Un Tour de France sans dopage est-il encore possible ?

Le premier contrôle positif sur le Tour de France 2011 lie une nouvelle fois l'histoire de la grande boucle à celle du dopage. Une mauvaise habitude.
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Alexandr Kolobnev, membre de l'équipe Katusha, 69e du classement général, a été contrôlé positif à un diurétique connu pour ses effets masquants et interdite en tous temps. La direction du Tour a exclu le coureur du Tour de France 2011.

Ce cas de dopage, le premier sur l'édition 2011 du Tour de France, lie une nouvelle fois l'histoire de la Grande boucle à celle du dopage. Malheureusement, ce n'est en effet pas la première fois que cette compétition est confrontée à ce fléau.

Le dopage à la lumière de l'affaire Festina

C'est tout d'abord l'affaire Festina, en 1998, qui marqua les esprits. Willy Voet, un soigneur de l'équipe se fait contrôler par la douane française au niveau de la frontière franco-belge, le 8 juillet 1998 au volant d'une voiture mise à disposition de l'équipe Festina, par la société du Tour de France. De grandes quantités de produits dopants y sont trouvés. Le soigneur passe vite aux aveux et dénonce l'existence d'un dopage organisé au sein de l'équipe Festina.

Cette affaire jette un climat de suspicion irréversible sur le peloton. Ce n'est que deux ans plus tard que Richard Virenque, leader emblématique de l'équipe Festina à l'époque, avouera s'être dopé, au cour du procès suivant cette affaire.

Soupçons, aveux, révélations

Dans les années qui suivent, les performances de coureurs comme Marco Pantani et Lance Armstrong entretiennent un soupçon que des révélations du quotidien L'Equipe corroborent : le 23 août 2005, le journal sportif publie une enquête annonçant que six échantillons d'urine de Lance Armstrong datant du Tour de France cycliste 1999 contiendraient de l'EPO.

En 2006, à la veille du Tour, les médias espagnols diffusent une liste de coureurs impliqués dans une affaire de dopage par transfusion sanguine C'est l' affaire Puerto . L'équipe cycliste T-Mobile, de Jan Ullrich et d'Oscar Sevilla ainsi que l'Italien Ivan Basso sont exclus et ne participent pas au Tour 2006, dont le départ est donné le lendemain (samedi 1er juillet 2006). Quelques jours plus tard, l'américain Floyd Landis remporte le Tour, mais est également rattrapé par un taux de testostérone anormalement élevé à la suite de sa victoire d'étape à Morzine. L'américain est déclassé.

En 2007, le danois Bjarne Riis (vainqueur du Tour 1996) et son co-équipier d'alors Erik Zabel reconnaissent s'être dopé à l'EPO pendant leur carrière sportive. Cette année là, le Tour est de nouveau touché par plusieurs affaires de dopage parmi lesquelles le contrôle positif aux transfusions homologues et l'exclusion d'Alexandre Vinokourov, grand favori, et le retrait de l'épreuve du leader Michael Rasmussen à la demande de son équipe, la Rabobank, à qui le danois a menti, notamment sur le lieu de sa préparation pour le Tour.

Quel crédit pour le Tour ?

La multiplication des affaires, si elle témoigne d'une lutte sans doute réelle contre le dopage, jette le trouble sur les performances des cyclistes sur le Tour de France. Dans ce contexte, le site cyclisme-dopage.com apporte un regard intéressant sur la problématique du dopage sur le Tour de France.

Il répertorie tous les coureurs ayant été contrôlés positifs (y compris par constat de carence ou hématocrite > 50%), ayant reconnu s'être dopé, ayant été sanctionnés (par la justice, leur fédération ou leur équipe) dans le cadre d'affaires liées au dopage et confronte ces données aux classements du Tour de France depuis 1968, année où, pour la première fois, un cycliste fut sanctionné sportivement pour dopage.

Les résultats de cette synthès e sont éloquents : un tiers des participants au Tour, près des deux-tiers des dix premiers à Paris, trois-quarts des coureurs du podium et 88,4% des maillots jaunes ont croisé le dopage dans leur carrière. Et même si ce décompte ne signifie pas qu'ils étaient tous dopés au moment de leurs exploits, il alimente le doute qui plane sur l'hypothèse d'un Tour de France propre.

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