La réserve naturelle du Cap-Sizun, en Bretagne

Authentique et préservée, la réserve du Cap-Sizun, dans le Sud-Finistère, abrite - entre autres - des oiseaux marins remarquables.
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Loin des infrastructures hôtelières qui défigurent les paysages maritimes, loin des sentiers battus empruntés par des touristes en panne d’imagination, il existe une Bretagne tantôt clémente, tantôt hostile mais toujours naturelle. Pour le voyageur en quête de cette authenticité, un détour par la réserve naturelle du Cap-Sizun s’impose.

Une situation géographique extrême

Depuis la vieille cité sardinière de Douarnenez (Sud-Finistère) qui abrite un remarquable musée maritime, il vous faudra prendre, via la D765, la direction de Poullan-sur-Mer (mal nommée puisque sise à l’intérieur des terres) avant d’arriver aux portes du Cap-Sizun. Beuzec-Cap-Sizun, Goulien…: avec l’Atlantique en ligne de mire, la bande de terre s’enfonce à l’extrême ouest. A vol d’oiseau, l’île de Sein dont on aperçoit au loin les contours, n’est qu’à une encablure tout comme l’énigmatique baie des Trépassés ou la plus célèbre pointe du Raz. Le bout du monde ("Penn ar bed", en breton), c’est d’ici qu’on le touche presque. Sensation fugace et étrange.

Mais abandonnons l’extrême ouest pour faire halte à Goulien, où se dressent au nord les hautes falaises maritimes de la réserve du Cap-Sizun , discrètement signalée par des indications qui se fondent dans le paysage.

Une histoire de passion

L’appellation est d’ailleurs impropre puisque la réserve a été rebaptisée Michel-Hervé Julien, du nom de son fondateur, un passionné qui a beaucoup œuvré pour la protection du site. C’est lui qui lance le premier, en 1957, un fonds pour sauvegarder un endroit riche en oiseaux marins que les autochtones ou les touristes viennent piller par voie de mer ou de terre (à titre d’exemple, les macareux moines qui ont depuis longtemps disparu de la réserve sont recherchés pour leur chair ou leurs œufs). Le fonds permettra dans un premier temps de louer 50 hectares et de rémunérer un garde.

Mais il faudra attendre 1959 pour que soit officiellement inaugurée une réserve aujourd’hui cogérée par le Conseil général et la Société pour l’étude et la protection de la nature en Bretagne. Et si la réserve en elle-même s’étend actuellement sur 30 hectares, la zone de protection en couvre 530.

Une flore haute en couleurs

530 hectares de falaises, d’îlots et de lande façonnés par pluie et tempêtes. Austère, sans conteste, le climat l’est parfois mais à certaines périodes de l’année, l’impression visuelle relève de l’enchantement. Car cette terre est riche et la lande, au printemps, haute en couleurs: blanc des silènes maritimes ou des prunelliers sauvages, bleu des scilles de printemps, rose des arméries, violet des bruyères, jaune du genêt aux senteurs de miel… La proximité de la mer favorise également la présence de plantes moins communes comme la carnivore grassette du Portugal, qui s’épanouit le long des cours d’eau.

Ici encore, on fauche la lande tous les six à huit ans. Elle fera office de litière dans les étables. Une fauche qui régénère la végétation et favorise l’alimentation d’un rare corvidé présent sur le site, le crave à bec rouge ( Pyrrhocorax pyrrhocorax ) qui aime à rechercher les insectes au ras du sol. Pour inciter l’oiseau à s’installer durablement, on a même introduit quelques moutons noirs d’Ouessant chargés de réguler naturellement la hauteur de la lande, habitée par des passereaux inféodés à ce milieu : traquet pâtre ( Saxicola torquata ), linotte mélodieuse ( Acanthis cannabina ) ou fauvette pitchou ( Sylvia undata ) notamment.

Une faune riche

Au même titre que le crave, la réserve compte quelques espèces d’oiseaux remarquables. Pour les oiseaux de mer, nous sommes ici en Europe, à la limite sud de la reproduction de la mouette tridactyle ( Rissa tridactyla ) dont les effectifs sont à la baisse. La raison: la présence d’un redoutable prédateur, le faucon pèlerin ( Falco peregrinus ). De retour sur les falaises maritimes bretonnes depuis quelques années, le rapace chasseur d’oiseaux a largement puisé dans la réserve de mouettes. Un déclin somme toute naturel pour une espèce sous haute surveillance.

En expansion en revanche, les effectifs du pélagique pétrel fulmar ( Fulmarus glacialis ) ou du cormoran huppé ( Phalacrocorax aristotelis ). Il n’est pas rare non plus d’y observer le guillemot de troïl ( Uria aalge ) ou le petit pingouin ( Alca torda ), espèces naguère nicheuses.

La visite guidée mérite vraiment le détour. Elle est autorisée à partir du 15 mars (il s’agit de laisser le temps aux oiseaux de reprendre sereinement possession de leur site de nidification) jusqu’au 30 août. Au-delà de cette date, il vous est toujours permis d’emprunter le sentier côtier qui longe le littoral depuis Douarnenez jusqu’à la pointe du Van (avec un léger détour hors de la réserve). 30 kilomètres de randonnée à couper le souffle!

Et voir aussi le site de la réserve naturelle du Cap-Sizun.

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