Les charmes multiples de la ville de Plasencia, en Estrémadure

Voyage dans la province espagnole de Caceres, au cœur de l'authentique cité médiévale de Plasencia, en Estrémadure, à proximité du parc naturel de Monfragüe
22 Déc

L’Estrémadure est, dit-on, une région difficile qui ne s’offre pas au premier venu et que les touristes pressés de rejoindre à la belle saison l’Andalousie frontalière traversent les yeux fermés. Tant mieux si son aridité si pittoresque la préserve encore des prédateurs immobiliers.

Situation géographique particulière de Plasencia

Au nord, l'Estrémadure est séparée du Léon par la sierra de Gredos. A l’ouest, elle jouxte le Portugal. Le Tage et le Guadiana la traversent et son climat méditerranéen y favorise une agriculture prospère: vignes, oliviers et orangers s’y épanouissent naturellement.

Au cœur de ce pays austère et riant à la fois se trouve la fière cité de Plasencia. Située sur les rives du Jerte, dans la province de Caceres, la vieille ville porte, derrière ses remparts, les stigmates des conquêtes passées. Peuplée par les Romains et les Arabes, reconquise au 12e siècle par Alphonse VIII, Plasencia est jalonnée de palais, de demeures seigneuriales et d’édifices religieux, témoins de son histoire…

Cohabitation pacifique entre cigognes et Extrémègnes

Mais plus encore que les pierres et les murs, ce sont les Extrémègnes qui la peuplent qui contribuent à son charme indéfinissable. Pour participer à la vie de la vieille dame, pour s’imprégner de son parfum, il faut perdre son temps à flâner sur la Plaza Mayor. Ce qu’on y gagne n’a pas de prix.

Nulle part ailleurs, les sens ne sont si sollicités! Ce caquètement sonore et régulier qui vous berce les tympans, c’est le bavardage sans fin des duègnes réunies dans l’arrière-salle du café l’"Espagnol", le dimanche, en fin de journée. Les hommes préfèrent prendre leurs distances et arpentent méthodiquement la vieille place comme nos vieux maîtres d’école la cour de récréation.

Indifférentes à la paisible rumeur qui monte de la ville, les cigognes blanches ( Ciconia ciconia ) s’activent sur les toits qu’elles ont presque tous colonisés afin d’y asseoir leurs nids volumineux. D’année en année, elles restaurent et rénovent leur construction avec force branchage dont le poids finit par endommager les édifices concernés. Mais qu’importe! Elles cohabitent pacifiquement avec les citadins et leur ballet permanent, ponctué par de sonores manifestations, participe à la vie de Plasencia. En octobre, elles quitteront les lieux pour migrer vers la lointaine Afrique.

Martinets noirs ( Apus apus ) et faucons crécerellettes ( Falco naumanni ) habitent également la ville riche en toits pentus et anguleux et en vieilles pierres qui constituent autant de nichoirs naturels. Il n’est pas rare non plus, pour qui a l’œil exercé, de surprendre, au dessus de la place, le passage d’un circaète Jean-le-Blanc ( Circaetus gallicus ) ou d’un aigle botté ( Hieraeetus pennatus ). Non loin de la ville, le parc naturel de Monfragüe est le royaume des ornithologues qui viennent de l’Europe entière scruter le hibou grand duc ( Bubo bubo ) ou le rarissime aigle ibérique (Aquila heliaca ).

Charmes citadins : authenticité et humanité

Retour au cœur de la plaza: Ici, nulle hâte dans la démarche des citadins qui semblent tous participer du même élan. Les moins nantis ne sont ni bannis ni même ignorés: la diseuse de bonne aventure est gentiment rabrouée mais le passant prend le temps de plaisanter avec elle; au cul-de-jatte qui mendie, on ne donne pas seulement l’aumône pour se débarrasser de lui et se donner bonne conscience: le garçon de café qui sifflote en couvant de l’œil ses clients ne manque pas l’occasion de le charrier aimablement.

Dans un pays où le temps s’écoule lentement, la cuisine se mijote tout doucement. Une cuisine solide, riche et roborative, sans faux semblant, toute à l’image de ses habitants: faux-filet d’agneau au miel, compote de figue, jambon ibérique. On y boit une merveille de vin du pays élevé dans les monastères avoisinants.

Harmonieuse et authentique cité, que de charmes tu recèles!

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