Footballeurs binationaux et centres de formation nationaux

L'affaire des quotas révélée par Mediapart pose la question de la finalité des centres de formations nationaux dans le sport. Éclairage.
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Le site Mediapart a mis en évidence les dérapages sémantiques auxquels a donné lieu un débat interne à la Fédération Française de Football (FFF) centré sur les critères de sélection au sein des centres de formations nationaux. Un rappel sur la finalité de ces centres de formation permet de mieux comprendre la nature du débat auquel a participé Laurent Blanc.

L'Institut National du Football (INF) de Clairefontaine, un centre technique de référence

L'INF est le centre de formation national de référence en matière de football. Chaque année, il organise un concours à l'attention de jeunes joueurs âgés de treize ans qui ont au préalable réussi à passer des sélections au niveau des districts. À l'issue de tests techniques, d'endurance, de vitesse et dans le jeu, une vingtaine de joueurs sont retenus pour intégrer le Centre technique national Fernand Sastre pour un foot-études.

Pendant deux ans, ces jeunes footballeurs bénéficient d'un hébergement avec internat du dimanche soir au vendredi soir, d'une scolarisation au Collège Catherine de Vivonnes ou au Lycée Louis Bascan de Rambouillet, avec aménagement d'horaires. Cela leur permet de s'entraîner cinq jours par semaine en bénéficiant d'installations adéquates, d'un encadrement compétent pour les conduire au haut niveau et d'un suivi médical assuré par un service spécialisé et expérimenté.

Un Centre technique national destiné à former les futurs champions du football français

Parmi les conditions d'inscription à ce concours réputé, il faut être de nationalité française. L'INF relève en effet de la FFF, qui a notamment en charge les sélections nationales, la mise en oeuvre d'un projet global de formation et la défense des intérêts moraux et matériels du football français. La FFF est elle-même placée sous la tutelle du ministère chargé des Sports, qui participe à la définition et à la mise en oeuvre de leurs objectifs, conformément à l'article L.111-1 II du Code du sport.

Contrairement aux centres de formation des clubs qui procèdent eux aussi à des opérations de détection et prennent en charge de jeunes joueurs prometteurs, français ou pas, l'INF a un objectif de formation d'un vivier de jeunes joueurs talentueux destinés à alimenter les sélections nationales, chez les jeunes, puis en équipe de France.

La question des joueurs binationaux, qui peuvent opter pour une autre sélection nationale que la sélection française après avoir bénéficié d'une prise en charge au titre de la formation des élites du football français, est donc légitime.

Un risque de fuite sans contrepartie qui ne justifie aucun dérapage

Les dirigeants français ont lutté pour que la formation des joueurs qui quitteraient leur club formateur avant de signer leur premier contrat professionnel soit indemnisée. Le principe d'un droit à l'indemnisation des clubs formateurs a même été consacré par un arrêt de la Cour de justice de l'Union européenne rendu en 2010 au sujet d'un joueur formé à l'Olympique Lyonnais et qui avait finalement signé un premier contrat pro en faveur d'un club anglais sans contrepartie.

Il est sans doute difficile aujourd'hui d'envisager de tels protocoles dans le cadre de sélections nationales. Le choix d'une nationalité, s'il peut effectivement être stratégique pour la carrière d'un joueur "binational", qui s'orienterait vers le pays à la sélection la plus ouverte, reste avant tout un choix de coeur. Le cas du Franco-Argentin Gonzalo Higuain , retenu par Raymond Domenech mais qui préféra attendre d'être appelé en équipe nationale argentine, est exemplaire en la matière.

Toutefois, si le risque d'une fuite des joueurs "binationaux" formés à l'INF vers d'autres sélections est possible, il n'explique pas plus qu'il n'excuse le dérapage sémantique auquel a donné lieu ce débat.

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