La vie trépidante du troglodyte mignon

Portrait d'un minuscule passereau très courant mais parfois méconnu, à la nature polygame.

Bien que très commun, il est l’unique représentant européen des troglodytidés. Et il faut bien reconnaître qu’à plus d’un titre, les caractéristiques du troglodyte mignon ( Troglodytidae) en font un oiseau unique.

Un troglodyte bien nommé

Nul ne mérite mieux son nom ! Ce passereau minuscule, pour construire son nid globuleux fait de feuilles, de mousse, d’herbe et de végétaux divers utilise en effet à peu près toutes les cavités, tous les trous que la nature met à sa disposition : dans un mur, sur un talus ou le long d’un arbre capitonné de lierre. A moins de repérer le manège du mâle lorsqu’il élabore le nid ou de guetter le nourrissage des jeunes par les deux adultes, difficile lorsqu’on n’a pas l’œil averti, de repérer le discret assemblage souvent maquillé par la frondaison.

Une nature polygame

Au regard de sa taille, son activité est débordante et ce grand bâtisseur jalonne son territoire de nids. L’élaboration de la structure externe incombe au seul mâle, qui laisse à la femelle le soin de garnir l’intérieur de l’abri. Sa nature volontiers polygame explique sa frénésie constructrice. Il s’agit pour lui d’installer successivement ses différentes femelles dans les meilleures conditions possible afin d’assurer la reproduction de l’espèce (selon une hypothèse moins machiste, l'oiseau offrirait ainsi à une seule femelle le choix d'un nid entre tous). Le printemps correspond donc pour le mâle à un pic d’activité important. Car ce dernier pourvoie également, au même titre que la femelle, à l’élevage des oisillons. Une seule couvée bien heureusement, mais qui peut atteindre jusqu’à seize unités ! Pourtant, comme les nichées n’éclosent pas au même moment, le mâle peut assister chacune de ses femelles dans sa fonction parentale.

Curieux passereau qui, l’hiver venu, utilise nuitamment certains de ses nids comme dortoir ! D’un tempérament d’ordinaire plutôt solitaire, il supporte alors la compagnie de ses congénères dont il partage la couche.

Une identification aisée

En dehors de la saison de reproduction aussi bien que durant cette période, il est loisible de l’observer dans des milieux très variés qui vont du sous-bois aux landes en passant par les falaises côtières. C’est aussi un hôte très commun de nos parcs et jardins. En réalité, pourvu qu' il existe un couvert bas, le troglodyte s’adapte.

Son identification ne pose aucun problème. Il ne peut en effet être confondu avec aucune autre espèce : sa taille réduite (dix centimètres tout au plus), son plumage brun et barré, son bec fin et pointu, sa queue très courte très souvent dressée à la verticale sont autant de critères déterminants. Le mâle ne se distingue guère de la femelle. Plus typique encore, son comportement nerveux. Jamais vous ne l’observerez cherchant méthodiquement comme l’accenteur mouchet, sa pitance à même le sol. C’est au cœur des haies obscures que se déroule l’essentiel de son activité : quête de nourriture constituée majoritairement d’insectes, exploration de son territoire. Le discret passereau répugne à sortir de son couvert et lorsqu’il s’y risque son vol rectiligne et bas témoigne de son malaise dans cet exercice.

Un chant sonore

Sa nervosité s’exprime encore à travers son chant ainsi décrit dans le Guide Peterson des oiseaux d’Europe :"Cris sonores, durs tit-tit-tit ou tserrrettettett… Chant très fort et prolongé : mélange de notes stridentes et de trilles aigus, au rythme très rapide." La puissance de la voix contraste alors singulièrement avec la taille de l’oiseau. Comme le rouge-gorge, le troglodyte chante presque toute l’année. Sans doute un besoin impérieux d’affirmer son territoire.

Sources : "Guide des oiseaux d'Europe", R. Peterson

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