Compost : industriel ou amateur ?

Le compost de sa jardinerie ou de sa déchèterie n'est pas le même que celui de son jardin. Comparatif pour bien choisir.

Selon Paul Robin, spécialiste des bâtiments d’élevage à l’ Inra de Rennes, « il existe plusieurs façons de composter et d’utiliser le produit qui en résulte. L’industriel doit en un minimum de temps obtenir un produit stable et conforme à des normes réglementaires pour le transport et l’apport au sol. Le particulier et l’agriculteur ont des objectifs différents. Les uns cherchent à valoriser au maximum la fertilité et les caractéristiques agronomiques sans avoir forcément des contraintes logistiques. D’autres veulent améliorer la structure ou le taux d’humus de leur sol. Certains pensent seulement réduire le coût de leurs supports de culture . Quand d’autres surveillent les effets sur la biodiversité et les micropolluants. Si à l’avenir, les spécifications sont définies pour les différents usages des composts, il sera plus aisé d’apprécier la qualité de ces produits et d’échanger entre producteurs, transformateurs et utilisateurs de matières organiques.»

Un produit hygiénique

Le principal souci de la collectivité locale qui gère et transforme les déchets d’ordures ménagères est de fournir d’abord un produit irréprochable sur le plan de l’hygiène même si elle est soucieuse de fournir un produit agronomiquement intéressant. Le spécialiste qui choisit très méticuleusement ses sources de matières organiques tout en respectant la législation peut viser essentiellement un usage agronomique. Par ailleurs, le compost s’inscrit aujourd’hui davantage dans la composition de divers produits organiques que comme produit vendu à l’état pur hormis la filière agricole.

La société Multi Service Environnement (MSE) a développé plusieurs plateformes de compostage à Vaulx-en-Velin en région lyonnaise. Compostant 50.000 tonnes de déchets verts par an en provenance de 17 déchèteries ou d’entreprises du paysage, cet industriel fabrique trois types de composts, à destination de la filière agricole et maraîchère, des paysagistes et des fabricants de supports de culture . L’entreprise adhère comme 18 entreprises de la région, à l’association Rhône-Alpes Qualité Compost ce qui certifie à l’acheteur un suivi qualité assez strict. « Nous effectuons en plus des analyses exigées par la réglementation, souligne Audrey Leti, chargée de communication, un certain nombre de tests supplémentaires inhérents à la qualité agronomique de nos produits, aux critères d’hygiène sanitaire et à la phytotoxicité vis-à-vis des plantes. Et nous livrons aussi des produits dont les seuils en éléments traces métalliques sont inférieurs à ceux demandés par la norme NF U-44-051(voir le site La norme NFU 44051 révisée et qualité des composts ) en vigueur pour répondre à certaines exigences de nos clients

Plus de 50 tests de contrôles

Pour un néophyte, la liste des tests demandés par la loi peut paraître impressionnante avec une cinquantaine d’analyses à effectuer par an : respect des seuils sur neufs éléments traces métalliques, sur trois types d’impuretés et inertes, sur trois composés traces organiques et deux critères microbiologiques sans compter toutes les analyses inhérentes à la composition du produit tels les niveaux de matière organique, d’azote, de phosphore, de potasse, de calcium ou encore de magnésium pour lesquels certains seuils sont exigés (20% minimum de matière organique sur produit brut et 3% d’azote maximal sur matière sèche pour le compost végétal). Le fabricant doit suivre également les protocoles de description d’échantillonnages nécessaire à la réalisation des analyses (norme NF EN 12579).

La réglementation exige aussi qu’un seuil de 55°C soit dépassé durant 3 jours consécutifs afin d’assurer une certaine qualité sanitaire. Par ailleurs l’Ademe (Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie) donne des indications pour le suivi des températures dans les andains, l’un des indicateurs choisi pour assurer la qualité hygiénique du compost et de la destruction des adventices. Chez MSE, les températures et le taux d’oxygène relevés toutes les minutes permettent de suivre précisément l’évolution du compost et de rectifier rapidement par exemple l’oxygénation en réglant la fréquence d’utilisation des ventilateurs. Le système d’aération piloté avec ventilateur a été récemment préféré à celui du retournement mécanique des andains pour la mise en place de sa troisième plateforme : « Ce concept , se félicite Audrey Leti, améliore l’impact environnemental en diminuant fortement les nuisances olfactives.»

Un compost stable

Le fabricant dispose d’une certaine batterie de mesures non obligatoire pour suivre l’évolution du compostage et vérifier au final la qualité de son compost à la fois sur le plan sanitaire et sur le plan de la stabilité. Mise à part la température qui demande au moins une vingtaine de prises et le relevé d’humidité, certains fabricants effectuent le test cresson qui permet d’observer d’une façon rapide si le compost a un effet dépressif sur la germination et la croissance d’une culture de cresson. En clair, un compost stable et bien décomposé n’a aucun impact sur la croissance de cette plante très sensible aux matières organiques mal dégradées. Beaucoup plus complexe, le test d’Indice de Stabilité Biologique est destiné à déterminer la proportion de matière organique stable dans les composts. Dans le cadre de l’évolution de la norme NF U 44-051, il est appelé à être remplacé par l’indice de la stabilité de la matière organique, Ismo. Ce test qui deviendra obligatoire intègre à la fois les données de minéralisation potentielle et le fractionnement biochimique comme c’est déjà le cas pour les produits soumis à la norme NF U 44-095, qui concerne spécifiquement les composts qui incluent des boues d'épuration.

Pour apprécier la qualité d’un compost, le fabricant doit de toute façon se référer à plusieurs critères. Un compost mature présente en général un degré de minéralisation qui se traduit par un rapport C/N (carbone/azote) autour de 10. Cela ne signifie pas qu’un produit qui présente cette valeur soit mature. Il peut s’agir alors d’un produit qui peut avoir mal fermenté. Le relevé de températures sera là par exemple pour en témoigner. Le suivi du C/N tout au long du compostage assure une garantie de la maturation.

Du compost vert au lombricompostage

Mais la difficulté de gérer le compostage dépend largement de la nature des déchets utilisés par les plates-formes. L’apport des sapins de Noël dans les déchetteries en début d’année modifie défavorablement le pH et oblige les gestionnaires à de savants mélanges ou à passer au tamisage les éléments trop grossiers qui iront rejoindre à nouveau les tas à composter. Sur sa plate-forme bisontine, Compo utilise pour la fabrication de son compost vert des déchets en provenance des espaces verts du grand Besançon avec l’incorporation d’écorce de résineux en abondance dans cette région boisée. « Avec l’apport des déchets résineux et le broyage du mélange, souligne Ludovic Faissel, responsable technique et réglementaire chez Compo, le rapport C/N arrive à stabilité assez vite et les problèmes olfactifs s’amenuisent rapidement.» PourAgriver, leader du lombricompostage , la maîtrise de son produit passe par le choix très sélectif de deux souches de lombric rouge ( Eisenia Andrei et Eisenia Fetida ) et de la matière première : « Les lombriculteurs qui sont nos fournisseurs , explique Claude Gramont d’Agriver, travaillent uniquement le fumier de bovins, de chevaux, de moutons ou de lapins. Ils arrivent donc facilement à obtenir un produit stable en respectant les consignes d’élevage comme le soulèvement périodique des andains et le dédoublement, opération qui consiste à prélever la partie supérieure de l’andain pour maintenir une activité optimum des lombrics et réensemencer un nouveau tas.»

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