En quoi les JO de Londres intègrent-ils le développement durable?

En matière de transformation intelligente du parc et du village olympiques au terme des Jeux de 2012, Londres se veut exemplaire.
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"Je ne veux pas voir un chantier pharaonique qui dénature nos paysages pour construire des autoroutes, des résidences hôtelières et des structures d'accueil" (Forum de discussion Skipass du 25/09/2008). La réaction d'un habitant de l'arrière-pays niçois, alors que sa ville se portait candidate aux Jeux Olympiques d'hiver de 2018, témoigne bien des divergences qui peuvent opposer dirigeants politiques, promoteurs, écologistes ou simples particuliers quand il s'agit de monter une manifestation de cette ampleur.

Des cicatrices indélébiles dans le paysage, l'objectivité oblige à dire que par le passé, les JO en ont laissées. Et qu'ils en creusent encore aujourd'hui. Exemple à Sotchi, la cité russe qui a hérité de l'organisation des JO d'hiver de 2014. Ici, les belles paroles se heurtent à la réalité du terrain, ainsi que le souligne un habitant : "Au lieu de respecter les lois, on les change. Si avant c'était un crime de couper certains arbres dans un secteur, maintenant c'est totalement légal" (article de Frédérick Lavoie, 25/09/2010; cyberpresse.ca) Tout juste les groupes verts ont-ils réussi à faire déplacer la piste de bobsleigh initialement prévue sur un site où faune et flore abondent.

La France, pour ce qui est de défigurer les paysages, n'a d'ailleurs pas de leçon à donner. Les Savoyards échaudés, susceptibles d'hériter des Jeux d'hiver de 2018, redoutent avec effroi que sur le Pâquier se dresse un monumental stade en béton propre à accueillir la cérémonie inaugurale des JO. Une rumeur infondée au dire des édiles.

L'exemple de Montréal

Il existe pourtant, en matière de construction et de recyclage d'installations olympiques, des exemples de réussite: le stade olympique de Montréal (JO d'été de 1976) représente ainsi, aux yeux des Canadiens, un modèle de réussite architecturale moderne. Dans l'ancienne enceinte olympique, devenue un véritable symbole du patrimoine québécois, se déroulent aujourd'hui bon nombre de manifestations sportives, culturelles ou même religieuses.

Londres veut précisément s'inscrire dans cette lignée et profiter de l'élan insufflé par les Jeux pour transformer avantageusement les paysages, développer des structures porteuses d'emploi. En théorie, un véritable modèle.

L'héritage écologique

Relié au sud à l'estuaire de la Tamise, au nord à la campagne du Hertfordshire, le parc olympique sera ainsi, au terme des Jeux, réaménagé pour devenir le plus grand parc urbain créé en Europe depuis plus de 150 ans. Les plaines inondables qui bordent laTamise seront restaurées et partiellement asséchées pour favoriser l'implantation d'une faune riche et variée.

Quatre mille arbres plantés (des espèces endémiques telles que frênes, saules, noisetiers, chênes), 300 000 plantes de zone humide, 700 nichoirs à oiseaux et à chauves-souris... Ces quelques chiffres donnent une idée de la dimension du projet.

Terrains de jeu, chemins de halage et pistes cyclables seront également aménagés sur l'ancien parc olympique.

L'héritage socio-économique

Les complexes sportifs où se dérouleront les Jeux connaîtront eux des destinées différentes. Certaines installations seront tout simplement démantelées à l'issue de la compétition: il en ira ainsi des pavillons de basket ou de water-polo. D'autres sites seront légèrement réaménagés: le circuit de BMX sera par exemple transformé en véloparc destiné aux cyclistes de tout niveau. Lee Valley White Water Centre, théâtre des épreuves de Canoë Kayak, deviendra de son côté un grand centre d'attractions permettant la pratique du rafting en eaux vives. En somme, le développement durable a été intégré dans l'appel d'offre des Jeux et les structures permanentes ne sont construites que dans la mesure où elles trouveront une utilisation après les Jeux.

Quant au village olympique qui accueillera, le temps des Jeux, les athlètes du monde entier, il sera converti en logements sociaux mais aussi en cafés et restaurants. Une amélioration des réseaux de transport favorisera l'accès aux lieux. De même, le Centre de Presse qui accueillera des milliers de journalistes sera-t-il transformé en un complexe commercial créateur de nombreux emplois.

Verra également le jour sur le site une maternité innovante, un centre de soins au service des nouveaux-nés doté d'équipements ultra-modernes. Le coût de ce petit bijou technologique: 4,8 millions de livres... offerts par un riche sponsor privé des JO.

Londres est en passe de relever le pari d'une reconversion intelligente et raisonnée de ses installations olympiques et pourrait bien à terme gagner sur tous les tableaux.

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