Perversion de l'esprit olympique

Dopage, tricheries... Les Jeux Olympiques n'échappent guère à ces travers. Et en la matière, l'imagination des athlètes n'a pas de limite. La preuve...

"Citius, altius, fortius" ("Plus vite, plus haut, plus fort"). La devise olympique de Pierre de Coubertin partait sans nul doute d'un noble sentiment. L'histoire des Jeux nous montre malheureusement que l'idéal cher au célèbre baron a souvent été perverti. Les athlètes ont parfois recours, pour gagner, à des pratiques illicites. Quand la fin justifie les moyens: petit catalogue de tricheries avérées pendant les Jeux

Lorz gagne le marathon en voiture

À ceux qui pensent que la tricherie est l'apanage des Jeux modernes, Fred Lorz apporte un cinglant démenti. Le contexte, le marathon olympique des Jeux de Saint-Louis aux États-Unis, en 1904. Pris de crampes au bout de quinze kilomètres de course, le coureur cède à la tentation d'en parcourir une vingtaine en voiture, le temps de se refaire une santé.

À huit kilomètres de l'arrivée, Lorz débarque, attaque le final, franchit la ligne dans un état de fraîcheur remarquable, reçoit le bouquet du vainqueur en même temps que la bise de l'hôtesse de service, qui n'est autre que la fille de Roosevelt. Peu après arrive son dauphin, Thomas Hicks, épuisé mais persuadé d'avoir course gagnée. Et pour cause, aucun concurrent ne l'a doublé. La supercherie est mise à jour, Lorz déclassé. Force est de reconnaître cependant que l'ami Fred n'a rien d'un tocard,. La preuve, il remportera l'année suivante le marathon de Boston.

Les testicules de Stanislawa

Dix-huit records du monde à son actif et une médaille d'or au 100 mètres des JO de Los Angeles en 1932. Un palmarès qui inspire le respect. À tel point que la Polonaise Stanislawa Walasiewicz eut droit tout naturellement au terme de sa carrière à une distinction réservée à de rares athlètes: l'accès au "Hall of Fame" (tableau d'honneur des meilleures ambassadrices de l'athlétisme américain). Il faut dire que la sportive courait aux États-Unis depuis sa tendre enfance.

Jusque-là, rien d'anormal. Stanislawa coule bien des années plus tard une retraite méritée à Cleveland lorsqu'elle est indirectement et malencontreusement victime d'une attaque à main armée dans un centre commercial de la ville en question. Pour déterminer les causes exactes du décès, une autopsie est pratiquée. Surprise, le médecin légiste découvre que la dame est dotée, en sus des organes féminins caractéristiques, d'un pénis respectable et d'une paire de testicules considérable. Une complexe affaire de chromosomes qui met dans l'embarras le Comité International Olympique, qui se refusera pourtant à la destituer de ses médailles.

La suspicion pèsera à maintes reprises, dans l'histoire de l'olympisme, sur la féminité de quelques athlètes. Autre exemple relatif à une célèbre paire... de jumelles, celle-là: l'affaire Press. Les deux soeurs ukrainiennes trustent les médailles aux JO de Rome (1960) et de Tokyo (1964) mais les rumeurs selon lesquelles elles gagneraient à grands coups d'injection d'hormones mâles vont bon train. Et quand le CIO envisage d'instaurer des tests de féminité, celles que les médias ont baptisées les frères Press préfèrent se retirer.

L'étrange épée d'Onishchenko

Montréal, 1976. L'Ukrainien Onishchenko domine outrageusement son adversaire du jour, le Britannique Fox, à l'épée. Lorsque l'Ukrainien touche son rival, un voyant lumineux valide le contact. Problème, le fameux voyant ne cesse de clignoter alors même qu'Onishchenko ne touche aucunement Fox.

La délégation anglaise porte donc des réserves auprès du corps arbitral à l'issue du combat. L'arme du délit est examinée par les juges qui ne tardent guère à découvrir le pot aux roses: un interrupteur glissé dans la poignée de l'Ukrainien lui permet de commander lui-même le système de touche. Énorme scandale!

Quand Tonya Harding fait le ménage

Dans l'histoire des grands duels du sport, celui qui oppose les deux patineuses américaines Tonya Harding et Nancy Kerrigan aux Jeux Olympiques d'hiver de Lillehammer (1994) a également fait couler beaucoup d'encre. Le titre semblant promis à Kerrigan, Harding (ou du moins son entourage) décide d'utiliser les grands moyens. Peu avant les Jeux, pendant les championnats américains, Kerrigan est agressée par un intrus lors d'une séance d'entraînement. Curieusement, ce dernier, armé d'une barre de fer, s'applique à la blesser aux jambes.

L'enquête conduit très vite à soupçonner le garde du corps et petit ami de Tonya Harding. Celle-ci nie farouchement avoir commandité l'attentat mais est frappée d'exclusion par la fédération. Quant à Nancy Kerrigan, elle remporte malgré tout le titre suprême.

Des handicapés qui n'en sont pas

Que ne ferait-on pour gagner des médailles? En cause cette fois-ci, lors des Jeux Paralympiques de Sydney en l'an 2000, la majorité des joueurs de l'équipe d'Espagne de basket. L'épreuve en question est réservée aux handicapés mentaux et ce sont les Ibères qui enlèvent le titre olympique. Peu de temps après, c'est le journaliste Carlos Ribagorda, lui-même membre de l'équipe en question, qui dénonce ses petits camarades. Et il s'avère très vite que dix des douze athlètes qui composent la formation espagnole sont parfaitement sains d'esprit.

L'Espagne doit évidemment rendre sa médaille mais c'est tout le sport réservé aux handicapés mentaux qui en pâtira, le CIO estimant que les limites du handicap et les moyens de contrôle sont trop flous.

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