Est-il possible d'être écolo ?

Alors que Nicolas Hulot est candidat à la présidentielle, les Français doivent-ils craindre l'écologie politique ?
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Nicolas Hulot s'est déclaré candidat à l'élection présidentielle. L'animateur télé est populaire, son discours tranche avec tous ceux qu'on entend par ailleurs, mais peut-il séduire un électorat massif ? Pas sûr, parce que même si l'environnement était encore en 2009 une préoccupation importante pour 51% d'entre eux, selon le Baromètre Macif de la mobilité durable, réalisé en liaison avec le ministère de l'Ecologie, les Français ne sont pas toujours prêts à payer pour le protéger.

Les bonnes pratiques écologiques des classes moyennes

Des Français de plus en plus nombreux ont la fibre écologique : ainsi, le tri sélectif des ordures ménagères est en constante progression. Le poids des emballages collectés par les municipalités a doublé entre 1995 et 2008. Par apport volontaire vers des centres dédiés ou de porte à porte dans des containers spécifiques, cette pratique est rentrée dans les moeurs et les filières de recyclage du verre, du carton et du papier ou de certains plastiques font partie intégrante du secteur d'activité propre au traitement des déchets.

Les logements des Français ont également fait l'objet d'améliorations significatives ces dernières années en matière d'isolation thermique, sous l'impulsion d'une politique fiscale avantageuse permettant de déduire une partie du prix des équipements investis, fenêtre à doubles vitrages notamment. Ainsi, la rénovation représente 70% du marché de la fenêtre . Ces avantages fiscaux également valables pour l'acquisition d'appareil de chauffage à basse consommation ont eu pour effet de réduite l'usage du chauffage et le recours à l'énergie nécessaire à son fonctionnement.

Le parc automobile Français s'est également profondément renouvelé grâce au dispositif de prime à la casse proposé par le gouvernement. Plus de 2,27 millions de véhicules ont ainsi été vendus en 2009, un record depuis 1990 . Les véhicules gros consommateurs de carburant ont bien été remplacés par des voitures neuves bénéficiant des dernières innovation en la matière.

Des pratiques écologiques fondées sur les économies qu'elles peuvent engendrer

Toutefois, ce renouveau du parc automobile de notre pays met en évidence l'attachement des français au mode de transport individuel que représente la voiture. Si de nombreux citadins propriétaires d'un véhicule privilégient l'usage des transports en commun, tramways, métros, bus, dans les grandes villes, ce n'est pas le cas de ceux qui résident en banlieue ou à la campagne, notamment en province. De nombreux usagers sont en effet exaspérés par les désagréments des trajets en train express régional et préfèrent circuler en voiture. Ainsi, en Languedoc-Roussillon , on dénombre 1.4 déplacements quotidiens en voiture par personne contre 2.7 en proche périphérie ou en banlieue éloignée.

Seul le prix du carburant très élevé depuis plusieurs mois commence à faire évoluer les comportements. Ainsi, le co-voiturage connaît un développement significatif : 26% des Français ont déjà pratiqué cette forme de déplacement et on trouve de nombreux sites internet proposant de partager les trajets à plusieurs et on trouve même des aires de co-voiturage . Ces points de rendez-vous situés à proximité des grands axes sont aussi des parcs de stationnement gratuits pratiques pour ceux qui se font emmener. Le co-voiturage est donc avant tout un moyen de partager la dépense liée au déplacement quotidien de son domicile vers son lieu de travail. La principale motivation de ce mode de transport partagé est avant tout économique et pas seulement écologique.

Il en est de même pour les achats de voitures neuves. La prime à la casse, à l'instar de la "balladurette" ou de la "juppette" dans les années 1990, a permis à de nombreux usagers d'acheter une voiture neuve au rabais, tout en maintenant sous perfusion une industrie automobile fragilisée par l'arrivée de véhicules low cost tels que la Logan de Dacia qui n'est pas spécialement reconnue pour ses performances en matière de consommation. De nombreux français n'ont d'ailleurs pas profité du dispositif de la prime à la casse, tout simplement parce que même allégé par une mesure incitative, le prix d'une voiture neuve reste élevé. Et le gouvernement envisage déjà d' autres mesures pour limiter la circulation des vieux véhicules dans certaines agglomérations régulièrement touchées par la pollution atmosphérique.

La participation accrue au tri sélectif des déchets ménagers peut elle aussi s'expliquer par son intérêt économique pour l'usager. Les communes ont en effet la possibilité d'introduire une part variable dans le montant de la taxe d'enlèvement des ordures ménagères, calculée en fonction du poids, du volume des déchets ou même des caractéristiques de l'habitat ou du nombre de résidents. Cette disposition prévue par le Grenelle de l'environnement avait déjà été mise en oeuvre à Besançon dès 1999 avec succès.

Une conjoncture peu propice à l'écologie ?

Il semble néanmoins que le coût croissant du fioul domestique ou du carburant automobile constitue un levier pour développer des pratiques écologiques et que les Français pourraient adapter leurs usages en matière de déplacement, de chauffage ou de tri sélectif en fonction de ce coût que l'on annonce de plus en plus grand. La question désormais posée du désengagement du nucléaire rassemble les politiques autour de l'idée que la protection de l'environnement a un coût que la société devra prendre en charge.

Toutefois, si la protection de l'environnement doit passer par des mesures coercitives, tel le projet de taxe carbone finalement censuré par le Conseil constitutionnel parce qu'il pesait exclusivement sur les usagers et non sur les entreprises, l'écologie risque de susciter le grogne des électeurs.

Il appartiendra, dans les mois qui viennent, à Nicolas Hulot et aux autres politiques porteurs de la question environnementale de faire preuve de beaucoup de pédagogie pour séduire un électorat dont l'une des préoccupations majeures reste le pouvoir d'achat, quatre ans après l'arrivée au pouvoir du candidat Nicolas Sarkozy.

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