IPhone, Android et les autres : maîtres ou esclaves ?

Ultime avatar de la technologie, instrument de partage et d'aliénation, d'ouverture au monde et de repli sur soi, il est dans toutes les mains.

L’objet est devenu incontournable, le prolongement de soi, le lien unique avec le monde, le fil qui unit et qui isole. Oreilletté à un étrange artefact, l’ado et post-ado du XXIe siècle passe le temps, isolé parmi ses semblables. Il ressasse ses tubes préférés, joue, consulte ses messages vingt fois par jour, répond aux «textos», regarde la télé, téléphone parfois (ça se fait encore). En moins de trois tapotements, il se connecte au dieu Google, la nouvelle mémoire humaine. Le savoir universel à portée de doigt…Plus besoin d’aller à l’école! La planète s’est diluée dans le net, nouveau mode (monde) d’échange globalisé. Facebook n’a pas de frontières, sert les révolutions, révolutionne le servage. Nos vies ainsi surmultipliées se cantonnent pourtant à l’objet devenu ultime, lien unique à ce monde multiforme.

On l’appelle communément «portable», par une singularité bien française, mais impropre («portatif» serait plus juste). Ailleurs, on utilise «mobile» ou «cellulaire», ce qui est plus précis. Portable…. Pourquoi pas perdable, oubliable, volable ou cassable, tellement l’objet devenu omniprésent et omnipotent dans nos vie, est exposé aux petites misères quotidiennes.

Un peu plus qu'un simple téléphone

Il nous fait échanger des petits messages écrits, les SMS ; il a supplanté pour cet usage les défunts pagers (qui se souvient du Tatoo ou du Tam-tam et autre Kobby?) et les ados sont accros aux textos. Il s’est mis à prendre des photos mégapixellisées, ce qui aurait semblé incongru il y a à peine dix ans, que l’on partage par MMS. Il nous trouve la meilleure route avec son GPS intégré, nous rappelle nos rendez-vous et bientôt il servira de carte de crédit, de sésame à des espaces sécurisés ou aux transports en commun par effleurement d’une simple borne NFC (Near Field Communication). Il s’introduit en toute simplicité dans le réseau des réseaux, que ce soit par l’accès Wi-Fi de notre salon ou la 3G… Il reçoit et envoie nos emails, il navigue, frêle esquif, aussi bien sur Facebook que sur impots.gouv.fr, il tweete ou se promène sur eBay, Amazon ou la Fnac… Une infinité de serveurs et de bases de données dans la main! Il reste léger et pourtant on lui charge la barque en permanence : photos, sonneries, applications diverses, films, musique. C’est nous qui coulons, pas lui!

Le remède ultime à l’ennui et à la solitude

C’est le compagnon de tous les instants, le confident, le passe temps, la boîte à illusions… On le caresse pour faire défiler les photos. Il permet d’échanger des billets doux comme des comptes rendus de réunion, d’écouter sa playlist MP3, de faire circuler des bonnes blagues et d’alimenter le buzz.

Depuis qu’il fait tout ça, et bien d’autres choses, il est parvenu au statut de smartphone (on doit dire «ordiphone» en français, ce que personne ne sait…). La dépendance qu’on en a est d’autant plus grande. C’est une véritable addiction que manifestent la plupart des utilisateurs vis-à-vis de leur objet fétiche, une aliénation, un nouvel esclavagisme.

Ce (sans-)fil à la patte nous fait perdre si nous n’y prenons garde, l’essentiel de notre liberté, l’œil rivé sur ce qui nous reste de forfait. Il permet à l’opérateur de connaître nos habitudes de consommation, aux garants de la sécurité nos déplacements. Nous sommes bigbrotherisés mais consentants, cernés, localisés dans le délocalisé, traqués dans les réseaux, par les réseaux.

Un ami qui nous veut du bien

Il tente parfois de nous tuer au volant ou de faire tomber un avion, il nous instille le cancer du cerveau (ce qui n’est pas prouvé) et véhicule des bactéries d’origine fécale (ce qui semble l’être)… Il facilite grandement l’infidélité et la rupture amoureuse. Dans les lieux publics, la nuisance sonore est permanente. Il sonne sans vergogne, crachotant un tube en vogue ou la 40e de Mozart. L’appelé répond en général en vociférant, manifestant un sans gêne et un mépris des autres consternants.

Ce rejeton est un tel bienfait pour l’humanité que Steve Jobs, regretté papa de l’un des plus répandus, lui a récemment inventé une grande sœur, la tablette graphique. L’ i-esclavagisme a encore de beaux jours devant lui…

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