Qu'est-ce que le handicap psychique ?

Introduit par la loi du 11 février 2005, le « handicap psychique » est souvent confondu avec le « handicap mental » par le grand public. De quoi s'agit-il?
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D’un point de vue étymologique, le terme handicap vient de l’anglais « hand in cap », qui signifie littéralement « main dans le chapeau ». Il fait référence à un jeu de hasard, dans lequel les joueurs se disputaient des objets personnels. Le joueur d’un bien de moindre valeur devait alors mettre dans un chapeau (« hand in cap ») une somme d'argent censée rétablir l'équilibre. Par la suite, le « handicap » apparaît dans les courses de chevaux. Ceux-ci n’étant pas tous de force égale, les meilleurs sont handicapés par un poids supérieur ou une distance plus grande. Le handicap est donc censé rétablir l'équilibre dans un souci d'équité.

La distinction entre « handicap » et « maladie mentale »

En France, le terme de handicap apparaît pour la première fois dans les textes en 1957. On y retrouve la notion d'équilibre. Le travailleur handicapé est alors défini comme « toute personne dont les possibilités d’acquérir ou de conserver un emploi sont effectivement réduites, par suite d’insuffisance ou d’une diminution de ses capacités physiques ou mentales » [1] Le handicap remplace des termes devenus péjoratifs, tels que « infirme », « débile » ou « arriéré ».

La classification internationale du Handicap (CIH) établie par l'OMS dans les années 80 détermine le handicap à partir de trois aspects : déficiences, incapacités et désavantages. [2] Il est considéré comme un désavantage irréversible. La maladie mentale se distingue du handicap dans la mesure ou elle peut être soignée par des moyens thérapeutiques. Elle n'est donc pas irréversible.

L'apparition de la notion de « handicap psychique »

La loi du 11 février 2005 va bousculer la distinction classique entre handicap et maladie mentale. Celle-ci introduit en effet la notion de handicap psychique. Elle définit le handicap comme « toute limitation d'activité ou restriction de participation à la vie en société subie dans son environnement par une personne en raison d'une altération substantielle, durable ou définitive d'une ou plusieurs fonctions physiques, sensorielles, mentales, cognitives ou psychiques » [3] La loi de 2005 distingue donc en plus des notion classiques de handicap mental, sensoriel et moteur, le handicap psychique.

Le handicap psychique est la conséquence d'un trouble psychique sévère (la schizophrénie, les troubles bipolaires, les troubles obsessionnels compulsifs (TOC) par exemple). Cette nouvelle appellation renvoie davantage vers les problèmes d'intégration (en termes de logement, d'emploi, de vie sociale) et non plus uniquement sur le traitement de la pathologie dans un contexte hospitalier.

Déficience intellectuelle et handicap psychique

Le handicap mental se réfère à une déficience intellectuelle irrévocable, alors que les troubles psychiques peuvent altérer temporairement les fonctions intellectuelles, mais pas de façon définitive. Au niveau des représentations sociales, une confusion persiste chez un grand nombre de personnes entre déficience intellectuelle et maladie mentale. Selon l'enquête « Santé mentale en population générale » [4] , 45% des personnes interrogées associent le terme « déficience intellectuelle » au terme « maladie mentale », alors que le niveau intellectuel chez les personnes souffrant de troubles psychiques est identique à celui de la population générale.

L'apparition de la notion de handicap psychique dans les textes de loi devrait pouvoir participer à démystifier les termes de « maladie mentale » et de « folie » devenues désuets. En effet, elle mettra davantage l'accent sur les conséquences sociales que subissent les personnes concernées par les troubles psychiques et non plus uniquement sur leur origine et leur caractère étrange.

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[1] http://www.sante.gouv.fr/IMG/pdf/rfas200502-art09.pdf

[2] Classification internationale du fonctionnement, du handicap et de la santé de l’Organisation mondiale de la santé http://www.ctnerhi.com.fr/ccoms/pagint/2005_CIFglobal_revu_au_250707.pdf

[3] http://www.larousse.fr/encyclopedie/medical/handicap/13451

[4] ANGUIS M, BENOIST J, BRYDEN B, ROELANDT JL., CARAI A. et DEFROMONT L. (2003). La santé mentale en population générale : images et réalités. Résultats de la première phase d’enquête 1998-2000. L’Information psychiatrique, 79, 867-78.

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