Le fabuleux destin olympique de Marie-José Pérec

Triple championne olympique, la Guadeloupéenne Marie-José Pérec a outrageusement dominé sa spécialité le temps de deux Olympiades: de Barcelone à Atlanta.
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La génération d'athlètes décomplexés qui constitue l'actuelle ossature de l'équipe de France d'athlétisme doit beaucoup à Marie-José Pérec. En assumant en toutes circonstances, et particulièrement dans les grandes occasions, son statut de favorite, l'héritière de Colette Besson a en effet ouvert une brèche dans le désert de l'athlétisme français, au même titre que Laure Manaudou en natation. Portrait d' une immense athlète douée d' une trempe de championne.

Un caractère très affirmé

Pas facile dans une discipline olympique pauvre en talents de s'appeler Marie-José Pérec dans les années 1990. L'athlète tricolore focalise alors l'attention de tous les médias. Aussi peu à l'aise dans ses rapports avec la presse que douée sur la piste, la jeune femme supporte mal le harcèlement médiatique dont elle est victime et ses démêlés avec la presse ont souvent défrayé la chronique.

Il faut dire que la Guadeloupéenne possède depuis toujours un sacré tempérament. Repérée lors de championnats de France scolaires par la Fédération, elle intègre en 1985 (elle a alors 17 ans) l'INSEP et le groupe d'athlètes dirigés par Fernand Urtebise. Avec l'idée déjà bien ancrée de se consacrer au 400 mètres. Las! Son entraîneur estime qu'elle a davantage de prédispositions pour le 200 mètres. La relation tourne à l'échec et Pérec abandonne provisoirement l'athlétisme.

Deux ans plus tard, c'est son petit ami de l'époque, Richard Nana Dwanang, qui la convainc de rechausser les pointes et la recommande à François Pépin, son propre entraîneur. Cette fois, la Guadeloupéenne ne lâchera plus la discipline, malgré des relations parfois conflictuelles avec ses coaches successifs.

Houleuses, ses relations le seront d'abord avec Jacques Piasenta après quatre années d'une riche collaboration, couronnée d'un titre olympique. En 1994, son entraîneur l'engage à un meeting en salle à Bercy. Pérec ne s'y rend pas et accélère le divorce qui couvait entre les deux partenaires.

Elle prend alors le chemin de l'exil et rejoint en Californie John Smith et le groupe HSI, fort de prestigieux sprinters comme Greene ou Boldon. Double championne olympique à Atlanta sous la houlette du technicien américain en 1996, Pérec met pourtant un terme à sa collaboration avec John Smith peu avant les jeux de Sydney. "J'ai besoin que l'on s'occupe de moi", confie-t-elle dans un entretien.

Elle se tourne à ce moment, et contre toute attente, vers Wolfang Meier, l'ex-entraîneur de Marita Koch, la détentrice d'un record du monde du 400 mètres entouré de suspicion. Un échec mais qu'importe. Pérec est en fin de carrière et ce besoin de se lancer sans cesse de nouveaux défis a sans doute contribué à façonner cette championne d'exception au caractère bien trempé.

Les marques d'une très grande

Dotée d'un talent naturel hors norme, la "gazelle" guadeloupéenne possède également un mental à toute épreuve. La pression des grands événements n'altère en rien ses performances. Bien au contraire, ils ont le pouvoir de la transcender. La preuve, Pérec a souvent battu ses records lors des grandes compétitions. C'est ainsi qu'elle devient championne du monde en 1991 à Tokyo en 49"13, championne olympique à Barcelone en 48"83 et à Atlanta en 48"25, cette dernière performance constituant aux yeux de beaucoup le véritable record du monde de la discipline, le temps réalisé par Marita Koch (47"60) suscitant la suspicion.

Elle se nourrit en outre des rivalités qui l'opposent tour à tour à l'Allemande Grit Breuer, finalement convaincue de dopage, à la Russe Olga Bryzgina ou à l'Aborigène austalienne Cathy Freeman.

Un palmarès unique

Double championne du monde, double championne d'Europe, triple championne olympique, Pérec est aussi la seule athlète dans l'histoire des JO de l'athlétisme, hommes et femmes confondus, à avoir conservé son titre sur 400. Quant au doublé 200-400 mètres (Atlanta 1996), seule Valérie Brisco-Hooks l'avait réalisé chez les femmes avant la Française (à Los Angeles en 1984).

Statistique révélatrice de la domination exercée alors par Pérec sur le plan national: cette dernière fut conjointement détentrice des records de France du 100 mètres, 200 mètres, 400 mètres et 400 mètres haies. Énorme!

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