Micheline Ostermeyer, championne olympique atypique

Première championne olympique titrée en athlétisme sous les couleurs tricolores, à Londres en 1948, Micheline Ostermeyer excellait d'abord au piano.
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Extraordinaire destin que celui d'une petite-nièce de Victor Hugo, Micheline Ostermeyer, double championne olympique à Londres en 1948, mais avant tout pianiste réputée, premier prix du Conservatoire de Paris en 1946.

Du piano à l'athlétisme

Mais comment donc concilier piano et athlétisme? En resituant d'abord les choses dans leur contexte. En 1948, les Jeux Olympiques sont destinés à des sportifs amateurs, dans tous les sens du terme. Micheline Ostermeyer n'a commencé à pratiquer l'athlétisme qu'en 1940. La jeune femme vient d'avoir 18 ans et ne consacre pas plus de cinq heures par semaine à cette discipline. Il en va autrement du piano, qu'elle travaille jusqu'à cinq heures par jour depuis sa tendre enfance.

L'athlétisme n'est donc aux yeux de la jeune femme qu'un aimable passe-temps, qu'elle sacrifierait immédiatement pour le piano si les deux disciplines faisaient l'objet d'un dilemme. En réalité, loin d'être antinomiques, les deux activités sont tout à fait complémentaires, la fatigue physique engendrée par le sport répondant à l'effort intellectuel exigé par le piano. Micheline Ostermeyer représente parfaitement le mariage idéal du corps et de l'esprit: "mens sana in corpore sano".

Cette dualité, cette bivalence culturelle est d'ailleurs encouragée par le milieu intellectuellement favorisé auquel elle appartient. Dans la branche maternelle, bon nombre de pianistes. Et côté paternel, on se réjouit tout autant des prédispositions athlétiques hors normes de la vigoureuse Micheline: 1,79 mètre pour 73 kilos. La jeune femme recevra donc un modèle d'éducation aristocratique à l'anglaise du début du XXe siècle.

Contexte des JO de Londres 1948

Sélectionnée pour représenter la France aux JO en athlétisme, c'est en toute décontraction que se présente la jeune surdouée. Michelle Ostermeyer se distingue dans bon nombre de spécialités (elle comptera 13 titres de championne de France dans 7 disciplines différentes!). Elle participera aux épreuves du poids, du disque et de la hauteur.

Particulier, le contexte de ces Jeux de Londres l'est sans aucun doute: depuis Berlin (1936) voici 12 ans, l'olympisme a connu une longue parenthèse et Londres porte encore les stigmates de la Seconde Guerre mondiale. La presse nationale, souvent incline au sarcasme, ne s'est d'ailleurs pas gênée pour faire savoir au gouvernement de Georges VI que les frais engagés pour l'événement auraient pu être affectés à d'autres priorités. Et il faut bien avouer que les structures mises à la disposition des athlètes reflètent bien la précipitation dans laquelle les Jeux ont été préparés: les participants sont logés dans des écoles ou des baraques militaires, et il se dit que pour pallier d'éventuels problèmes de ravitaillement, certaines nations ont transporté outre-Manche leur propre stock de nourriture!

Des nations au sein desquelles ne figurent ni l'Allemagne, ni le Japon, ni l'Union Soviétique. Reste 59 pays, soit 4104 athlètes dont 390 femmes. C'est dans ces conditions que se prépare donc notre future championne olympique.

Poids et piano

C'est d'abord au poids que va s'illustrer Micheline Ostermeyer. Avec un jet de 13,75 mètres, la Française décroche l'or olympique. Ce qui ne l'empêche pas, le soir venu, de donner un concert au Royal Albert Hall pour célébrer l'événement. Une polyvalence qui fait le bonheur d'une presse anglaise friande de champions atypiques. Et l'époque en fournit plusieurs prototypes (l'uniformité des corps et des esprits n'a pas encore affecté le monde sportif!).

Le concert n'altérant guère, bien au contraire, le rendement de la championne, Michelle Ostermeyer s'impose également quelques jours plus tard dans l'épreuve du disque (41,92 mètres), une performance d'autant plus méritoire que la Française ne s'était essayée à cet engin pour la première fois que... quinze jours avant les Jeux. Elle obtiendra enfin une troisième médaille (de bronze, celle-là) dans sa discipline de prédilection, le saut en hauteur (1,61 mètre). Quelle heptathlonienne elle aurait fait!

Suite et fin

Mais l'athlétisme, en ce temps-là, ne nourrit pas son monde. Et Micheline va préférer dès 1950 se consacrer exclusivement à ce qui demeure sa première passion: le piano. Qui se souvient encore aujourd'hui de celle qui fut notre première championne olympique? De cette grande dame immortalisée par une statue en bronze de Jacques Gestalker érigée à l'INSEP?

Heureuse initiative, un trophée récompensant les athlètes ayant connu une double réussite sportive et professionnelle lui est dédié depuis 2004 (trois ans après sa mort). La moindre des reconnaissances!

Bibliographie: "Micheline Ostermeyer, l'exception normale d'une dissonance culturelle" de Carine Erard, Staps, 2007.

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