Le métier insolite de producteur d'ortie

La fabrication de purin d'ortie relève d'une conception industrielle tout en maintenant une gestion écologique de la production d'ortie
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Pratique ancestrale, la fabrication de purin d’ortie ou plus exactement d’extraits fermentés d’orties est passée à la phase industrielle depuis quelques années. Le produit se retrouve désormais dans les jardineries, autres magasins spécialisés et se commande sur site internet. Sans revenir sur la polémique qui a déferlé en 2006 et l’obligation d’homologuer ce produit appartenant aujourd’hui à ce qu’on appelle les Produits Naturels Peu Préoccupants (PNPP), la production de purin d’ortie concerne seulement quelques entreprises en France. Jean-Claude Chevalard avec sa société J3C Agri en serait le précurseur. Au milieu des années 90, ce futur orticien- puisque c’est ainsi que l’on désigne désormais les fabricants d’extraits fermentés d’ortie- travaille comme responsable d’affaires dans la mécanique. Durant ses week-ends et ses heures perdues, il s’adonne à la passion du jardinage et fabrique du purin d’ortie avec ses frères et sœurs à raison de 500 litres par an environ. Grâce à un système de filtrage qu’il a mis au point, il peut sans difficulté pulvériser le produit dans son verger.Or Jean-Claude Chevalard vient de quitter son travail et cherche un nouveau job. Pourquoi pas producteur de purin d’ortie ? Projet jugé complètement farfelu par certains, il n’en a cure et crée son entreprise en 1999. Aux tâtonnements du début succède un véritable succès.

D’abord repérer les champs d’orties

Aujourd’hui, 400.000 litres par an sont commercialisés par J3C Agri qui emploie l’équivalent de trois salariés. L’affaire est désormais bien rodée.

D’abord repérer les champs d’orties. Car cette urticacée ne se sème pas contrairement à ce que pourrait penser le néophyte qui pour la première fois pénètre sur un chantier de fauchage. Cette régularité d’implantation qui fait croire qu’elle provient de la main de l’homme lui-même s’explique en fait par le mode de dissémination de la plante. Une fois ces graines dispersées par le vent (on parle de plante anémochore), les orties germent, croissent et développent rapidement des stolons en surface et des rhizomes en profondeur pour se propager en formant une population clonale, unisexuée et très compacte.

Installé à Anetz, une commune du canton d’Ancenis en Loire-Atlantique, le fabricant de purin d’ortie a la chance de bénéficier d’un secteur propice à cette plante gourmande en matière organique, en azote, phosphore et potassium : " Nous récoltons les plus belles parcelles dans les peupleraies situées le long de la Loire, affirme Jean-Claude Chevalard, et qui sont inondées tous les hivers. "

Un contrat avec des collectivités locales

Le fauchage de ces orties donne lieu ainsi à des contrats d’exploitation avec des propriétaires privés ou des collectivités territoriales. En échange de l’entretien des ces sites forestiers, J3C Agri a l’autorisation de faucher les orties : " Une peupleraie est exploitée au bout d’une quinzaine d’années. Ce qui nous laisse environ 10 ans d’exploitation. Et comme nous avons la charge de nettoyer les parcelles, nous avons démarré en parallèle une production de BRF (Bois Raméal Fragmenté) que nous vendons aux particuliers soit par internet ( www.j3c-agri.com ) soit par le bouche à oreille, pour en moyenne 500 m3 par an. " Mais selon ses dires, la production de BRF devrait se développer davantage aux vues de l’engouement de ses clients pour ce type de produit.

A Villevêque en Maine-et-Loire, le contrat d’exploitation date de 2009. Il concerne 20 hectares appartenant à plusieurs propriétaires dont la commune elle-même, la gestion globale étant déléguée à l’un des propriétaires. La saison 2010 n’a pas été aussi satisfaisante qu’en 2009 : " Du fait de la sécheresse au début du printemps , constate l’orticien , les plantes ne sont pas aussi hautes. En cette fin du mois de mai 2010, elles atteignaient seulement 1,30 m de hauteur au lieu des 2 mètres en 2009. En moyenne, on table sur une productivité de cinq à six tonnes/ha. Là, elle ne dépassera pas deux tonnes/ha ."

Lors d’une bonne récolte, jusqu’à trois coupes successives sont possibles de mai à octobre. Mais la première n’est jamais destinée à la fabrication du purin. Elle sert en quelque sorte à nettoyer la parcelle de ses branches tombées ou autres plantes indésirables afin que les coupes suivantes soient les plus concentrées en ortie. Cette première coupe est utilisée en compostage avec des branches broyées issues de l’entretien des parcelles, du ramassage des feuilles par aspirateurs des espaces communaux et de l’herbe fauchée dans les prairies des vallées angevines. Celles-ci, inondables en hiver, sont très souvent la propriété de collectivités territoriales qui ne trouvent pas les débouchés adéquates pour ce type de produit. Le compost obtenu est commercialisé en vrac comme amendement environ un an après les premiers andainages.

Une fabrication à la demande

La fabrication de purin d’ortie commence véritablement à partir de la seconde coupe si la parcelle se présente bien. Les plantes sont séchées dès le jour de la récolte à basse température durant 7 ou 8 heures tout en étant brassées régulièrement. Elles sont ensuite bottelées et stockées, la fermentation proprement dite qui conduit à l’obtention du purin n’étant engagée qu’au fur et à mesure des commandes, d’octobre à mai. J3C Agri possède quatre fermenteurs de 6 000 litres où s’effectue la macération durant cinq jours environ Les orties séchées ont alors été mélangées à de l’eau de pluie recueillie dans un bassin de 300 000 litres. " Pour fabriquer un purin de qualité, la nature même de l’eau est primordiale, insiste Jean-Claude Chevalard . C’est la raison pour laquelle nous choisissons une eau de pluie, exempte de chlore, que nous oxygénons en permanence pour éviter tout problème sanitaire grâce à un système de pompage actionné par une éolienne. Cette dernière aspire et refoule constamment l’eau dans le bassin. " Après fermentation, le jus est filtré, conditionné en bidon plastique puis expédié à ses divers clients, agriculteurs, arboriculteurs, maraîchers, pépiniéristes, particuliers, complexes sportifs ou collectivités territoriales. Sur les bidons est étiquetée la formule : " Fortifiant à végétaux ", comme le tolère jusqu’à présent la réglementation. Outre le purin d’ortie, l’orticien s’est aussi spécialisé dans le purin de prêle, de consoude et de fougères.

Réglementation

Le purin d’ortie est régit par le décret entré en vigueur le 23 juin 2009 sur les préparations naturelles peu préoccupantes (PNPP). Il porte essentiellement sur la définition de ces produits et les modalités d’homologation. Les PNPP doivent être élaborées à partir de substances naturelles non génétiquement modifiées devant être inscrites au préalable sur la liste communautaire des substances actives, avec les mêmes exigences d’inscription que des produits chimiques. Cette dernière condition a reçu un tollé de la part des partisans de ces produits. Pour l’instant, une seule demande a été faite par l’Institut technique de l’agriculture biologique avec la prêle mais après plus d’un an, le dossier n’a toujours pas été validé. Par ailleurs, le Ministère chargé de l’agriculture doit tenir à jour une liste des éléments naturels à partir desquels sont susceptibles d’être élaborées les PNPP. Cette liste n’a pas encore vue le jour.

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