Les cinq vertus du topinambour

Ce légume oublié redevenu à la mode intéresse vivement les chercheurs pour des propriétés aussi étonnantes que la production d'énergie.
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Bien connu de nos grands-parents pour en avoir manger pendant les dernières guerres, le topinambour est tombé en désuétude durant plusieurs décennies pour reparaître aujourd’hui comme "nouveau légume" appelé artichaut de Jérusalem. Introduit en Europe au XVIIe siècle, ce légume se cuisine cuit, en purée, frit ou sauté. Mais il peut aussi se consommer cru en vinaigrette comme le font fréquemment les Américains. Riche en vitamine A, C et B3, en minéraux comme le potassium, il a la particularité de contenir des glucides sous forme d’ inuline contrairement à la pomme de terre qui accumule du sucre sous forme d’ amidon . C’est la raison pour laquelle il est recommandé de le consommer en petite quantité pour cause de flatulence, désagrément qui serait augmenté par la cuisson à l’eau. En revanche, les diabétiques qui doivent limiter leur consommation sucrée l’apprécient puisque le sucre qu’il contient n’est pas digéré et ne passe donc pas dans le sang. Selon les spécialistes, cette flatulence s’expliquerait par la faculté que les bactéries possèdent à hydrolyser l’inuline pour la sortir du tractus intestinal. Cette même inuline pourrait servir d’additif alimentaire. Mais les industriels lui préfèrent la chicorée , plus rentable économiquement.

Une plante médicament

Riche en fibre, le topinambour préviendrait également le cancer du colon. Plusieurs enquêtes épidémiologiques ont révélé un rôle majeur des fructanes , ces sucres qui regroupent notamment l’inuline, dans la protection contre le cancer colo-rectal.

Un décor de jardin

Plus surprenant, certains types de topinambour ont un intérêt décoratif . Les Nord-Américains les cultivent dans leur jardin. Ils attirent de nombreux insectes contribuant à favoriser la biodiversité. Son seul inconvénient : les tubercules ont tendance à se propager et à envahir les jardins. Les jardiniers et les maraîchers sont confrontés aussi à la même difficulté de devoir arracher ces tubercules.

Une plante énergétique

Outre ces critères bénéfiques pour la santé, ce légume très proche du tournesol intéresse les scientifiques pour ses facultés énergétiques. Cette plante est celle qui peut produire le plus d’énergie parmi les plantes vertes hormis quelques plantes comme le maïs ( plante en C4 ) ou l’ananas qui possède un mécanisme de photosynthèse différent. Des recherches sont donc en cours pour l’utiliser comme biocarburant. André Bervillé, jeune retraité de l’Inra, explique : " Le topinambour a la meilleure efficience de fixation du gaz carbonique du fait de l’accumulation de l’inuline. Cette dernière est un polymère linéaire d’environ 50 unités de fructose synthétisé puis accumulé dans les vacuoles cellulaires. Le coût énergétique de la synthèse est plus faible que pour l’amidon. De plus, l’hydrolyse du polymère pour libérer du fructose et des petites chaînes de fructose demande lui aussi peu d’énergie. L’intérêt pour la plante est de créer une forte pression osmotique pour capter de l’eau et répondre rapidement aux chocs hydriques. " Le rendement total, tubercules et tiges étant considérable, jusqu’à 220 tonnes à l’hectare dans les terres agricoles, le topinambour permet une transformation en éthanol à raison de 8,8 tonnes/ha. Ce résultat est bien supérieur à ce que peut produire la betterave (7T éthanol/ha) ou le blé (3,2 T éthanol/ha). Il semblerait que la France se désintéresse totalement de cette plante malgré ses avantages techniques contrairement, par exemple, au Canada.

Une plante dépolluante

La phytoremédiation est à la mode. Le principe consiste à dépurer des parcelles de terrain pollué en métaux lourds ou autres substances toxiques par des plantes. Le topinambour serait un candidat idéal selon les premières recherches effectuées à ce sujet. " Sa capacité d’accumulation apparaît au niveau des meilleures espèces, spécifie André Bervillé. Il serait séduisant de privilégier cette plante d’autant plus qu’elle est facile à récolter. "

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