître dans la chorégraphie.

Si la mention de cette période de l’histoire est développée dans la danse, elle est également développée dans le discours du personnage principal, profondément traumatisé par cette période.

Aussi peut-être le réalisateur fait-il un parallélisme avec l’Espagne. Avec le personnage d'Elena, peut-être veut-il faire passer un message : sans faire abstraction des mauvaises périodes, il faut passer outre et aller de l'avant.

Le tango, une danse magnifiée

Carlos Saura attribue un rôle particulier aux jeux de lumière. Il magnifie le tango. Le couleur du fond de scène est toujours importante, dans la mesure où c’est le fond qui met les mouvements des corps en valeur.

On observera par exemple une des plus magnifiques scènes du film où les protagonistes danseurs se détachent sur un fond jaune vif. Lors de cette scène, l’accompagnement musical n’est même pas nécessaire. On entend seul le bruit des pas qui heurtent le sol.

Carlos Saura souhaite dans ce film, plus que dans ses autres films, casser les préjugés. Ainsi, il fait danser deux hommes ensemble, puis deux femmes ensemble. Dans les deux cas, la sensualité de la danse est toute préservée.

L’un des objectifs principaux du film est de faire connaître le tango et de montrer l’ensemble des sentiments qui se cachent derrière la danse. On retrouve ainsi l’ensemble des thèmes qui caractérisent le tango : la sensualité, la jalousie, la rivalité, la mort aussi.

Pour les habitués de la filmographie de Saura, ce film présentera irrémédiablement un goût de « déjà vu ». En revanche, pour les amoureux de danse et de culture latino, il brillera de tous ces feux. Les chorégraphies et les danseurs y sont tellement envoûtants qu’on en oublie presque l’intrigue ! Et – faut-il vraiment le dire – peut-être heureusement…

Sur le même sujet