Barcelone ou la mort du foot

Le FC Barcelone joue sur une autre planète. Le football aurait donc atteint ses limites et semble condamné à régresser.
18 Fév

La Hongrie de la Coupe du monde 1954, l'Ajax des années 1970, le Brésil de Pelé... Dans le panthéon des plus grandes équipes de foot de l'histoire, un club supplante peut-être aujourd'hui ces prestigieuses formations : le Barça de Messi. Spécialistes et commentateurs rechignent cependant à le reconnaître. Pourquoi donc?

Le recul du temps

En art comme en sport, le recul du temps est malheureusement trop souvent le critère qui prime pour déterminer la valeur d’un chef-d’œuvre. En matière footballistique, on laisse donc le soin à la postérité de juger de la qualité exacte du Barcelone des années 2010. Experts et commentateurs, pourtant enclins à utiliser le superlatif, hésitent à dire ou écrire qu’on a sans doute affaire, avec le club catalan, à la meilleure équipe de tous les temps.

Même embarras quand il s’agit d’évoquer à titre individuel le cas du génie argentin Messi, maître à jouer de la formation catalane. Méritait-il qu’on lui décerne le Ballon d’or France Football cette année, alors qu’avec sa sélection nationale, éliminée prématurément de la Coupe du monde, il n’a encore rien remporté? La polémique ridicule qui a fait suite à son élection témoigne bien de la difficulté à reconnaître dans l’instant le génie individuel d’un artiste.

Encombrante perfection

C’est que dans bien des domaines, la perfection dérange. Plus encore dans un milieu où l’intelligence ne prévaut pas toujours. Or le jeu barcelonais repose précisément sur l’intelligence et la stratégie. Quitte à écoeurer les adeptes du jeu brut et direct, le Barcelone de Guardiola privilégie l’esprit collectif et la patience, des vertus quelque peu obsolètes.

À Barcelone, la somme des talents individuels se fond dans un collectif harmonieux. Si harmonieux qu’à voir évoluer les Catalans, on a souvent l’impression de voir jouer une équipe virtuelle. Du jeu vidéo avec un niveau de difficulté tel pour l’adversaire qu’invariablement il s’incline dans les grandes largeurs. Agaçant !

Arsenal dernier recours

Dans ces conditions, la victoire d’Arsenal en match aller des huitièmes de finale de la Ligue des Champions contre l’ogre barcelonais a été saluée par la presse comme la victoire de l’espoir. Il a pourtant fallu un petit miracle pour que les Londoniens, dans une partie globalement dominée par les Espagnols, s’imposent par la plus étroite des marges (2-1). Par moment, les joueurs de Wenger ont même frisé la correction… Mais ils se sont imposés. Et la presse n’a retenu que le résultat final, presque soulagée de retrouver un peu d'humanité chez cette machine catalane.

Engagé à prix d’or sur une chaîne privée, Zinedine Zidane l’avait bien annoncé: "Il suffit aux Londoniens pour vaincre de maîtriser Iniesta et Messi." Un vrai messie, notre Zizou national. "Arsenal, c’est canon !", titrait encore un quotidien pressé de faire descendre Barcelone de son piédestal, oubliant un peu vite que la qualification pour les quarts se joue en deux temps et qu'il suffira à Xavi et aux siens d'un but pour poursuivre leur chemin.

Un avenir bien sombre

La vraie raison de ce sentiment d’exaspération qui anime tout autant les adversaires du Barça que les commentateurs sportifs, c’est qu’au fond ,si on reconnaît que le club catalan touche à la perfection footballistique, on admet implicitement que le football de l’après Barcelone est condamné à régresser.

En attendant, l’addiction au jeu catalan a gagné bon nombre de téléspectateurs qui se détournent des retransmissions footballistiques, hormis quand il s’agit du Barça de Messi. En somme Barcelone a tué le foot!

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