La foi et la raison : une dualité complexe

Paradoxales, la foi et la raison s'opposent de nature et une croyance rationnelle s'avère impossible

La croyance est l’adhésion à une idée ou une théorie sans véritable fondement rationnel. La croyance est en ce sens une opinion qui s’oppose au savoir.

La raison quant à elle est le propre de l’homme et c’est la faculté qui commande le langage, la pensée, la connaissance et la moralité. Le philosophe Descartes l’assimile au « bon sens » c’est-à-dire la faculté de juger.

La croyance est plus une conviction intime qu’une conviction rationnelle, un choix de saisir et de croire en l’irrationnel que seul le cœur peut appréhender, chose impossible à la raison.

La foi ou la croyance n’est pas perceptible c’est-à-dire qu’elle n’est pas accessible à la raison et à l’esprit cartésien où la logique et le « bon sens » dominent. 

En effet, le philosophe Pascal en appelle au cœur lorsqu’il parle de la foi, un cœur qui « sent Dieu ».

Selon ce dernier, la marque de l’orgueil humain c’est de vouloir tout saisir par la raison et par « l’esprit ».
Pour Pascal, l
a foi religieuse est  un "pari" sur Dieu, pari par lequel l’homme aurait tout « à gagner », la vie éternelle, le paradis et bien peu à perdre.

La raison pratique et la raison théorique ne pourront jamais démontrer la croyance ou la foi puisque la foi est la « transcendance » de ce que l’on appelle le divin, une foi en l’existence de Dieu : indémontrable rationnellement mais existentiel pour le cœur du croyant.     

La foi va en effet au-delà du senti et du vécu matériel ; il passe outre le matérialisme, la logique humaine et la raison pour substituer le tout en un sentiment propre à l’homme : l’intuition, l’intuition qu’au-delà de ce que l’on voit et de ce que l’on sent, il existe un élément indéfinissable, impalpable, imperceptible aux sens de l’homme qui mêle le sacré, la crainte et le respect et qui dépasse l’entendement humain : Dieu.

Et c’est là que le cœur intervient puisque croire en Dieu est un choix du cœur, un mystère insondable et incompréhensible à la raison et que seul le cœur peut comprendre.

Le philosophe Pascal ne disait-il pas : « le cœur a ses raisons que la raison ne connaît pas ». Les limites de la raison et de la logique humaine ouvrent une voie mystérieuse et mystique à l’homme grâce au cœur, celui de percevoir au-delà du réel, l’irréel, de l’imaginable, l’inimaginable et de l’accessible, l’inaccessible et de surpasser c’est-à-dire de transcender les frontières de  l’évidence.

La foi en Dieu n’est pas en fait démontrable ni évidente : la foi est un «  déni  » humain pour les cartésiens, un choix pour les croyants.   

Le temps de la foi s’appuie sur le fait que « la raison est impuissante à penser le mystère de Dieu », incompréhensible et impossible à sonder pour l’ « esprit » et que seul le cœur peut saisir.

La foi est en fait quelque chose de très simple : c’est qu’au-delà de la raison, il existe une autre vérité incompréhensible à l’ « esprit », le cœur…

Le cœur combine l’intelligence et la « perception transcendante ». En effet, plus qu’une sensation pure, la « perception transcendante » est le résultat de tout un travail intellectuel où « l’objet » est pensé et non pas senti (Alain). De plus, l’intelligence du cœur qui plus « pressente » que « sente », un cœur qui perçoit au-delà des cinq sens de l’homme : c’est une « restructuration » du champ perceptif humain qui fait que l’homme « voit » Dieu, « sent » sa présence, « goûte » sa grâce, « touche » sa main et « entend » son appel.

La croyance va au-delà de l’évidence et du réel humain.

La foi donne une opportunité et une chance inespérée à l’homme de laisser son « esprit » et sa « raison » de côté et laisser les sens de son cœur le guider pour lui permettre d’aller par-delà les frontières et les limites du réel et de saisir Dieu grâce à cette intelligence du cœur et sa perception transcendante.

« Voir » Dieu n’est possible qu’avec les yeux du cœur et la croyance ne constitue qu’un cheminement vers l’impossible, l’incompréhensible et l’inaccessible à l’homme : l’homme qui est habitué à croire que ce qu’il ne voit.

La foi enlève cette voile de ses yeux et lui permet de voir le monde sous un regard nouveau et neuf : un monde avec Dieu.     

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