Nadia Comaneci, reine des Jeux Olympiques de Montréal 1976

La gymnaste roumaine Nadia Comaneci a marqué l'histoire des Jeux Olympiques et révolutionné sa discipline.
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Nadia Comaneci. Elle est à la gymnastique ce que Pelé est au foot, Merckx au cyclisme ou Jordan au basket. Mais plus encore que ces illustres sportifs, elle incarne à elle seule sa discipline. Elle est l'athlète qui a fait sortir de l'ombre la gymnastique par la grâce d'une olympiade fulgurante, celle des Jeux de Montréal. Retour sur la révélation des JO de 1976

Comaneci en presque parfaite inconnue

Parfaite inconnue aux yeux du grand public en 1976, Nadia Comaneci n'a pourtant pas éclaté soudainement lors des JO de Montréal. Son éclosion a été minutieusement préparée et, aussi talentueuse soit elle, la Roumaine va récolter lors de ces Jeux les fruits d'un travail draconien. L'histoire raconte que Bela Karolyi, qui deviendra son entraîneur, la repère dans une cour de récréation alors même qu'elle s'essaie à quelques mouvements gymniques avec des amies. Elle a peut-être six ans à ce moment.

Sur une poutre, qui deviendra l'agrès de prédilection de la championne, sa maîtrise la distingue déjà de toutes les autres. C'est le début d'une longue et fructueuse collaboration entre Comaneci et Karolyi.

En réalité, si à l'aube des jeux de Montréal, le grand public la connaît peu, c'est qu'elle a rarement eu l'occasion de se produire hors des frontières roumaines. Et pour cause, la gymnastique entretient alors des relations étroites avec le régime communiste de Ceaucescu, plutôt hermétique à l'ouverture vers l'Occident.

Comaneci avant les JO

Il n'empêche que pour les spécialistes de la discipline, l'éclosion de la gymnaste est imminente. Avant les Jeux, la Roumaine a déjà, il faut le dire, marqué les esprits à l'American Cup au Madison Square Garden à New York en obtenant la note maximale au saut de cheval et au sol. Mieux, lors de la traditionnelle épreuve préolympique, elle a remporté le concours général, s'offrant le luxe de devancer la Soviétique Nelly Kim, favorite des Jeux (cette dernière l'a toutefois dominée au saut de cheval, au sol et aux barres asymétriques).

L'impact médiatique des Jeux Olympiques

Non, si le grand public méconnaît cette gamine à la mine boudeuse, c'est aussi que la gymnastique demeure une discipline presque confidentielle en dehors des grands événements comme les Jeux. Et justement, la couverture médiatique à Montréal a pris une nouvelle dimension. Les télévisions du monde entier ont bien compris qu'en terme d'audimat (même si le terme n'existe pas encore), la demande des téléspectateurs est forte. Les exploits de Comaneci vont donc avoir un retentissement tout particulier.

L'attente du public

Et puis le grand public aime à vibrer aux exploits d'un athlète. Les Jeux consacrent régulièrement au-delà des disciplines un héros représentatif: Jesse Owens à Berlin en 1936, Bob Beamon à Mexico en 1968, Carl Lewis à Los Angeles en 1984. En 1976, c'est pour la petite gymnaste roumaine que le monde entier aura les yeux de Chimène.

Il faut dire qu'en dehors de son exceptionnel talent, la gamine a tout pour crever l'écran. Du haut de ses 14 ans, son assurance contraste avec la fébrilité des athlètes plus matures qui lui donnent la réplique. Des adultes ravalées au rang de faire-valoir, renvoyées à leurs études. Pourtant, aucun complexe de supériorité chez la jeune Roumaine, pas de vaine provocation. Seulement, lorsqu'elle se produit, l'évidence de son talent unique, une grâce et une perfection gestuelle incomparables et la certitude aussi, à la voir évoluer, qu'en gymnastique plus rien ne sera jamais comme avant.

Les faits

Et Nadia Comaneci va susciter l'unanimité non seulement auprès du public mais aussi auprès des juges. Elle obtient à sept reprises la note de 10, une note encore jamais attribuée en gymnastique lors des Jeux Olympiques (anecdote révélatrice, sur les tableaux indiquant les scores de la gymnaste apparaît la marque incongrue 1.0 au lieu de 10, la note maximale n'étant pas prévue). Elle rafle par la même occasion 5 médailles, 3 en or, une en argent et une en bronze. Les médias n'ont plus d'yeux que pour elle. La légende Comaneci est en marche.

L'après Montréal

Mais une carrière d'athlète de haut niveau est éphémère, à plus forte raison une carrière de gymnaste. Des titres, la Roumaine en gagnera encore. Quatre ans plus tard à Moscou, en l'absence des athlètes américaines, elle sera de nouveau sacrée championne olympique. Peu après, en 1981, elle mettra un terme à son activité. Elle est alors devenue adulte et son corps s'est transformé, altérant légèrement ses capacités gymniques.

En 1984, elle devient à son tour entraîneuse de l'équipe roumaine junior. La suite ressemble à un roman-feuilleton: espionnée par la police secrète de Ceaucescu, elle s'évade pour les États-Unis en 1989; elle ne remettra les pieds dans son pays natal que quatre ans plus tard après la chute du Mur. En 1996, elle épouse le gymnaste américain Bart Conner, dont elle aura un enfant.

Elle restera dans l'histoire de la gymnastique comme celle qui a repoussé des limites qu'on pensait infranchissables, un peu à l'image de Bob Beamon au saut en longueur ou plus récemment d'Usain Bolt au sprint. Elle ouvrira aussi malheureusement la porte à des excès, car la tentation est permanente de (dé)former des athlètes à la gym de manière excessivement précoce. L'interdiction de participer aux Jeux en-deçà de 16 ans a d'ailleurs été depuis prononcée par le Comité International Olympique auquel appartient la Roumaine. Une ambassadrice de choix.

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