Ne faites ni l'amour ni la guerre

La grève du sexe : une initiative originale adoptée par des femmes excédées par des conflits masculins
12 Fév

Quand les peuples font la guerre et que les hommes s’entretuent, trop souvent les femmes souffrent en silence. Pour faire taire les canons et cesser les conflits, une sénatrice belge remet au goût du jour une mesure radicale et originale, et pourtant vieille comme le monde : la grève du sexe.

En Belgique ou au Kenya

L’idée, il est vrai, peut sembler saugrenue. Et pourtant par le passé, la grève du sexe a déjà porté ses fruits, ainsi qu’en témoigne un exemple récent : En 2009, excédées par les violences politiques qui affectent leur pays, les Kenyanes imposent à leurs congénères dépités, l’abstinence sexuelle. Le résultat ne se fait pas attendre : au bout de quelques semaines, la stabilité fait son retour au sein du gouvernement.

Suivant l’exemple du Kenya, une sénatrice belge flamande, Marleen Temmerman, appelle ces derniers jours ses compatriotes à s’inspirer de cette pratique radicale. Elle aussi compte utiliser cette grève à des fins politiques. Il s’agit en effet de contraindre les dirigeants du pays à former un nouveau gouvernement dans un état déchiré entre Wallons et Flamands. Moins audacieux, Benoît Poelvoorde a demandé aux hommes, en signe de protestation, de ne plus se raser la barbe.

L’exemple d’Aristophane

En tout cas, l’idée, loin d’être nouvelle était déjà suggérée au Ve siècle av. JC par le dramaturge grec, Aristophane, dans une comédie Lysistrata . Le contexte, ici non plus, n’a rien de pacifique : à la fin de l’année 413, la guerre fait rage entre Athéniens et Lacédémoniens, provoquant la ruine des deux peuples, notamment celle d’Athènes. "Les citoyens, chacun en particulier, avaient fait des pertes cruelles. La ville avait à regretter cette foule d’hoplites, cette cavalerie, cette jeunesse qu’il était devenu impossible de remplacer", souligne ainsi l’historien Thucydide.

Pour mettre un terme à ce conflit qui épuise l’Hellade, Aristophane met sa plume au service de la paix. Lysistrata raconte l’histoire d’une Athénienne qui réunit des représentantes de toutes les cités grecques pour leur faire prêter un serment pour le moins original : chacune doit jurer de se refuser à son mari tant que celui-ci n’aura pas mis un terme à ses activités militaires.

Mieux, les Athéniennes se sont emparées de l’Acropole dont elles interdisent l’accès aux hommes, mettant ainsi la main sur le Trésor de la cité. Plus moyen, pour les politiciens de financer les troupes !

Las ! Les hommes ne sont pas les seuls à souffrir de l’abstinence sexuelle qui leur est imposée et Lysistrata a bien du mal à contrôler les pulsions de ses congénères qui voudraient profiter du moindre prétexte pour rentrer à la maison. La ténacité et l’intransigeance de la militante finissent cependant par payer tant et si bien que les hommes sont contraints de se plier à la volonté de Lysistrata. La réconciliation de tous les peuples grecs est scellée par un plantureux festin. Après quoi, Lysistrata rend à chacun sa femme pour l’emmener chez lui.

La noble aspiration d’Aristophane n’a été entendue que trop tardivement. Il n’empêche que son message aurait touché bon nombre de ses compatriotes. Quand le sexe se met au service de la paix.

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