Pourquoi les Grecs concouraient-ils nus aux Jeux Olympiques?

Inscrite dans le serment olympique, la nudité prônée par les Grecs aux Jeux Olympiques antiques s'explique de diverses façons.
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Au coeur du sanctuaire d'Olympie qui jouxte dans le Péloponnèse l'antique cité d'Elis, depuis les premiers Jeux organisés en 776 avant J.-C., les Grecs courent, sautent et luttent dans le plus simple appareil. Une pratique curieuse qui trouve ses sources dans la conjonction de plusieurs facteurs.

Le serment olympique et la nudité

L'étymologie du mot "gymnase", qui désigne le lieu où s'entraînent les athlètes venus de la Grèce entière concourir, montre à quel point la nudité est fondamentalement liée aux Jeux Olympiques antiques. Le terme "gymnos" signifie en effet "nu" et c'est dans cette mesure que les épreuves athlétiques, le pancrace, le pentathlon ou le pugilat, sont appelées gymniques par les Grecs. Un constat qui n'explique pas vraiment la prédilection des Hellènes pour la nudité.

D'Orrhipos à Orcippus

L'origine de cette pratique remonterait, selon une version relativement répandue, aux Olympiades de 720 avant J.-C. Engagé dans une course de vitesse, l'athlète Orrhipos, représentant la cité de Mégare, perd son caleçon en plein effort et termine nu... mais vainqueur. Loin de se gausser de la mésaventure survenue au malheureux, les juges y voient un signe des Dieux et officialisent la nudité. L'anecdote a le mérite de mettre en avant la dimension religieuse des Jeux, essentielle aux yeux des Grecs.

Tout aussi cocasse, la version que donne l'Encyclopédie de Diderot: selon cette source, c'est un lutteur et non un coureur qui serait, depuis la trente-deuxième Olympiade, à l'origine de l'éviction du caleçon. Alors qu'il combattait avec acharnement, un certain Orcippus se prend les pieds dans son pagne, abandonnant alors la victoire à son adversaire. Les juges décident alors de généraliser la mise à nu de l'athlète!

De simples raisons de commodité auraient donc favorisé la descente du slip, c'est aussi l'opinion de l'historien Thucydide, qui ajoute que la pionnière en matière de nudité n'est autre que l'antique cité de Sparte (Les Spartiates auraient un temps concouru en caleçon moulant avant de l'abandonner).

Hommage à l'harmonie corporelle

Un peu courte, cette explication pratique ne rend sans doute pas compte de toutes les implications de ce strip-tease antique. Déshabiller l'athlète, le débarrasser de tout artifice, c'est aussi mettre en lumière son harmonieuse beauté corporelle. Et comme en témoigne la statuaire grecque antique, les Hellènes attachent une importance particulière à l'harmonie du corps naturellement façonné par l'exercice. Une question d'esthétique et de philosophie, donc.

Nudité et sincérité

La nudité induit également dans l'esprit des Anciens sincérité et authenticité. Mis à nu, l'athlète ne peut guère tricher. Rien de plus absurde d'ailleurs aux yeux des Grecs que la tricherie. Dans la course ou le combat, la nudité implique un rapport franc et loyal. (Il faut bien l'avouer, l'argument ne manque pas de poids quand on songe à la polémique qui règne actuellement dans les bassins au sujet des combinaisons utilisées par les nageurs modernes.)

La nudité contribuait donc à une certaine équité, n'en déplaise à Socrate qui affirmait avec malice que tous les hommes ne sont pas égaux devant elle. Une réserve que confirme l'anecdote relative au célèbre lutteur antique Milon de Crotone. Doué d'une force herculéenne, il avait été six fois titré à l'épreuve de lutte olympique. Mais sa masse athlétique effrayait à tel point ses adversaires qu'il remporta son septième titre sans combattre, nul ne s'étant présenté pour le défier.

Dommages collatéraux

Conséquence de cette nudité affichée sans vergogne, les femmes sont exclues de l'enceinte olympique. Non pas que le sport leur soit interdit: l'athlétisme féminin existait par exemple dès le VIe siècle. Une pratique attestée par "de charmants petits bronzes représentant des jeunes femmes en pleine course, soulevant d'une main le bord de la jupe de leur tunique de sport" (I. Marrou, Histoire de l'éducation dans l'antiquité ).

Mais dans l'enceinte sacrée d'Olympie, si les esclaves et les Barbares peuvent circuler librement, les femmes en sont exclues. Et les hellanodices, chargés d'appliquer le règlement, ne badinent pas avec la discipline. Les femmes découvertes sur les installations encourent la peine de mort (elles sont précipitées dans le vide depuis le rocher du Typaion).

Dans ses écrits, Pausanias relate pourtant que Kallipateira, fille du champion olympique de boxe Diagoras de Rhodes, avait réussi un jour à s'introduire dans l'enceinte en se faisant passer, sous couvert de déguisement, pour l'entraîneur de son fils. Mais au moment de célébrer la victoire de ce dernier, elle trébucha en enjambant la palissade qui délimitait le stade et perdit son déguisement, révélant la nature de son sexe. En raison du statut de son père, elle échappa à la peine de mort. Depuis lors, les entraîneurs furent également tenus d'exhiber leurs attributs au grand jour afin d'éviter que la loi ne fût de nouveau transgressée.

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