Didier Deschamps ou la culture de la gagne

Capitaine des premières victoires françaises en Ligue des champions et en Coupe de Monde, le parcours de Didier Deschamps est un exemple à suivre.
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Il y a des sportifs talentueux dont l'avènement semble programmé depuis longtemps et il y a ceux qui ont su forcer leur destin pour écrire de belles pages d'histoire. Didier Deschamps fait partie de ceux-là.

Un jeune homme de caractère

Formé au Football Club de Nantes après un passage par l'Aviron bayonnais, il s'impose vite comme un leader au sein d'une équipe de joueurs chevronnés comme Jean-Michel Ferri ou Jorge Burruchaga et d'autres jeunes joueurs comme son compère Marcel Desailly et hérite dès 1990 du brassard de capitaine. Convoqué en équipe de France par le sélectionneur Michel Platini dès 1989, il tape également dans l'œil de Bernard Tapie, alors président d'un l'Olympique de Marseille performant qui le prête immédiatement à l'ennemi bordelais, pour l'aguerrir.

A l'issue de ce premier prêt, le patron de l'OM envisage de le prêter de nouveau, au Paris-Saint-Germain cette fois. Didier Deschamps exclut cette possibilité et impose à son Président son souhait de rester à Marseille qui sort d'un douloureux échec en finale de Coupe de clubs champions contre Bari. Il s'installe rapidement dans l'équipe-type et goûte aux joies du titre national en 1992.

1993, année charnière

La saison suivante, Raymond Goethals en fait son capitaine après le départ de Jean-Pierre Papin. Aussi jeune soit-il dans un contexte marseillais souvent bouillant, il assume parfaitement ce rôle de leader au sein d'un groupe moins brillant mais plus costaud que celui des années précédentes. Cette qualité permet à l'OM de remporter la première Coupe d'Europe du football français, la prestigieuse Ligue des champions. C'est une consécration pour Didier Deschamps et les siens.

Pourtant, cette année 1993 est également noircie par l'élimination honteuse de l'équipe de France dont il fait partie de la jeune garde avec Marcel Desailly et Emmanuel Petit. Minée par les clans et les égos, elle ne parvient pas à prendre le moindre point au Parc des princes contre Israël puis la Bulgarie. La saison 1993-1994 se termine enfin par la rétrogradation de l'OM en seconde division suite à l'affaire de corruption du match VA-OM.

A l'école du Campionato, jouer pour gagner

C'est le moment que Didier Deschamps choisit pour quitter l'OM et c'est avec la Juventus de Turin qu'il choisit de s'engager. C'est une institution et un club qui gagne. Il remporte avec la Vieille Dame une nouvelle Ligue des Champions en 1996, sans briller mais en contrôlant une talentueuse équipe de l'Ajax d'Amsterdam. Il devient la même année le capitaine de l'équipe de France qu'il conduit en demi-finale de l'Euro anglais.

Au cours des deux années suivantes, il forme avec Zinedine Zidane une paire très complémentaire au milieu de terrain de la Juventus de Turin. Le duo conduit le club au titre national italien en 1997 et en 1998. En équipe de France, Deschamps leader mental de la sélection laisse à Zidane celle de leader technique, et les deux hommes conduisent avec Blanc et Petit l'équipe de France à la victoire historique de la Coupe du monde 1998. Et c'est encore en capitaine qu'il remporte l'Euro 2000.

A l'assaut du banc de touche , des débuts fructueux

Ce merveilleux palmarès l'a sans doute conduit à cesser assez tôt sa carrière de joueur en 2001, après un passage à Chelsea et une dernière saison mitigée à Valence. Mais c'est un passionné, et il devient très vite entraîneur. Et il gagne très vite des titres.

A Monaco, la Coupe de la Ligue en 2003 et une improbable place de finaliste de ligue des champions en 2004, à la Juventus de Turin, le titre de série B synonyme de remontée en série A. Ces deux premières expériences se soldent toutefois par des départs caractérisés par une cassure avec les équipes dirigeantes.

Malgré ces expériences qui lui donnent du crédit en tant qu'entraîneur mais aussi l'image d'un homme difficile à gérer, il accepte de relever le défi marseillais que lui propose Pape Diouf. Le départ de celui-ci peu de temps après la signature de son contrat et la présence souvent encombrante de José Anigo, ne l'empêchent pas de conduire son groupe à un doublé Championnat - Coupe de la Ligue. Dix-sept ans après avoir brandi la coupe aux grandes oreilles en tant que capitaine, il ramène des titres à Marseille.

Les prochains défis de l'homme victoire

Ce doublé semble avoir donné beaucoup de sérénité à l'entraîneur Didier Deschamps. Il a réussi à faire passer à ses joueurs l'idée que seule la victoire est belle et concourt aujourd'hui à conserver ses titres tout en progressant en Ligue des champions. Il n'hésite pas non plus à se projeter dans la durée à l'OM en s'imaginant à la tête de l'équipe phocéenne au moment de l'inauguration du nouveau stade vélodrome en 2014.

Cette année-là commencera la campagne de qualification des bleus pour l'Euro français. Et il sera peut-être temps pour Didier Deschamps, l'homme victoire du football français, de rendre à l'équipe de France ce qu'elle lui a donné en tant que joueur. Comme l'a dit un jour Aymé Jacquet.

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