Le français contesté en tant que langue officielle des JO

La pression des pays anglophones menace-t-elle l'utilisation du français comme langue officielle des JO?
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La tradition qui veut que le français soit utilisé comme langue officielle le temps des Jeux Olympiques doit-elle être maintenue contre vents et marées? Et à quoi la langue de Molière doit-elle ce privilège? Les Jeux ont-ils besoin de deux langues officielles? Il n'est pas inutile de replonger dans le passé pour répondre à quelques-unes de ces questions.

Les arguments des détracteurs du français

La polémique resurgit régulièrement à chaque olympiade. Pour prendre un exemple récent, elle fut alimentée par Philipp Derriman dans The Sydney Morning Herald, lors des Jeux de Sydney (2000). La question que soulève le journaliste australien est on ne peut plus claire: les Jeux Olympiques ont-ils besoin d'une seconde langue officielle? Autrement dit, le français mérite-t-il encore ce statut?

Partant du constat qu'à Sydney, une infime partie des élèves choisit d'étudier le français au lycée (2% selon lui), Derriman s'interroge sur le bien-fondé d'une tradition qui remonte à Pierre de Coubertin (1896), le fondateur des Jeux modernes. Il concède qu'à cette époque, le français sert encore de langue diplomatique officielle, mais avance que cette raison ne tient plus et que la double signalisation en vigueur engage des frais supplémentaires... L'espagnol, dit-il encore, pourrait tout autant que le français revendiquer ce titre.

Et le journaliste d'ajouter que, compte tenu de l'universalité de l'anglais, son utilisation s'impose prioritairement. La langue du pays hôte devrait être à son sens décrétée seconde langue officielle. Quant au français, il le rangerait volontiers aux oubliettes.

Les arguments des partisans de la langue française

Une position que ne partagent pas les partisans de la tradition et de la culture olympiques. Et ces derniers, au rang desquels figure un certain nombre de membres du Comité International Olympique, répondent à Derriman que hiérarchiquement, le français constitue la première langue officielle aux JO et que la seconde est celle du pays hôte (il faut cependant noter que sous la pression des pays anglophones, l'emploi de l'anglais est généralisé quel que soit le site olympique).

Et il faut bien dire que les arguments de ces amoureux de la francophonie, qui refusent de céder à l'impérialisme culturel anglo-saxon, ne manquent pas de poids. Ils aiment à rappeler que c'est au nom de l'héritage grec antique que les Hellènes défilent en tête lors de la cérémonie inaugurale. Un rappel des origines des Jeux, qui remontent à 776 avant J.-C. De la même manière, l'utilisation du français comme hommage à Pierre de Coubertin, l'homme qui a ressuscité les Jeux modernes, est à leur sens inscrite dans un héritage culturel qu'il serait sacrilège de dilapider.

Michaëlle Jean ambassadrice de la Francophonie

Ému à son tour par la menace qui pèse sur la langue française aux Jeux, Abdou Diouf, secrétaire général de l'Organisation Internationale de la Francophonie, a sollicité l'ancienne gouverneure générale du Canada, la Québécoise Michaëlle Jean afin qu'elle vérifie, lors des prochains Jeux de Londres, la place réservée au français (une pratique qui existe depuis les Jeux d'Athènes de 2004).

Une mission que Madame Jean ne prend pas à la légère : "J'estime qu'il faut rappeler avec beaucoup de vigueur la place du français dans cet espace qui rassemble les peuples. Il allait de soi que j'aille prêter main forte à l'OIF. Les Jeux de Londres sont une occasion de faire rayonner la langue française. Il faut être dans un état de vigilance constante si l'on veut que le français ait une résonnance."

Le choix de cette ambassadrice n'est d'ailleurs pas anodin, puisque Madame Jean s'était déclarée froissée par le traitement réservé à la langue française aux JO de Vancouver. Dans la lutte engagée contre le déclin du français, la Québécoise aura sans doute fort à faire à Londres.

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