Migration et observation de rapaces à Organbidexka, col libre

Depuis 1979, les ornithologues de tous pays étudient les flux migratoires automnaux sur le col d'Organbidexka, dans les Pyrénées Atlantiques
27 Déc

A mon père

Le Pays basque est un couloir de migration naturel idéal entre l’océan Atlantique et les Hautes-Pyrénées pour les oiseaux d’Europe occidentale désireux de prendre leurs quartiers d’hiver en Afrique. D’année en année, les migrateurs, invariablement fidèles au rituel du passage en Haute Soule, survolent le col d’Organbidexka, en forêt d’Irati, quelque part entre Saint-Jean-Pied-de-Port et Tardets.

Occupation du col

C’est sur ce site de migration qui figure parmi les plus importants d’Europe occidentale, avec Falsterbo en Suède et le détroit de Gibraltar, que se donnent rendez-vous, dès le 15 juillet, les observateurs venus de l’Europe entière. Les sommités en matière d’ornithologie y côtoient les simples amateurs. Leur mission: recenser les oiseaux migrateurs, et notamment les rapaces, qui passent en nombre sur le col. Organbidexka col libre, tel est le nom de l’association qui gère l’occupation du site. Depuis quelques années, l’Etat alloue une subvention aux ornithologues chargés d’étudier la migration et de mesurer l’impact de la chasse sur le passage des oiseaux.

Car le Pays basque est terre de chasse, à la palombe notamment, et les postes de tir qui foisonnent autour d’Organbidexka témoignent de la pression qu’exercent les chasseurs à l’automne. La cohabitation avec les écologistes, évidemment, ne va pas sans heurts et les menaces à l’encontre des défenseurs du col libre sont monnaie courante.

Migration de bondrées apivores

Le col en question culmine modestement à 1283 mètres. Seule une pancarte discrète invite le promeneur à faire halte sur un site qu’il n’est pas question de dénaturer. Port de Larrau, pic d’Anie, pic d’Orhy… la configuration panoramique de l’endroit une fois apprivoisée, il reste à scruter l’horizon en quête d’éventuels migrateurs.

L’attente n’est jamais bien longue et les rares moments creux comblés par le babillage d’ornithologues désireux de communiquer leur passion ou la transhumance des brebis qui jalonnent leur passage de menu crottin.

Les conditions semblent, en cette première journée de septembre, favorables au passage des rapaces: la brume tenace qui sévissait sur le col depuis 2 jours, retenant les oiseaux prisonniers au fond de la vallée, a cédé la place à un franc soleil. Par paquets, montent de Larrau les premières pompes de bondrées apivores ( Pernis apivorus ). La quête de courants thermiques favorables est leur obsession permanente: pas question de fournir d’efforts inutiles. Il s’agit juste de se laisser porter en douceur par les ascendances. Tout au plus quelques battements d’ailes pour rectifier la trajectoire vers la frontière voisine. C’est pendant la deuxième quinzaine du mois d’août que la migration de ce rapace, dont la silhouette rappelle celle de la buse, bat son plein. 3793 bondrées ont ainsi été comptabilisées le 28 août 1991 sur le col. La marge d’erreur des ornithologues recenseurs est limitée et l’oiseau n’est enregistré comme migrateur qu’une fois qu’il a franchi, au sud, la frontière espagnole.

Variété des espèces observées

Volontiers grégaire dans sa route vers l’Afrique, la bondrée tolère aussi la compagnie d’espèces variables. Au beau milieu d’une pompe, un ornithologue averti a tôt fait de repérer un rapace gracile et élégant. Son identification n’est pas aisée car le comportement du rapace en migration diffère sensiblement du comportement sur le site de nidification. La légèreté typique de ce rare oiseau gris ardoise ne laisse planer aucun doute: prisonnier des jumelles de 150 voyeurs, voilà le busard cendré mâle ( Circus pygargus ), en partance pour l’Afrique de l’Ouest. On dit que, parfois, il migre de nuit et que pour parcourir 5000 kilomètres, un mois lui suffit.

Il est accompagné dans son périple par deux rapaces puissants qui rejoignent l’Afrique en solitaires: le premier, un circaète Jean-Le-Blanc ( Circaetus gallicus ) robuste et massif, fait sans doute route vers l’Ethiopie ou le Sénégal. La blancheur de ses faces inférieures est frappante. Un balbuzard pêcheur ( Pandion halaetus ) le précède. Quelques similitudes dans la pâleur des 2 rapaces, mais les ailes plus étroites et anguleuses, la bande sombre en travers du dessous de l’aile distingue cet oiseau ichtyophage du précédent. Est signalé le cas remarquable d’un balbuzard né en Norvège contrôlé en Inde en hivernage. 7 cigognes blanches ( Ciconia ciconia ) indifférentes à l’attention dont elles sont l’objet, vont de conserve avec les majestueux rapaces.

Rapaces sédentaires

La journée est déjà fructueuse; il faut dire que la première quinzaine de septembre est peut-être la plus riche en variétés de migrateurs. Juillet voit presque exclusivement passer en grande quantité le milan noir ( Milvus migrans ), migrateur précoce, novembre marque le passage des grues cendrées ( Grus grus ). En septembre, outre les espèces déjà citées, on peut notamment observer Milvus milvus , le milan royal (une étude récente signale le déclin de ce joli planeur), le busard Saint-Martin ( Circus cyaneus ), le busard des roseaux ( Circus aeruginosus ), le faucon hobereau ( Falco subbuteo ) ou l’aigle botté ( Hieraeetus pennatus).

Mais le pays est également riche en rapaces sédentaires. Impossible de manquer le vautour fauve (Gyps fulvus) ou le percnoptère ( Neophron percnopterus ). Et, avec un peu de chance, il est loisible d’observer l’aigle royal ( Aquila chrysaetos ) ou le rare gypaète barbu ( Gypaetus barbatus ). Sur les crêtes rocailleuses, l’apparition de cet immense voilier à la queue cunéiforme suscite toujours excitation et enthousiasme parmi les ornithologues. L’oiseau se nourrit de la (substantifique) moelle d’os qu’il brise en les laissant tomber sur un rocher. La légende dit d’ailleurs qu’ayant confondu le crâne chauve du dramaturge grec Eschyle avec une pierre lisse, le gypaète tua ainsi l’infortuné poète…

Pour la richesse et la variété des espèces observées, pour l’éducation à l’environnement, le col d'Organbidexka est un lieu décidément incomparable.

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