La rentrée littéraire : pour quoi faire?

La rentrée littéraire, tout le monde en parle. Mais en quoi ça consiste exactement? D'où vient cette tradition? Petit récapitulatif pour lecteur averti.

Les serviettes de plages tout juste repliées, l’été ayant à peine tiré sa révérence, voilà déjà le mois de septembre qui fait son retour, envers et contre tous. A nouvelle année, riment nouvelles espérances. Et pour vous, pauvres âmes avides de culture, vient le temps des bonnes résolutions : littéraires, en l’occurrence. Mais dans le fond, à quoi vous avance bien cette rentrée littéraire ?

Amateurs des arts, amateurs des lettres, les beaux temps sont là : devant de centaines d’éditions nouvelles, vous ne savez où donner de la tête. Les connaisseurs en parlent, les experts critiquent, mais dans le fond, vous, lecteur lambda, ne savez pas par où commencer, devant cet amoncellement de productions nouvelles.

Bien sûr, il y a les « valeurs sûres », ces auteurs reconnus et plus que connus, dont la lecture est à peine nécessaire pour qu’on puisse en parler – après tout, Beigbeder, Nothomb, ou encore Carrère, sont devenus des personnages de notoriété publique. Il y a ensuite les premiers romans : de plus ou moins jeunes auteurs, inconnus, qui cherchent à obtenir leur part du gâteau tant bien que mal. Et entre ces deux catégories aux antipodes : le gouffre immense d’auteurs divers et variés, exotiques, vaguement connus et reconnus, certains prometteurs, d’autres déjà condamnés, dont on entendra parler par ouï dire – ou bien non, dans le cas contraire et tragique.

Mais comment s’en sortir ?

Qui décide donc des succès à venir, qui vous offrira vos plus belles surprises, vos découvertes, ou, au contraire, des défaites à rayer de votre liste de vœux?

Aujourd’hui, à l’heure où la presse écrite cède le pas à l’ère numérique, l’avis de tout un chacun compte plus que jamais. Et dans le fond, outre critiques littéraires, éditeurs avertis, ou libraires en émoi, ce sont ces gens, peut être guère plus avertis que vous et moi, que l’on écoute en majorité.

Une tradition mondaine

Il faut d’ores et déjà se rendre compte d’un curieux phénomène : il semblerait qu’il n’y ait qu’en terres francophones que l’on accorde autant d’importance à cette parution ponctuelle et de masse dans le domaine littéraire - à croire qu’il faut donner un rendez vous pour stimuler le goût des gens à la lecture. Cette période, située entre le mois d’août et celui de septembre, voire octobre, fait ainsi la part belle aux parutions romanesques, de tous genres et de toutes origines, et place d’ores et déjà les cibles potentielles à l’obtention d’un prix littéraire. Cet évènement ne date pourtant pas de la nuit des temps : elle s’est instaurée, à force d’habitude et de pratique dans les salons littéraires, particulièrement aux alentours du XIXe siècle. Mais c’est plus exactement aux frères Goncourt, et à leur célèbre prix que l’on doit cette tradition : le phénomène s’est mis naturellement en place au fur et à mesure que la récompense est décernée, et de par son succès culturel, découle son succès économique.

Une rentrée 2011 sous le signe de la prudence?

Pourtant, les libraires et les chroniqueurs s’écrient et se damnent : pour 654 publications, contre les 701 de l’année 2010, l’industrie littéraire est en crise, il s’agit des chiffres plus bas depuis dix ans… Ou bien on pourrait penser que ces chiffres peuvent être révélateurs d’une sélection plus exigeante, et non pas seulement du choix de la prudence de la part des éditeurs.

Ainsi, quel sens lui donner de nos jours ? La rentrée littéraire ne serait-elle que l’objet d’une manœuvre commerciale, savamment étudiée et contrôlée, ne laissant que peu d’espoir aux nouveaux talents – bien démunis face aux favoris des jurys ? Au de là de cet aspect matérialiste, il faudrait garder à l’esprit la valeur culturelle, profondément enrichissante et sociale de toute nouvelle parution – et ne pas oublier qu’après tout, le plaisir de la lecture nait de sa pratique, et non pas de tous les facteurs et les enjeux qui l’entourent.

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