Le parking révolutionnaire

Une forêt dans un parking, c'est le pari de Paul Arène pour le centre commercial Atoll dédié à l'équipement et la décoration de la maison à Angers
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Le 7 avril 2012, le centre commercial Atoll dédié à l’équipement et la décoration de la maison ouvrira ses portes à Beaucouzé en banlieue angevine sur 22 hectares. Une cinquantaine de magasins, de Alinéa à Castorama, vont donc ouvrir prochainement ce qui fait de l’Atoll l’un des plus grands complexes du genre aujourd’hui. Contrairement aux autres sites installés en France, Atoll a été imaginé par le maître d’ouvrage la Compagnie de phalsbourg avec une ambition architecturale affichée, faisant de l’Atoll un véritable laboratoire expérimental. Les magasins sont aménagés sous une coupole circulaire façon vaisseau spatial au centre duquel figurent la restauration, des jardins d’agrément et un parking de 2 700 places dont 1300 en plein air. De part son agencement très innovant, ce dernier mérite que l’on s’y attarde.

Un parking HQE

L’aménagement, 2,4 millions €, a été confié à L’Atelier Paul Arène, un paysagiste angevin qui a imaginé, d’après le commanditaire Angers Loire Métropole, le principe d’un parking implanté dans une forêt. Une idée révolutionnaire qui prend en compte sans doute pour la première fois dans un projet espaces verts de cette ampleur les dernières normes en terme de développement durable avec la norme HQE (Haute Qualité Environnementale) destinée jusqu’à présent aux bâtiments. Le cahier des charges a été des plus stricts : recyclage de l’eau, respect de la biodiversité, présence de plantes indigènes, sujets non allergènes et filtrants l’air, individus aptes à produire un ombrage maximum sur le parking pour limiter la température. Et au final, le visiteur doit avoir l’impression de se promener dans un lieu convivial et esthétique, une incitation à revenir au centre commercial.

Pour avoir visité le lieu quelques mois avant son inauguration, le projet semblait déjà des plus réussis.

Des plantes dépolluantes

Le parking circulaire de 6 hectares est divisé en quatre parties. Il est limité à sa périphérie par une promenade de 1 km. Cette allée donne accès à la fois aux diverses boutiques érigées en forme de galets et aux grandes surfaces type Castorama installés sous le bâtiment ellipsoïde recouvert d’une résille perforée de couleur blanche nacrée. Les eaux pluviales et les eaux de drainages sont recueillies au centre du parking dans ce que l’on appelle des noues qui ont été peuplées de massettes. Elles permettent de réguler la circulation de l’eau et de favoriser son infiltration.

Les flux d’eaux sont ensuite redirigées vers une zone humide de 3 hectares qui a été implantée elle aussi de plantes dépolluantes à l’extérieur du bâtiment, entre l’Atoll et l’autoroute. Paul Arène l’a imaginée comme une rizière avec une série de bassin alternant avec des buttes implantées avec Miscanthus chinensis. < J’avais d’abord refusé ce projet, note Paul Arène, estimant que l’aménagement d’un parking ne correspondait pas à notre philosophie empreinte du concept de Gilles Clément et de ses jardins dits naturels. Finalement, Philippe Journo, le président de la Compagnie Phalsbourg, qui manage le chantier m’a convaincu de sa volonté de créer de la biodiversité. En imaginant cette zone humide avec des bassins colonisés par une flore qui vient spontanément s’y installer, nous participons à ce challenge qui au départ aurait pu être difficile à relever.>

Biodiversité Toute

La biodiversité est aussi présente au sein même du parking.

La promenade sera ombrée par Acer ginnola formé en cépée . Le parking séparé par plusieurs vallonnements est identifié par des essences différentes : Pinus sylvestris en dominance est associé à Acer campestris ou à Acer palmatum en cépée ou Quercus robur . Des colonnes rectangulaires de Carpinus belutus de 3 mètres de haut longent les allées et servent de repère à la clientèle pour retrouver son véhicule. Gleditsia triacanthus borde les entrées ainsi qu ’ ’Acer saccharinum ‘weirii’ . Contrairement à un projet classique, les arbres adultes ont été privilégiés avec une attention particulière à leur port esthétique particulièrement visible en hiver.

Le terrain a été vallonné de façon à mieux gérer déblais et remblais et à ne pas apercevoir l’autoroute située à proximité. Le sens des places de parking a été étudié pour que l’impression forestière domine. Les surfaces goudronnées ont été réduites au minimum. Les quelques 1 300 places comprennent en leur centre une bande gazonnée. A la place des murets bétonnés, une butée en bois protège la haie dressée perpendiculairement aux véhicules. Et pour assurer une cohérence à l’ensemble des massifs bordant l’aire de stationnement, le buis sert de fil conducteur. Arbuste persistant, il a été préféré pour sa bonne tenue et une taille à minima. Aux abords de la promenade, des massifs de plantes vivaces distribués en bande gomment la monotonie. Euphorbes, Gaura , pérovskia ou encore des graminées comme nepeta, stipa, Pennisetum donnent une couleur chatoyante au paysage. Elles alternent avec un matériau du pays, des paillettes d’ardoise. Au total, 550 arbres ou arbustes, 42 000 graminées et 10 000 plantes vivaces agrémentent l’Atoll.

L’introduction de la biodiversité dans les parkings fera peut être et même sûrement des petits. En attendant, ces bassins deviendront un lieu pédagogique pour les étudiants des instituts angevins en environnement.

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