Le musée régional de l'Air d'Angers souffle ses 30 bougies

Depuis 30 ans, le musée régional de l'Air d'Angers-Marcé ranime l'âme des pionniers de l'aviation, de ceux qui ont écrit l'histoire de l'aéronautique.
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Tout a commencé en 1981 par une «opération sauvetage» d’un vieux planeur promis aux flammes d’un barbecue! Le «héros» de ce raid terrestre? Christian Ravel. Au fil des ans, ce passionné d’aviation depuis l’âge de 6 ans, se retrouve à la tête d’une flotte d’avions et de planeurs ayant participé à la grande et la petite histoire. Si l’espace aérien est infini, l’espace terrestre pour stocker ces vieux engins pose un sérieux problème. En 1998, Christian Ravel installe ses petits bijoux, pour certains des raretés, dans un immense hangar de 3500 m2, situé dans l’enceinte même de l’aéroport d’Angers-Marcé. Depuis, la collection d’appareils, essentiellement civils, du musée de l’Air d’Angers fait partie des plus remarquables qui soit en France, avec la particularité de présenter un florilège de «machines volantes» remises en état de vol par des bénévoles férus d’aéronautique. Christian Ravel, gérant de ce lieu hors du temps, est le fondateur du Groupement pour la préservation du patrimoine aéronautique (GPPA)

Près de 40 avions et planeurs, une dizaine de moteurs, une superbe collection de modèles réduits, des ateliers de restauration, un centre de documentation…. Le musée régional de l’ Air est aujourd’hui le second musée aéronautique après celui du Bourget. Il reçoit chaque année 22 000 visiteurs. En obtenant prochainement le label «Musée de France», il officialisera son rang, son identité, son professionnalisme et jouera sur le tarmac des grands. Visite guidée.

Un musée qui remonte le temps et l’espace

Pousser la porte du musée de l’Air d’Angers, c’est entrer dans un autre univers, celui de la grande Histoire de l’Air, des faucheurs de marguerites, des «casseurs de bois» qui, à l’atterrissage, endommageaient leur carlingue faite parfois de bric et de broc, des têtes brûlées dont le courage n’avait d’égal que la passion, l’enthousiasme et l’inconscience aussi parfois. Mais de l’inconscience, il en fallait une sacrée rasade pour s’embarquer à bord de ces machines volantes, de ces engins dont certaines pièces étaient même rivées avec des clous (!) et tenaient par l’opération du Saint-Esprit.

En entrant dans ce musée, tous les sens sont en éveil. Le visiteur est immédiatement plongé dans l’ambiance tant visuelle qu’olfactive. Le musée de l’Air d’Angers n’aurait pu trouver décor plus vivant, plus cinématographique pour exposer toute la richesse de ce patrimoine aéronautique que ce hangar.

La collection, les ateliers et ses petites mains agiles….

Au plafond de cet espace, dont le volume est impressionnant, des planeurs sont suspendus comme ce Weihe n°3 à la fine silhouette rouge (première machine volante à avoir été classée Monument Historique) dont les ailes déployées ressemblent à celles de grandes mouettes en plein vol. Au sol, le parcours reproduit une piste d’aéroport, avec pour première étape l’histoire de l’aviation en Anjou, car cette région fut en son temps une terre «d’air» avec quelques noms restés dans l’histoire: René Gasnier dont l’aéroplane, le Gasnier III (muni de ciseaux, contemporains du manche à balai, et non plus d’un volant), trône majestueusement à l’entrée, Hélène Boucher, l’une des rares femmes pilotes qui, en août 1934, enleva un record sur 100 km, à la vitesse de 412 km/h.

Un peu plus loin, est exposé un moteur Anzani 3 cylindres. C’est un moteur identique qu’utilisa Blériot lors de sa traversée de la Manche en 1909. Ce moteur qu’on appelait alors un «trois pattes» était lubrifié à l’huile de ricin…. Au détour de la visite, une rareté est dévoilée: un avion au fuselage unique en son genre, composé de deux paires d’ailes, le Riout 102T à ailes battantes. Autre curiosité, un moteur en étoile Jacobs R-755, dont les cylindres sont disposés comme les rayons d’une roue.

Les ateliers où la précision du geste des bénévoles n’a d’égale que celle d’un pilote en plein vol, sont répartis tout autour de ces engins volants. Des armoires de rangement en métal bleu où chaque casier est méticuleusement étiqueté, trônent dans le magasin des pièces détachées, à côté duquel se situent l’atelier de mécanique et ses effluves tenaces d’huile et de graisse, puis l’atelier d’entoilage occupé à la restauration d’un Bréguet 904.

A l’extérieur du musée, un autre bâtiment abrite la réserve et des pièces détachées par centaines…. C’est ici que sont entreposés tous les avions que le musée récupère (une dizaine par an!). C’est le temple de la pièce détachée, des ailes cassées. Parfois les avions sont récupérés dans un triste état mais chacun, aussi proche de l’état d’épave soit-il a un intérêt historique.

Un bi-moteur, dernier de son genre en Europe

Dans l’atelier de découpe, la gigantesque aile d’un bimoteur, le Cessna UC-78 Bobcat. En cours de restauration grâce au soutien de la Fondation du Patrimoine, il est le dernier de son genre en Europe. Cet appareil, d’origine américaine, était surnommé «Bamboo Bomber» en référence à son mode de construction. Il fut utilisé dès 1939 et fut l’un des acteurs, en qualité d’avion de liaison, des opérations du «D-Day ». Il fut également piloté par Antoine de Saint-Exupery. La restauration de cet appareil étant très coûteuse (matériaux, hélices, moteurs…), une souscription a été lancée. Avis aux amateurs qui par leurs dons contribueront à faire revoler prochainement ce petit joyau.

Autre bi-moteur en cours de restauration, le Moynet M360-Jupiter datant de 1963, présente la particularité d’être un push-pull (la configuration push-pull se caractérise par une paire de moteurs à hélice, situés sur le même axe, l’un à l’avant, hélice tractive, l’autre à l’arrière de l’appareil, hélice propulsive). Cet avion hors norme annonçait en son temps, l’ère des jets privés.

Petit avion deviendra grand…

Parce que tout commence par de petits avions, le musée a dédié un espace à la maquette. La plupart des modèles exposés sont la reproduction d'avions ayant existé. De là tout l’intérêt patrimonial de ces modèles réduits, seul témoignage vivant d’avions parfois disparus. Chaque année, le musée organise un concours dédié à la maquette «Anjou Ailes Maquettes», rendez-vous incontournable des férus et autres amateurs du genre.

Un fond d’archives exceptionnel

Ce qui distingue le musée régional de l’Air d’Angers, c’est la possession d'un patrimoine mécanique et de documents hors du commun. Le centre de documentation recèle de véritables trésors. Près de 200 000 photos, 8 000 livres, l’intégralité de la presse aéronautique depuis 1873, des documents rares, comme ce télégramme envoyé par Roland-Garros ou ce contrat de vente conclu en 1928 entre la société Morane et l’Iran rédigé en persan !

A l’occasion de son 30e anniversaire, le musée régional d’Angers fêtera comme il se doit l’événement tout au long de l’année, avec un rendez-vous incontournable «Anjou Ailes Rétro» qui se tient chaque année le dernier week-end du mois d’août, un grand meeting aérien rassemblant une cinquantaine d’avions d’époque, avec cette année, un cru d’invités exceptionnels encore tenus secrets.

Parce que ce musée ne ressemble à aucun autre, parce qu’il est porté par un staff de bénévoles passionnés, enthousiastes, soucieux de préserver un patrimoine exceptionnel, parce qu’il porte en ses murs l’âme et l’empreinte des pionniers de l’air, parce que l’histoire, petite ou grande ne s’est pas écrite que sur terre mais aussi dans les airs….pour toutes ces raisons et bien d’autres, il mérite le détour, voire un vol direct.

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