Du cimetière moyenâgeux à nos jours

La France a évolué au cours de siècles et cherche aujourd'hui à y réintroduire de la nature. D'où l'intérêt pour les lieux funéraires des pays scandinaves.
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Des paysagistes s’intéressent aux cimetières comme d’autres se passionnent pour les jardins anglais. Frédérique Garnier, enseignante en projet paysage à Agrocampus Ouest à Angers, possède une véritable culture en la matière et l’a fait partager au cours d’un colloque organisé dans la cité angevine le 24 mai dernier. Elle affirme : " Nous avons coutume de dire que les cimetières sont le reflet de notre société ."

Jusqu’au XVIIe siècle, les cimetières sont intégrés dans les lieux d’habitations. On y vient s’y détendre et même manger. Leur externalisation du centre bourg au XVIIIe siècle correspond à la prise de conscience de l’hygiénisation. Puis arrive l’époque au XIXe siècle de la rationalisation avec la disposition des stèles ou caveaux en carré et l’arrivée des urnes funéraires. Au XXe siècle, les cimetières se standardisent. La monotonie s’installe.

Et désormais, le XXIe siècle " cherche de nouveaux horizons et tente de réintroduire la nature auprès des tombes" raconte Frédérique Garnier. Les cimetières ont leur particularité géographique. Au sud, le cyprès et au nord l’if.

Les modes d’inhumation changent. Un Français sur deux souhaitent être incinéré. Cette demande va de pair avec " une volonté d’être immergé dans la nature" . Les cimetières parcs entrent ainsi en scène avec l’architecte Robert Auzelle .

Les cimetières scandinaves, un exemple de verdure

Cette nouvelle conception a été imaginée depuis très longtemps par les pays scandinaves. Le cimetière Skogskyrkogården , inscrit au patrimoine mondial de l’Unesco, est immergé dans une forêt. Point de sépultures imposantes mais de simples stèles noyées dans la verdure.

Leur entretien est pensé comme un jardin et reprend les techniques d’engazonnement déjà pratiquées par les vikings pour leur tumulus. Les suédois jouent aussi de la topographie pour installer leurs stèles comme l’a constaté Frédérique Garnier dans d’autres cimetières. Le visiteur se déplace de terrasses en terrasses. Il lui est ainsi plus facile de s’orienter.

En Allemagne où le tilleul et le bouleau sont considérés comme les arbres des morts, le végétal foisonne. Un festival du fleurissement est même parfois organisé.

En Hollande, des plaques au sol encadrées de haies plus ou moins fleuries sont installées dans le cadre des incinérations.

En Belgique, les cimetières se veulent accueillants. Frédérique Garnier a visité l’un d’entre eux où les urnes funéraires sont protégées par une tonnelle de fleurs. Le jardin des souvenirs pour enfants est ornementé d’un arbre musical. Et au milieu du cimetière, le visiteur découvre une urne commune.

L’enseignante paysagiste participe ainsi à la confection de cimetières paysagés (Verrières-le-Buisson). De nombreuses années de discussion sont parfois nécessaires pour aboutir à cette conception innovante.

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