Le tableau numérique vole au secours de nos écoliers

22e position en matière d'informatique scolaire pour la France : faut-il réellement s'en inquiéter et investir plus encore dans le numérique?

En visite à Paris au salon Educatec-Educatrice, spécialisé dans l’informatique scolaire, le ministre de l’Education, Luc Chatel, en a profité pour afficher sa volonté de voir la France combler son retard dans ce domaine. Petit aperçu commenté des mesures proposées par le ministre pour passer le cap du numérique dans les trois ans.

Un référent numérique

Première proposition de Luc Chatel, nommer dans chaque lycée et collège un professeur chargé en liaison avec le rectorat, de recenser les besoins en formation et d’y répondre. A priori, l’idée semble plutôt séduisante. Dans leur grande majorité, les enseignants sont évidemment favorables, au sein d’une profession en constante évolution, au principe des stages de formation.

Restriction budgétaire oblige, cet accès à la formation s’était pourtant réduit comme peau de chagrin depuis quelques années dans l’Education nationale. Le numérique scolaire justifie-t-il que tant de ressources soient à l’avenir consacrées à ce volet plus qu’à un autre ? N’y a-t-il pas d’autres priorités en terme de formation qui risquent de faire les frais du tout numérique ?

Autre problème pointé par Philippe Simon dans le quotidien "Ouest-France", il faut 7000 référents dans les collèges et 4300 dans les lycées, alors que 16 000 départs en retraite ne seront pas remplacés.

Aide financière

Que les enseignants qui réclament davantage de moyens se réjouissent : pour financer le projet, l’Etat est disposé à mettre la main à la poche. Un chèque allant de 500 à 2500 euros sera alloué à chaque établissement en fonction de sa taille. Partant du principe que ce sont les ressources qui manquent le plus, c'est-à-dire les logiciels, le ministère compte également ouvrir un portail qui présentera toutes les ressources disponibles.

Ici encore, la mesure semble aller dans le bon sens. Cependant, la course à l’informatique coûte cher. Dans le milieu scolaire, l’âge moyen du parc est estimé à sept ans. L’espérance de vie d’un ordinateur à l’école étant limitée, l’Etat aura-t-il toujours les moyens de financer le renouvellement de ce parc ? D’autre part, se soucie-t-on réellement du recyclage de toutes ces machines périmées qui encombrent bon nombre d’établissements ?

Coût du tableau numérique

Pour l’achat d’un tableau numérique, le coût est en revanche beaucoup plus élevé : de 750 euros pour un tableau fixe à 5000 euros pour un tableau mobile. L’Etat signerait des conventions avec les collectivités territoriales pour financer les dépenses.

Problème, les mairies, départements et régions pourront-ils longtemps encore supporter de telles charges. Le tableau numérique (dont la fiabilité reste aléatoire) mérite-t-il d’ailleurs un tel investissement ?

Questions

L’investissement dans le numérique soulève inévitablement des problèmes d’ordre éthique : à l’heure où les suppressions en moyens humains sont légion dans l’Education nationale, à l’heure où l’on sacrifie des disciplines fondamentales dans la formation intellectuelle (le CAPES de Lettres Classiques à titre d’exemple), est-il décent de miser sur un outil si coûteux ?

Dans cette affaire, professeurs et élèves sont-ils gagnants ? Rien n’est moins sûr car si on met entre leurs mains un nouveau joujou, combien de temps perdu pour maîtriser ce qui ne reste qu’un outil de travail. "L’avenir de l’école ne s’écrira pas à la craie", a affirmé le ministre…Sans doute mais l’ordinateur, baptisé par un comique "la machine à rendre les c…intelligents", n’a pas résolu non plus tous les maux de l’école.

Quels sont les intérêts politiques, économiques et stratégiques qui se cachent derrière ce choix du tout numérique ? On n’empêchera pas les enseignants de se poser la question.

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