Les images de la «folie» au cinéma

Le cinéma a souvent exploité le thème de la «folie» de façon caricaturale. Quelques films se distinguent néanmoins par une approche plus réaliste.
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Le meurtrier psychopathe, le savant fou, la femme hystérique, le simplet, le manipulateur narcissique... le cinéma aime les clichés. Ces personnages mettent en avant les manifestations les plus spectaculaires de certains troubles psychiques: le délire, la violence, l'étrangeté, l'hystérie.

En voici quelques exemples célèbres: le personnage d'Hannibal Lecter dans le « Silence des agneaux » est celui d'un psychiatre devenu meurtrier cannibale. Il est doté d'une intelligence hors du commun grâce à laquelle il va manipuler ses futures victimes. Anthony Perkins dans « Psychose » d'Alfred Hitchcock, ou Jack Nicholson dans « Shining » de Stanley Kubrick jouent des personnages atteints de schizophrénie. Les réalisateurs montrent l'étrangeté de cette maladie avec ses phénomènes hallucinatoires et laissent planer le doute chez le spectateur sur la véracité des évènements.

Chez les personnages féminins, on retrouve souvent des aspects dépressifs, parfois hystériques, fréquemment liés à un sentiment de solitude. Exemple: dans « Une femme sous influence » de John Cassavetes, Gena Rowlands joue le rôle d'une femme au foyer qui exprime son mal-être par des crises d'hystérie impressionnantes. Du côté français, Béatrice Dalle dans « 37°2 le matin » joue une jeune femme écorchée vive, impulsive, sujette à des crises graves. Contrairement aux hommes, plus souvent représentés comme violents, ces personnages féminins apparaissent davantage vulnérables. C'est d'abord leur souffrance qui est mise en avant et cela les rend attachantes.

La caricature des soins

La psychiatrie et les personnels soignants se retrouvent également souvent présentés de façon caricaturale au cinéma. On y retrouve le psychiatre «fou» (« Le silence des agneaux »), mais aussi le soignant devenu «fou», comme dans le film « Vol au dessus d'un nid de coucou » mettant en scène une infirmière en chef sadique qui maltraite les malades. Les soins sont généralement abordés de façon très réductrice mettant en avant les médicaments ou les traitements choc (comme la sismothérapie). Les patients semblent livrés à eux-mêmes, le côté humain de la relation soignante est peu évoqué.

Les exceptions

Certains œuvres de fictions se différencient par une autre approche des pathologies mentales. Ainsi, dans le film « Un homme d'exception » de Ron Howard, la schizophrénie est abordée du point de vue du malade. On se prend d'affection pour ce personnage qui lutte contre des phénomènes hallucinatoires. D'autres films proposent également une approche plus empathique, comme « Birdy » d'Alan Parker, où on découvre un jeune homme, traumatisé par la guerre du Vietnam, qui se prend pour un oiseau. On pourra citer dans cette catégorie également le célèbre « Rain Man» de Barry Levinson.

En se servant de clichés pour accrocher le spectateur, le cinéma ne fait que renforcer les stéréotypes associés aux personnes atteints de maladies mentales et aux soins dans les services psychiatriques. Les exemples cités dans cet article montrent pourtant qu'une approche moins caricaturale peut être aussi captivante sans pour autant renforcer les vieux mythes liés à la folie.

Sources :

EDNEY Dara Roth (2004). Mass Media and mental illness , Ontario : Canadian Mental Health Association

ZARIFIAN Edouard (2006). La psychiatrie et le cinéma, une image en miroir, Les Tribunes de la santé, 2 (11), 39-45.

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